‹ LavoisierChapitre 37 sur 150 · Traité de chimie, 1189, pp. 140 et · texte numérisé non relu

Traité de chimie, 1189, pp. 140 et

impénétrables. On entrevoit cependant que, puisque la combustion et la putréfaction sont les moyens que la nature emploie pour rendre au règne minéral les matériaux qu’elle en a tirés pour former des végétaux et des animaux, /a végétation et l'animalisation doivent être des phénomènes inverses de la combustion et de la putréfaction. »

Avec la Révolution, trop d’occupations malheureusement le retinrent loin du laboratoire. Député suppléant à l’Assemblée nationale, membre de la Commune de 1789, administrateur de la Caisse d’escompte, bientôt commissaire de la Trésorerie nationale, il fut encore trésorier de l’Académie et membre de la commission des poids et mesures, dont il dirigea le fonctionnement en même temps qu'il se chargeait avec Haüy de déterminer la densité de l'eau pour établir l'unité de poids. Aussi avec le Zrauté de chimie est close pour lui l'ère des grandes découvertes ; mais, dans l’espace de vingt ans, il avait renversé la doctrine du phlogistique, apporté une philosophie nouvelle dans la conception des éléments, découvert la nature complexe de l'air, montré son rôle dans les phénomènes de la combustion vive et de la combustion respiratoire, créé la calorimétrie, fixé les méthodes de l’expérimentation, exposé la loi de l'indestructibilité de la matière. Toute la science moderne n’est que le développement de l’œuvre de Lavoisier. Si quelques historiens de la science, mus par un esprit étroit d'exelusivisme, ont cherché à rabaisser son génie au profit de ses contemporains, c’est qu'ils ont insuffisamment étudié cette œuvre et ne l'ont abordée qu'avec d’inqualifiables partis pris’.

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Lavoisier prit une part prépondérante aux travaux de l'Académie, non seulement en lui soumettant plus de cinquante mémoires importants qui renferment l'exposé de ses grandes découvertes, mais encore par les nombreux rapports qu'il lui présenta. Nous avons vu que, dès sa nomination, il eut la confiance de l’Académie qui le chargea de faire des rapports sur les sujets les plus divers, depuis l'analyse d’une mine de plomb et la détermination des lonaitudes jusqu'à l'examen des lanternes de Dufourny et des fauteuils mécaniques à l'usage des malades. Pendant toute sa carrière académique, il eut le même zèle, la même activité. Parmi ses rapports, dont le nombre dépasse deux cents, il en est qui présentent un intérêt réel et qu'on ne saurait passer sous silence : tels sont ceux qui ont trait au froid de 1776, à la réforme des prisons, aux aérostats, etc.

L'hiver de 1775-1776 ayant été particulièrement rigoureux, l'Académie chargea une commission composée de Bezout, Vandermonde et Lavoisier, rapporteur, de lui rendre compte des observations faites sur le froid de 1776 et de le comparer à celui de 1709. Ce fut un long travail ; les commissaires eurent en effet à vérifier les thermomètres employés et à les comparer avec un thermomètre construit par Réaumur en 1732 et sur lequel était marqué le froid de 1709. Le rapport, lu à l'Académie au mois d'avril 1776, fut complété l'année suivante par un second mémoire dans lequel Lavoisier, Brisson et Bezout faisaient connaître les erreurs des thermomètres livrés au public, et indiquaient

les moyens de les construire sur des principes fixes et invariables. En même temps, ils présentèrent à l’Académie douze thermomètres étalons ; six devaient être conservés par l’Académie, un par l'Observatoire de marine, deux par l'Observatoire royal’, un par le Jardin du Roi ; les deux autres seraient confiés à des savants occupés de météorologie. | Une question toute différente l’occupa quelques années après, celle de la réforme des prisons et des hôpitaux, sou levée par le philanthrope anglais John Howard. Ce fut un des objets de la première administration de Necker, qui fit établir un plan pour l'établissement de nouvelles prisons et le soumit au jugement de l’Académie. Lavoisier fut le rapporteur de la commission qui comprenait Tenon, Le Roy, Duhamel du Monceau et Montigny; c’est à M”° Necker, empressée de s'associer à l’œuvre de son mari, que le rapport fut présenté; e est avec elle que Lavoisier entra en correspondance*. Après avoir discuté le projet de la transfor-

