LES R
reportées sur un registre spécial’. Le premier commis Lubert était chargé de faire exécuter les décisions du comité, qui se réunissait une fois par semaine à l'hôtel du prési= dent.
Lavoisier en fut le véritable directeur. Dès la création du comité, qui se réunit pour la première foisle 16 juin 1785, il présenta un rapport sur l’organisation des travaux; il fit décider qu'on nommerait des commissaires spéciaux pour étudier les questions dont l'importance mériterait un rap port écrit au lieu d’un simple avis verbal; si le Comité ne se croyait pas en état de prononcer, on devait consulter l’Académie des sciences ou la Société d'agriculture. Il indiqua, comme devant surtout attirer l'attention du comité, la création d'un champ d'expériences agricoles aux CV rons de Paris, et dans le cas où les essais faits sur quelques arpents devraient être répétés sur une plus grande échelle; il offrit de les entreprendre sur son domaine dont 1l dirigeait lui-même l'exploitation et qu'il mit entièrement à la disposition du comité, acceptant d'en modifier la culture comme on le jugerait convenable. Le Comité d'agriculture n'ayant que de faibles ressources, il proposa de s'adresser pour l'impression des mémoires au Journal de physique, qui les publierait dans ses colonnes et en fournirait à peu de frais des tirages à part; il pensait en outre quil y
L. Les trois registres des procès-verbaux des séances du Comité d'agriculture sont aux Archives nationales (F 10, 1A, F 10 (4 bés) F 10 (4 éer). Ils y ont été découverts par MM. Pigeonneau et de Foville, qui en ont publié le texte annoté, sous le titre : /’ Administration de l’agriculture au contrôle général des finances (1185-1787). Procès-verbaux et rapports, in-8°, 1882, avec une intéressante introduction de M. Pigeonneau sur les travaux du comite.
Les éditeurs ont cru que le secrétaire du comité était Lubert, et lui ont attribué la rédaction des procès-verbaux. Outre ses minutes autographes, les papiers de Lavoisier renferment une note dans laquelle, en retraçant les travaux du comité, 1l dit : « C’est M. Lavoisier qui tient la plume et rédige
les délibérations ; un premier commis, M. Lubert, est chargé des détails et s'en acquitte avec beaucoup de zèle et d'intelligence. »
aurait lieu de créer prochainement un journal d’agriculture.
Comme il était un des membres les plus actifs du comité et les plus assidus aux séances, il fut chargé d’examiner les toiles blanchies par le procédé de Berthollet, de demander à Parmentier une instruction sur la culture de la pomme de terre et du maïs, de rédiger lui-même l’instruction sur le parcage des bêtes à laine’, de faire des rapports sur l'emploi des cendres de tourbe comme engrais et sur le procédé recommandé par Tillet pour combattre la carie des blés.
Un mémoire plus important où 1l exposa ses doctrines économiques, tout opposées aux idées de la réglementation à outrance par laquelle on s'était toujours efforcé de protéger l’industrie et le commerce, fut celui qu'il présenta à Poccasion d’une demande de l’intendant du Languedoc.
