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Richesse territoriale de la France, p

avaient permis de pénétrer le mécanisme de l'impôt et de connaître les charges qui écrasaient les cultivateurs. Dans les nombreux voyages qu'il avait faits pour l’établissement de l'Af/as minéralogique, 11 avait vu de près la misère du peuple des campagnes. Toute sa vie 1l s’occupa de la soulager et d'augmenter la production territoriale par une réforme judicieuse de l'impôt et par la propagation des meilleures méthodes de culture. Tous ses efforts tendirent vers ce double but. A l'exemple d'un des protecteurs de sa jeunesse, Duhamel du Monceau, il entreprit dans son domaine de Fréchines des expériences qu'il poursuivit pendant quinze années, et, dans les nombreuses commissions dont il fit partie, 1l signala les conditions économiques contre lesquelles Le paysan avait à lutter : impôts dela taille, des vinghièmes, des gabelles, insuffisance de la longueur des baux, manque de crédit, etc. Empressé d’affranchir l’agriculteur, le manufacturier et le commerçant des entraves qui s opposaient au libre développement de leurs facultés, il montre dans les nombreux mémoires qu'il présenta à divers comités la grandeur de son patriotisme, la largeur de ses vues, et l'intérêt profond qu'il portait aux populations misérables des campagnes.

IL ft partie ‘dès 1783 de la Société d'agriculture de Paris, à laquelle il communiqua le résultat des expériences entreprises à Fréchines. (

La première Société d'agriculture avait été établie à Rennes, en 1758; par l’économiste Vincent de Gournay; d'autres sociétés s'étaient créées dans diverses généralités, et un arrêt du conseil de 1761 donna naissance à la Société d'agriculture de la généralité de Paris, qui embrassait les départements actuels de la Seine, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne et une partie des départements d'Eure-et- Loir et de l'Yonne.

La Société d'agriculture de Paris comprenait quatre bureaux qui avaient leur siège à Paris, à Beauvais, à Meaux et à Sens. Le bureau de Paris, composé de vingt membres dont le plus connu était le marquis de Turbilly, nommé président, s’adjoignit tout d’abord des associés où membres libres parmi lesquels on compte successivement Duhamel du Monceau, Buffon, Bernard de Jussieu, Tillet, Desmarets, tous membres de l’Académie des sciences; lé naturaliste Valmont de Bomare, Monthyon, le ministre Bertin, les médecins Tenon et Petit, le duc d'Ayen, membre honoraire de l’Académie des sciences; le directeur ‘dé l'École vétérinaire d'Alfort, Bourgelat; le célèbre général d'artillerie, Gribeauval; lintendant de Paris, Berthier de Souvigny, etc. Lavoisier fut nommé en 1783, en même temps que le due de La Rochefoucauld, le duc de Liancourt, et le duc de Charost, digne descendant de Sully, qui, dès 1769, avait aboli la corvée seigneuriale dans ses domaines et s'était occupé de favoriser les défrichements en Picardie où il était lieutenant du roi°. Cette même année la Société d’agriculture appelait encore dans son sein Daubenton, qui occupait la chaire d'économie rurale de l'École d’Alfort; le jardinier Thouin, dont Young disait : « Plus je vois M. Thouin, plus je l'aime; c’est l’homme le plus aimable que je connaisse » ; l'abbé Tessier, de l'Académie des sciences, qui publiait son Traité des maladies des grains”; l'ingénieur Perronet:; Chabert, qui avait remplacé Bourgelat à l’École d’Alfort. Dans les années suivantes

1. Sur le marquis de Turbilly, voyez ARTHUR YounG, Voyage en France.

2. Armand-Joseph de Béthune, duc de Charost, consacra sa vie aux œuvres de bienfaisance; il n'émigra pas et échappa à la Terreur. II mourut le 27 octobre 1800.

3. C'est l'abbé Tessier qui, réfugié en province pendant la Terreur, connut Georges Cuvier, pressentit son génie et le fit appeler à Paris. Né en 1744, l'abbé Tessier publia un grand nombre d'ouvrages d'agriculture, et mourut en 1837.

la Société s’adjoignit Dupont de Nemours, alors conseiller d'État, commissaire général pour le commerce; le chimiste Fourcroy; Vicq d'Azyr, secrétaire perpétuel de la Société royale de médecine; Malesherbes, qui présentait à la Société ses Zdées sur les moyens d'accélérer les progrès de l'économie rurale ; Parmentier, à qui ses travaux sur la boulangerie et surtout la propagation de la culture de la pomme de terre ont donné une juste notoriété; l'avocat Gerbier, qui apportait à la Société ses connaissances sur la législation rurale; enfin Broussonnet, membre à vingtcinq ans de l’Académie des sciences, suppléant de Daubenton à l'École d’Alfort, secrétaire perpétuel de la Société d'agriculture : « Peu d'hommes, dit Arthur Young, sont aussi propres que M. Broussonnet à la place qu'ils occupent; il est singulièrement actif. »