1. Les deux thermomètres installés par Lavoisier dans les caves @e l'Observatoire s’y trouvent encore.

2. La résistance aux projets de réforme était telle que les commissaires eurent de la peine à pénétrer dans les prisons. « Croiriez-vous, Madame, écrit Lavoisier à Mme Necker le 25 mars 1780, que tandis que les prisons sont en quelque facon ouvertes à tout le public, nous avons des difficultés pour les visiter? Notre mission avait paru d'abord porter ombrage à quelques magistrats. 1l a fallu user d'adresse et prendre une infinité de précautions pour qu’on ne trouvât pas mauvais que nous concourussions à une opération si digne d’une bonne administration ; heureusement nous sommes parvenus à tout concilier, et après avoir trouvé d’abord quelques obstacles nous n'avons eu qu'à nous louer ensuite des attentions, des égards même, des magistrats, et des ordres qu'ils ont donnés pour que rien ne fût caché. Nous avons cru entrer dans vos vues en prenant des précautions peut-être excessives, pour que notre mission ne püt blesser personne. » La même mauvaise volonté se fit jour lorsque l’Académie eut à donner son avis sur la reconstruction de l'Hôtel-Dieu. Le bureau d'administration refusa aux commissaires de leur faire visiter l'hôpital en détail et de leur donner des documents sur le plan du local, ies dimensions des salles, le nombre des lits, le nombre des malades, la mortalité. « Nous avions besoin de tous ces éléments, dit Bailly dans son rapport, nous les avons demandés et nous n'avons rien obtenu. »

mation en. une nouvelle prison des bâtiments du couvent des Cordeliers’, il fit suivre son rapport d'observations sur la Conciergerie et de notes sur l’organisation des prisons, où il montrait l'horreur des prisons actuelles, pleines de fange, de vermune, de corruption, et indiquait les mesures pour remédier à ce {ableau si affligeant pour l'humanité?. I fit aussi partie des commissions nommées en 1785 et 1787 pour la reconstruction de l'Hôtel-Dieu et l'établissement de quatre nouveaux hôpitaux, commissions dont Bailly fut rapporteur. IL soutint l'avis que l'École militaire devait être transformée en hôpital.

Outre un long travail qu'il entreprit sur la fabrication du cidre et sa falsification, à l’occasion d'accidents occasionnés par les cidres de Normandie additionnés de sels de plomb *, il prit part à l'examen de deux grandes questions qui occupèrent l’Europe entière, le mesmérisme et les aérostats. |

Mesmer était venu à Paris pour la première fois en 1778. Prétendant avoir découvert l'existence d'un fluide particulier propre aux corps animés, le magnétisme animal, il l'ap-

Prop ) 4 ; P pliquait au traitement des maladies, et 1l eut bientôt la réputation de réaliser des cures merveilleuses. [l réunissait ses malades autour d’une cuve couverte, appelée le baquet, remplie de bouteilles chargées de magnétisme animal par

1. Le couvent des Cordeliers était situé au coin de la rue des Cordeliers (aujourd'hui rue de l’École-de-Médecine) et de la rue de l’Observance (œue Antoine-Dubois), qui avait recu son premier nom de ce que les moines qui habitaient ce couvent s’appelaient Cordeliers de l'observance de Saint François. Après avoir servi d'hôpital de clinique à la Faculté de médecine, le couvent des Cordeliers vient d’être démoli pour faire place aux bâtiments de l'École pratique.

2. La chute de Necker, arrivée en mai 1781, empécha de réaliser le pro- Jet de réforme des prisons.

3. Il fut le rapporteur de la commission de l’Académie, et fit partie de

la commission de la Société de médecine qui confia le rapport à Fourcroy. (Œuvres de Lavoisier, t. III, p. 529.)

le frottement des mains de l'opérateur, et il les mettait en rapport avec le baquet au moyen de tiges de fer et de cordes. Souvent parmi les sujets attentifs et à l'imagination surexcitée éclataient des crises nerveuses qu’on regardait comme provoquées par le fluide magnétique. Peu à peu la réputation de Mesmer s’étendit, et le fameux baquet était devenu l’objet d’un enthousiasme inconcevable, quand le souvernement résolut de soumettre les effets du mesmérisme à l'examen des hommes de science. Le ministre choisit des commissaires dans la Faculté de médecine et dans l’Académie des sciences, Franklin, Bailly, Lavoisier, Darcet, ete. Comme Mesmer était absent de Paris, ils s’adressèrent à Deslon, docteur en médecine, disciple convaincu de Mesmer et qui accepta avec bonne foi de se soumettre à leur contrôle.

