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LES PREMIERS TRAVAUX

d'observations suivies pendant plus de trente ans n’a jamais été fait; c'est une des œuvres dont la mort de Lavoisier a empêché la réalisation.

Les occupations si multipliées de sa jeunesse, son incroyable ardeur au travail, ne lui permettaient guère de remplir ses devoirs de société; aussi, pour s’y soustraire, eut-il, à dix-neuf ans, l’idée d’invoquer des raisons de santé ; il se mit pendant quelques mois au régime exclusif du lait’. Ses amis, du reste, le croyaient malade; l’un d'eux, M. de Troncq, lui envoyait du gruau et lui écrivait en 1763 : « Votre santé, mon aimable mathématicien, est comme celle de tous les gens de lettres, dont l'esprit est plus fort que le corps; aussi ménagés vos études et croiés qu'une année de plus sur la terre vaut mieux que cent dans la mémoire des hommes. »

A cette heure de la vingtième année, Lavoisier vivait heureux, en compagnie des hommes les plus distingués de son temps, qui, de ses maîtres, devenaient ses amis, entouré des affections de la famille dans cette maison de la rue du Four-Saint-Eustache, où l’on ne recevait que quelques intimes, car la grand'mère, M°° Punctis, aimait la solitude et la tranquillité. Parmi ces intimes se trouvait le naturaliste Guettard, dont l'influence semble avoir déterminé la vocation scientifique du jeune Lavoisier. Guettard s'était d'abord fait connaître comme botaniste, et était entré à ce titre à l’Académie en 1743; puis, abandonnant en partie cette étude, il s'était adonné à la géologie et à la minéralogie, et, le premier, avait eu l’idée d’établir des cartes minéralogiques indiquant, par des caractères spéciaux, la nature du sol, les mines et les carrières. Il avait fait dans ce dessein de nombreux voyages en France et à l'étranger; mais,

sentant que la vie d'un homme était insuffisante pour mener à bonne fin la tâche qu'il s'était proposée, il voulut s’adjoindre un collaborateur jeune et actif qui pût continuer son œuvre, et s’adressa à Lavoisier, qui avait alors vingt ans. Dès 1763, celui-ci, même avant d’avoir terminé ses études de droit, fut le collaborateur de Guettard; pendant trois ans, il parcourut la Brie, le Vexin, le Soissonnais, une partie de la Champagne et les environs immédiats de Peris, relevant les coupes de terrains, recueillant des échanüillons, continuant ses observations barométriques. Chaque année, il passait ses vacances à Villers-Cotterets, chez sa tante Prévost ou sa tante Lavoisier !; mais il n'y restait pas inactif : il étudiait la forêt de Villers-Cotterets et poussait jusqu'à Lagny, Chaumont, La Ferté-Milon et Château- Thierry ; une autre fois, 1l visitait la Beauce, allait jusqu’à Orléans, Moulins et même jusqu'à Thouars, dans le Poitou. De toutes ces excursions, il rapportait de nombreuses observations de minéralogie, de géologie et même de botanique, et ses cahiers de notes renferment déjà des vues personnelles sur la nature des terres, des coquilles fossiles. Son premier travail original date de cette période; ce sont des recherches sur les différentes espèces de gypse, exécutées en 176% et présentées à l’Académie dans la séance du 27 février 1765, qui inaugurent la longue série de mémoires dont il devait, pendant trente années, enrichir les recueils de l’Académie. Il examina les nombreuses variétés de gypse (pierre à plâtre), détermina leur solubilité dans l’eau, et fut un des premiers à expliquer la cause de la

1. Mme Sulpice Waroquier, mariée à Antoine-Louis Prévost, procureur au bailliage de Villers-Cotterets, était sœur de Jeanne Waroquier, grand’mere de Lavoisier. — Quant à Mme Lavoisier, de Villers-Cotterets, c'était également une grand'tante : elle était la femme de Nicolas-Hyacinthe Lavoisier, frère d'Antoine, grand-père d’Antoine-Laurent. (Voir Appendice, I. Généalogies)

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