Celui-ci attribuait la disette de bestiaux qui affligeait sa province, à l'arrêt du conseil du 17 avril 1763, par lequel Pexportation du bétail était autorisée, et il demandait au comité le rétablissement des dispositions prohibitives de Pordonnance du 7 septembre 1740. Suivant Lavoisier, ces sortes de prohibitions sont inutles dans tous les cas; en temps d'abondance elles empêchent le trop-plein de s’écouler; en temps de disette la nature des choses s'oppose à la sortie des bestiaux, puisque alors leur prix est plus élevé
1. Instruclion sur le parcage des béles à laines, imprimé par ordre du Roi, brochure in-#, 1188. — A. Young, prétendant que le gouvernement français demandait des conseils à des académiciens dépourvus de toutes connaissances d'agriculture pratique, critiqua divers points de l'instruction sur le parcage des moutons : « On peut, dit le procès-verbal du comité, croire Vauteur de l'instruction sur cet objet, parce que la ferme qu'il cultive est précisément dans ce cas, et qu’il s'est attaché à déterminer ce qu’on pourrait faire de fumier avec une quantité donnée de paille et de bestiaux. Il n’est peut-être point de cultivateur anglais qui ait fait des expériences sur cet objet. D
| is
dans la région qui souffre de la disette. Quant à l’autre demande de l’intendant du Languedoc, tendant à ce qu'une ordonnance défendiît de tuer les agneaux et les veaux Lavoisier fit remarquer que l’État n’a aucun moyen d'ass surer l'exécution d’arrêtés de ce genre et ne saurait im poser aux cultivateurs l'élève du bétail quand ile fourrage ‘vient à manquer : « Le renchérissement actuel des bestiaux, dit-il, est une prime qui les attirera de l'étranger et favorisera l'élève du bétail. » Il s'élève, dans ce rapport, contre la réglementation dans les questions de subsistan= ces, et combat la funeste doctrine du gouvernement qui s'efforce de concilier à Paris deux choses incompatibles en temps de disette : le bon marché et l'abondance. Pour at= teindre ce but, on s’est souvent adressé à des compagnies financières qui ont l’art de déquiser leur intérêt sous l'appa= rence de l'intérêt public. Il est préférable, suivant Lavoisier, de vendre la viande à Paris plutôt un peu au-dessus de sa “valeur; les bestiaux sont alors attirés sur le marché, l’abon: dance reparaît et le prix tend à baisser naturellement. Quant au tarif officiel de la viande, il ne peut être question de le supprimer, malgré ses inconvénients, en présence de la puissante corporation des bouchers qui, formant une compagnie peu nombreuse, se livrerait à tous les abus du monopole". Enfin il conclut que le meilleur moyen de remédier aux disettes est de faire le moins possible intervenir l'État; toutes les fois qu’il se mêle de tarifer les objets de consommation, 1l prolonge la situation au lieu d’y remédier?.
Le comité eut à s'occuper de la création à Paris d’une 1. L'organisation du commerce de la boucherie en Jurande ou corps de métier, supprimée par Turgot, avait été rétablie par le contrôleur général Clugny.
2. Les procès-verbaux ne renferment qu'une courte analyse de ce mémoire.
école de filature, ou plutôt de tissage, pour former des élèves destinés à aller en province créer des établissements analogues. La France qui produisait des quantités considérables de lin et de chanvre, les exportait pour alimenter des manufactures étrangères qui nous fournissaient les toiles. Lavoisier eut l'idée d'établir des filatures pour utiliser les produits du sol, affranchir la France du tribut payé à l'étranger et fournir de l'ouvrage aux habitants de la campagne pendant la saison où ils ne sont pas occupés aux travaux des champs. Comme on ne pouvait attendre de secours des finances obérées de l'État, les membres du comité formèrent, à titre d'association de bienfaisance, une Société au capital de 9,000 livres, divisé en actions de 300 hivres que se partagèrent 21 personnes‘. L'atelier, dirigé par un sieur Lefèvre, fut établi sur le nouveau boulevard, auprès de la rue du Montparnasse. M. de Vergennes étle curé de Saint-Sulpice s’en occupèrent avec le plus srand zèle. Lavoisier en surveilla la marche : « J’ay suivi tous les détails de cette fabrique ; 1l n’est aucune des pièces que je n ay vue sur le métier dans la fabrique du Montparnasse”. » De plus, il commença le premier à appliquer en grand dans cette manufacture le procédé de blanchiment au chlore que Berthollet venait de découvrir”.
1. L'acte fut signé le 14 juillet 1786 ; les actions de 300 livres sont signées de Lavoisier, Lubert, Martin, et un quatrième nom illisible. (Martin était à la tête d'une manufacture de drap à Sedan.)