Quoique le rapport officiel soit l’œuvre de Bailly, Lavoisier n'en prit pas moins une grande part aux travaux de la commission. Îl en avait tracé le plan, après avoir soumis à la critique les écrits de Deslon, et avoir à l’avance, par ce seul examen, formulé les conclusions auxquelles la commission devait arriver à la suite d’une enquête. Tout d'abord il indique l’écueil de l’expérimentation médicale par la difficulté de faire la preuve de la cause de la guériSOn :

«L'art de conclure d’après des expériences et des observations consiste à évaluer des probabilités et à estimer si elles sont assez grandes ou assez multipliées pour constituer des preuves. Ce genre de calcul est plus compliqué et plus difficile qu’on ne pense ; il demande une grande sagacité et il est en général au-dessus des forces du commun des hommes. C’est sur leurs erreurs dans cette espèce de calcul qu'est fondé le succès des charlatans, des sorciers, des alchimistes ; que l’ont été autrefois ceux des magiciens, des

enchanteurs et de tous ceux en général qui s’abusent eux mêmes ou qui cherchent à abuser de la crédulité publique. C’est surtout en médecine que la difficulté d'évaluer les probabilités est plus grande. Comme le principe de la vie est dans les animaux une force toujours agissante qui tend continuellement à vaincre les obstacles, que la nature, abandonnée à ses propres forces, guérit un grand nombre de maladies; lorsqu'on emploie des remèdes, il est infiniment difficile de déterminer ce qui appartient à la nature ou ce qui appartient au remède. Aussi, tandis que la multitude regarde la guérison d'une maladie comme une preuve de l'efficacité du remède, il n’en résulte, aux yeux d'un homme sage, qu’un degré plus ou moins grand de probabilité, et cette probabilité ne peut se convertir en certitude que par un grand nombre de faits de même espèce. »

Ayant ainsi affirmé la nécessité du doute médical, 1 en concluait que les commissaires n'avaient pas à examiner Ja réalité des cures attribuées au magnétisme, mais bien à rechercher si le fluide magnétique existe réellement, en magnétisant un individu à son insu, ou lui faisant croire qu'il était magnétisé alors qu'il ne l'était pas. Les résultats furent ceux qu'il avait prévus quand il disait : « On sail que la seule imagination, frappée ou prévenue à un certain point, suffit pour produire ces effets, qu’il existe une foule d'exemples de convulsions instantanées; à plus forte raison, l’attouchement peut-il agir quand ses effets sont réunis à ceux de l'imagination. Toute l'attention des commissaires doit se porter à distinguer dans le magnétisme ce qui tient à des causes physiques d'avec ce qui tient à des causes morales, les effets d’un agent réel avec ceux de imagination. »

Du reste il considérait Mesmer comme un charlatan. Le

mécanicien L'Homont', au moment de la grande vogue des machines aérostatiques, ayant eu l’idée de construire et d'enlever publiquement un homme en baudruche portant sur sa tête un baquet, et ayant fait rédiger un prospectus où le mesmérisme était tourné en ridicule, Lavoisier écrivit à Bailly pour lui recommander le projet de L'Homont. « Comme il entre, dit-il, dans les vues de M. le baron de Breteuil de donner du ridicule au mesmérisme et que cette plaisanterie pourroit remplir son objet, j’aurois désiré de le voir, de lui en parler, et de protéger auprès de lui une expérience qui touche à la fois aux ballons et au mesmérisme. »

La découverte de Montgolfier agitait alors tous les esprits. Un aérostat gonflé par la dilatation de l'air s'était élévé le 5 juin 1783 à Annonay devant les États du Mivarais, et, un mois après, le physicien Charles lançait au Champ-de-Mars Le premier ballon gonflé au gaz hydrogène. Au mois de septembre, Montgolfier répétait l'expérience à Versailles, sous les yeux du roi, en présence d'une foule considérable; et bientôt Pilatre de Rozier entreprenait le premier voyage aérien. L’admiration fut unanime en présence de cette merveilleuse découverte; les esprits enthousiastes voyaient déjà l’homme maître de diriger sa course à travers les cieux. L'Académie des sciences, témoin des

