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Duronr ne Nemours, Mémoires sur la vie de Turgot

fices de l’entreprise, de manière à limiter le fonds d'avance à la somme strictement nécessaire à la marche du service. Comme traitement, ils recevaient 2400 livres d'appointements fixes, une remise d’un sol par livre de poudre vendue au-dessus de 800 millions, de deux sols à partir de 900 millions, et de six deniers par livre de salpêtre”.

Turgot et Lavoisier se proposaient, par la création de la régie des poudres, de décharger la nation de l'impôt onéreux et inutile prélevé par les salpêtriers, de faire profiter le Trésor des bénéfices du monopole de la vente des poudres, enfin d'augmenter la production nationale du salpètre : ce triple but fut promptement atteint.

Déjà l'arrêt du conseil qui avait créé la régie des poudres avait déchargé les villages de la corvée de voiturer les matériaux salpêtrés et établi leur droit de fournir à prix débattu le logement et Le bois. Dès 1778, la Régie demandait et obtenait que le droit de fouille füt restreint aux écuries, bergeries et colombiers. D'un autre côté, après dix mois d'exercice, les bénéfices étaient déjà de 900 000 livres. En moins de deux ans, 2 millions des fonds d'avance étaient remboursés. La récolte du salpêtre augmentait malgré les restrictions apportées au droit de fouille, les paroisses n'ayant plus intérêt à se racheter, et les salpêtriers, mieux payés, ayant tout avantage à une plus grande production. Néanmoins, la progression n'était pas assez rapide pour fournir à la consommation intérieure, et les régisseurs avaient encore à faire des achats considérables à l’étranger ; aussi se préoccupèrent-ils, dès leur entrée en foncon, de l'accroissement de la production nationale. Comme

1. Borrée et RirrauT, Traité de la fabrication de la poudre. — Les appointements fixes et les remises élevèrent bientôt le traitement annue des régisseurs à une somme de 16 à 17 000 livres.

on ignorait en France les travaux faits dans divers pays sur l'établissement des nitrières artificielles, il parut nécessaire d'entreprendre des recherches à ce sujet, et de faire appel à tous les savants. Sur le conseil de Lavoisier, Turgot écrivit au mois d’août à l’Académie des sciences pour la charger de décerner en 1778 un prix au meilleur travail sur la manière la plus avantageuse de produire le salpètre, et de rédiger un programme détaillé pour donner une idée succincte des connaissances sur la formation du salpêtre, des ouvrages à consulter, des expériences à tenter.

Dès la réception de la lettre de Turgot, l'Académie, sans remettre la délibération à huitaine, comme il était d'usage pour les questions de quelque importance, s’empressa de nommer des commissaires et choisit Macquer, Sage, Baumé, Montigny’, le chevalier d'Arcy * et Lavoisier; le nom de ce dernier souleva quelques objections en raison de ses fonctions de régisseur des poudres, mais un membre fit remarquer que l'administration des poudres n’étant plus une entreprise particulière, le titre de régisseur n’était pas incompatible avec celui de commissaire de l'Académie.

Les commissaires se mirent sans retard à l'œuvre ; un mois après, le programme était rédigé, imprimé à 3000 exemplaires et distribué. Pour réunir des documents sur l’état de la question, ils s’adressèrent à l'étranger; Lavoisier entra en correspondance avec Joanin à Vienne, se fit adresser par Droz, secrétaire perpétuel de l’Académie de Besançon, les mémoires que cette Académie avait reçus

1. Mignol de Montigny, trésorier de France, fut membre de l’Académie dans la classe de mécanique ; il s’occupa surtout de questions industrielles et économiques. Né en 1714, il mourut en 1782. Condorcet a fait son Éloge.

2. Patrick d'Arcy, né en Irlande en 1725, entra au service de la France en 1746 et devint maréchal des camps et armées du roi. Nommé membre de l'Académie dans la classe de géométrie en 1749, il a publié des travaux sur l'artillerie, sur l’électricité et sur la mécanique, II mourut en 1779; son Éloge a été prononcé par Condorcet.

en 1766, lorsqu'elle avait mis au concours cette même question du salpêtre”, et il recommanda à Turgot M. de Saint-Esmond, qui retournait aux Indes où il avait été officier de la compagnie, et offrait de prendre des renseignements sur la fabrication du salpètre et sur celle du borax. Toutes les observations que la commission put se procurer sur la fabrication du salpètre furent réunies dans un volume qui parut au commencement de 1776?.

En attendant les résultats du concours, Lavoisier rédisea une /nstruction sur l'établissement des nitrières et sur La fabrication du salpètre® qui parut en 1777, comme une œuvre collective des régisseurs des poudres et qui mérita d'être réimprimée en 1794. La même année, il présenta à l'Académie un mémoire sur les cendres employées par les salpêtriers de Paris et sur leur utilisation. Le duc de La Rochefoucauld ayant signalé la présence du salpêtre dans la craie des environs de la Roche-Guyon, Lavoisier sy rendit avec son collègue Clouet au mois de mars 1777, pour prélever des échantillons. Après une longue série de recherches, les deux expérimentateurs démontrèrent, dans les terrains étudiés, la présence de salpêtre à base calcaire (azotate de chaux) et de salpêtre ordinaire, indiquèrent les moyens de l’extraire, et firent connaître les pro-

1. « Je vois, par le compte qui m'en a été rendu, que ces mémoires ne contiennent rien d’absolument neuf, et que le public ne puisse, à la rigueur, se procurer, en rassemblant les connaissances éparses dans Glauber, Becker, Stahl; dans les mémoires de l’Académie des sciences de Paris, dans les observations du Dr Prestch, qui a remporté le prix proposé par l’Académie de Berlin en 1749, enfin dans les mémoires de la Société économique de Berne. Aucun des autheurs d'ailleurs ne disent précisément s'ils ont fait les expériences qu'ils indiquent, s'ils ont réellement fabriqué du salpêtre et combien ils en ont obtenu. » (Lettre de Lavoisier à Droz du 28 novembre 1775.)

2. Recueil de mémoires et d'observations sur la formation et sur la fabrication du saipétre, par les commissaires nommés par l'Académie pour le jugement du prix du salpétre, in-8°, Paris, 1776.

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