Avec un tel choix d'hommes éminents et sous l’impulsion de Broussonnet, la Société d'agriculture, qui, peu d'années après sa fondation, s'était ralentie de son zèle, prit une activité nouvelle. Elle remania son règlement, commença en 1785 à publier des volumes de mémoires, et acquit une importance telle que le roi lui conféra en 1788 le titre de Société royale’. À ce moment elle comptait parmi ses correspondants Arthur Young, Banks, Franklin, le duc de Parme, Washington, etc. Outre ses séances ordinaires fixées au jeudi, elle avait des séances publiques dans un des salons de l'Hôtel de Ville. Dans celle du 28 novembre 1788, Lavoisier lut une note sur les expériences agricoles poursuivies à Fréchines depuis près de dix ans et dont nous parlerons plus loin. Mais c'est surtout au Comité

1. La Société royale d'agriculture vécut jusqu’au décret du 8 août 1793, qui supprima les Sociétés savantes. Grégoire fit de vains efforts pour la conserver. (Rapport de Grégoire à la Convention, et Mémoires de Grégoire, publiés par H. Carnot, 1837, t. I, p. 352.)

d'agriculture et à l’Assemblée provinciale de l’Orléanaiss qu'il déploya toute son activité.

Le Comité d'agriculture, créé sous le ministère de Calonne au commencement de 1785, était une sorte de comité consultatif, chargé d'éclairer le contrôleur général surla valeur des mémoires qui lui étaient adressés et de faire connaître ceux qui devaient attirer l'attention du gouvernement. Rattaché au département des impositions, dont Gravier de Vergennes ‘ était intendant, le Comité d’agricul* ture fut présidé par celui-ci. Il comprenait Darcet, Tillet, Poissonnier, Lavoisier, membres de l’Académie; Dupont de Nemours, et Lubert, premier commis au département des impositions, qui avait dans les attributions de son bureau le contentieux de la taille, les sociétés d'agriculture; lés desséchements, les défrichements, etc. Chacun des membres du Comilé avait une valeur scientifique qui Jus= tifiait le choix du ministre. Darcet, chargé après la mort de Macquer de la direction de la manufacture de Sèvres, était un chimiste distingué. Tillet, trésorier de l’Académie, s'était occupé des maladies des blés; en collaboration avec Duhamel du Monceau, il avait étudié linsecte qui dévorait les grains de l’Angoumois et du Poitou, et donné les moyens de le détruire. Poissonnier, médecin consultant du roi, inspecteur général du service de santé de la marine, avait fait des expériences sur la dessalaison de l’eau de mer: Dupont de Nemours s'était entièrement adonné aux sciences économiques et agricoles. Lavoisier enfin était

1. Charles Gravier de Vergennes, fils du marquis de Vergennes, ambassadeur de France en Portugal et neveu du ministre des affaires étrangères, avait été intendant de la généralité d'Auch. Traduit avec son père devant le tribunal révolutionnaire le 6 thermidor an II (26 juillet 1794), il périt le même jour, à l’âge de 42 ans. Il laissait deux filles, dont l'une, Claire, épousa en 1796 le comte de Rémusat, et devint dame d'honneur de l'impératrice Joséphine. (Mémoires de Mme de Rémusat, Introduction.)

signalé par sa grande réputation de chimiste et sa science de la pratique agricole.

En 1786, le nombre des membres du Comité fut porté à quatorze. On y appela Courtois de Minut, maître des requêtes et intendant du commerce : Cheyssac, grand maitre des eaux et forêts de la généralité de Paris; Le Hoc, commissaire général de la marine, secrétaire de légation à Constantinople pendant l’ambassade de Choiseul-Gouffier, chargé plus tard par Calonne de concourir aux travaux préparatoires de l’Assemblée des notables! ; l’abbé Lefèvre, . procureur général des Génovéfains, qui rendit de grands services au Comité en organisant une correspondance agricole, au moyen des curés de son ordre”; le duc de Liancourt”, de la famille de La Rochefoucauld qui, dans son château de Liancourt, avait fondé une manufacture de toiles et de tissus mêlés ; Lazowski, l’ami d'Arthur Young, très instruit dans les questions agricoles, ancien précepteur des enfants du duc de Liancourt et chargé de diriger l'exploitation du domaine.

Les fonctions de secrétaire furent confiées à Lavoisier; il rédigea les procès-verbaux, dont les minutes furent

1: Né en 1743, la même année que Lavoisier, Le Hoc fut envoyé par Louis XVI comme résidant à Hambourg. Sous le Directoire, il fut ambassadeur auprès du roi de Suède. Il mourut en 1810. Il avait fait une tragédie, Pyrrhus, dont la police impériale arréta les représentations.

2. Le nombre des correspondants, qui comprenait en 1786 des moines de divers ordres, des propriétaires, des fermiers, s'élevait alors à 905.

3. Sur le duc de Liancourt, voyez ARTHUR YounG, Voyage en France, et Cx. LacrereLe, Dix années d'épreuves pendant la Révolution, in-80, 1842.

4. Lazowski était fils d'un gentilhomme polonais qui avait suivi le roi Stanislas en Lorraine: Les biographes l'ont confondu avec son frère, qui prit part à la journée du 10 août, fut l'ami de Robespierre et mourut en 1793. L'ami d'Arthur Young était au contraire très hostile à la Révolution ; c'était origine de discussions fréquentes entre lui et le duc de Liancourt : « Par une bizarrerie du sort, son frère était devenu l’un des plus fougueux coryphées du parti révolutionnaire; il gémissait de la triste célébrité que ce frère avait attachée à son nom. » (Cm. LAGRETELLE, Dix années d'épreuves, etc.)

ECHERCHES AGRICOLCES,.

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