4. L’Homont ou Lomont s'était occupé de modifier les machines à filer le coton. « Il a fait une découverte remarquable sur l'électricité, on écrit deux ou trois mots sur un morceau de papier : 1l l'emporte dans une chambre et tourne une machine enfermée dans une caisse cylindrique sur laquelle est un électromètre, petite balle de moelle de sureau; un fil de métal la relie à une autre caisse également munie d'un électromètre, placé dans une pièce éloignée; sa femme en notant les mouvements de la balle de moelle, écrit les mots qu'ils indiquent; d’où l’on doit conclure qu'il a formé un alphabet au moyen du mouvement. Comme la longueur du fil n’a pas d'influence sur le phénomène, on peut correspondre ainsi à quelque distance que ce soit, par exemple du dedans au dehors d’une ville assiégée. » (Voyages d'Arthur Young, édition Guillaumin, p. 117.)

expériences de Montgolfier qui sollicitait son jugement, lui décerna un prix de 600 livres et décida que son mémoire serait publié dans le Recueil des savants étrangers. Elle ne borna pas là son rôle, et confia le soin de perfectionner les machines aérostatiques à des commissaires : le duc de La Rochefoucauld, Le Roy, Condorcet, Tillet, l'abbé Bossut, Brisson, Berthollet, Coulomb et Lavoisier. C’est encore Lavoisier qui exposa à la commission, réunie au mois de décembre 1783 à l'hôtel de La Rochefoucauld, les points principaux dont elle devait s'occuper : imperméabilité et légèreté de l'enveloppe, choix du gaz, découverte d’un procédé pour faire monter ou descendre à volonté l’aérostat sans perte de gaz ou de lest, et enfin étude des moyens propres à le diriger. Lui-même fit connaître la meilleure manière d'obtenir l'hydrogène d’une façon régulière et commode ‘, tandis que Berthollet déterminait la densité du gaz que fournit la distillation du charbon de terre. Les deux premiers points furent promptement élucidés. Au mois de février 1784, M. de Baer, ministre de Suède en France, ayant demandé des renseignements à Lavoisier sur les machines aérostatiques, celui-ci décrivit le mode de fabrication des enveloppes et la préparation de Phydrogène : « L'Académie des sciences s'occupe aussy des moyens de les diriger et elle espère y parvenir, du moins en partie : on ne peut pas espérer de les conduire dans une direction opposée à celle du vent, mais il est très

1. Louis XVI lui écrivit le 15 mars 1789 : « Votre dernière expérience, Monsieur, fixe encore toute mon admiration; cette découverte prouve que vous avez agrandi la sphère des connaissances utiles. Vos expériences sur le gaz inflammable prouvent combien vous vous occupez de cette science admirable, qui, tous les jours, fait de nouveaux progrès.

La reine, et quelques personnes que je désire rendre témoins de votre découverte, se réuniront, dans mon cabinet, demain à 7 heures du soir. Vous Me ferez plaisir de m'apporter le traité des gaz inflammables, » (Correspondance de Louis XVI, publiée par Hélène Maria Williams. 1803.)

probable qu'on pourra faire décrire une ligne oblique qui s'écartera de 15 à 20 degrés de la direction du vent quand il sera modéré. S'il en est ainsy, on pourra par un vent donné se diriger à choix dans le quart de cercle de la boussolle. Je ne pourrois sans indiscrétion m'ouvrir sur les moyens que l’Académie propose d'employer; d’ailleurs il faut qu’elle puisse acquérir par des expériences la certitude du succès. »

L'Académie eut encore à nommer une commission, sur la demande du ministre, pour visiter l'établissement du Creuzot, dirigé par M. de Wendel d'Hayanges, ancien capitaine au corps royal d'artillerie. Les commissaires Vandermonde, Berthollet, Monge et Lavoisier, arrivés au Creuzot le 24 septembre 1787 (ce dernier venait d'assister à la première séance de l’Assemblée provinciale de l’Orléanais), visitèrent l'établissement, assistèrent à des coulées de fonte, à des affinages de fer au moyen du coke, puis ils se partagèrent la besogne. Les mathématiciens devaient décrire les hauts fourneaux, les machines soufflantes, les fourneaux à réverbère, tandis que les chimistes se chargeaient de faire des expériences sur la pyrométrie, d’analyser les échantillons de minerais et de fonte, etc. Lavoisier eut spécialement à étudier l’affinage au charbon de terre et à analyser le minerai de fer de Chaleney.

Il présenta encore à l’Académie divers rapports : sur les pompes antiméphitiques, sur les gaz qui s’échappent des fosses d’aisance, sur le charbon de tourbe, sur le Traité de chimie de Berthollet, sur le Traité de l'air et du feu de Scheele, sur divers travaux de Chaptal, etc. Il dirigea aussi la publication des volumes des Arts et Métiers, qui paraissaient sous le patronage de l’Académie; c’est chez lui et sous sa direction que se réunissait la commission

nommée à cet effet par l'Académie : Berthollet, Vander-

monde, Hassenfratz, Gengembre, Adet et Subrin. Ce n'était pas seulement par l’intermédiaire de l'Académie qu'il se voyait obligé à chaque instant de s'occuper de travaux étrangers à ses recherches de laboratoire. Le lieutenant de police, les ministres, s'adressaient directement à lui; un jour M. de Sartines lui demandait son avis sur le danger des feux d'artifice au gaz inflammable dus à Ruggieri; un autre jour le contrôleur général l'interrogeait sur un procédé de purification du sel, ou le ministre de la marine lui demandait son avis sur la valeur des productions de nos colonies, comme l’indigo ou le girofle de Cayenne’. En 1713 Trudaine et le ministre de la marine de Boynes lui confèrent l'examen d’un procédé de distillation de l’eau de mer dû à un Anglais, et que Magellan avait fait connaître à Trudaine. Lavoisier fit construire divers modèles et apporta à l'appareil des perfectionnements qui le rendirent pratique. Turgot, qui avait remplacé M. de Boynes au mimstère de la marine, décida qu’une machine distillatoire serail établie à Lorient, à bord d'un vaisseau du roi, mais il fut lui-même remplacé par Sartines et son projet ne reçut pas d'exécution, Lavoisier dut réclamer 650 livres dont 1l avait fait l'avance pour la construction des modèles. Quand il eut terminé ses essais, il en exposa les ré- Sultats dans un mémoire dont la minute autographe porte : A Copier et à imprimer, ce 1° juillet 1775, et en envoya une copie à Magellan. Six ans après, sans qu’on sache à qui fut dû cet abus de confiance, le mémoire paraissait, sans nom d'auteur ni d'éditeur, sous le titre de : Nouvelle construction d'alambic pour faire toute sorte de distillation en grand, avec le plus d'économie dans l'opération et le plus

1. Il se fit aider dans cette affaire par un droguiste de la rue des Lombards, Pluvinet, un des rares amis qui essayèrent plus tard de le sauver aux jours du danger.

d'avantage dans le résultat, en deux parties : la prenuère comprenant son application à la distillation des eaux-de-vie, et la seconde à la dessalaison des eaux de mer à bord des vaisseaux. L'auteur prétendu annonçait dans la préface qu’il était au bout de sa carrière, mais tout le texte est la reproduction exacte des manuscrits de Lavoisier de 1715: « Cet ouvrage anonyme, dit M. Dumas, est l’œuvre de La= voisier; 1l porte son empreinte partout; à son époque, il était seul capable de l'écrire; le principe qu'il pose est le même principe qu'il appliquait bientôt au traitement du salpêtre : obtenir le maximum d'effet avec le minimum de dépense. L'industrie doit donc inscrire dans ses annales le nom de Lavoisier comme l'inventeur du chauffage systématique et de la distillation continue, de même qu'il est l’mventeur de la Hixiviation systématique ou continue ‘.» Toutes les fois que dans les régions du pouvoir il s'agissait de résoudre une question difficile, c’est à Lavois sier qu'on s’adressait. En 1772 il eut à s'occuper de la ba= guette divinatoire. On admettait alors comme une vérité indiscutable que certains individus avaient un don spécial pour reconnaître les sources ou les veines métalliques par les mouvements spontanés d’une baguette en forme de fourche, une furcelle, qu’ils tenaient entre les doigts : on prétendait même que la baguette permettait de retrouver les cadavres des personnes assassinées et de suivre les traces de leurs meurtriers. Quoique Georges Agricola eût déjà soutenu l'impuissance de la baguette pour découvrir les veines métalliques”, l'opinion générale était tellement favorable à l'usage de la furcelle qu'à la fin du xvu° siècle

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