LA COMMUNE DE PARIS. — LE CLUB DE
Lavoisier revint à Paris au mois d'avril. Il reprit ses fonctions à la ferme générale et à la régie des poudres, et poursuivit ses travaux de laboratoire sans négliger ses devoirs d’académicien. Bientôt il fut sollicité par de nouvelles occupations; 1l dut prendre part aux réunions de l'Assemblée des représentants de la commune, dont il fut nommé membre au mois de septembre par les électeurs du district de Culture Sainte-Catherine !.
Dans cette Assemblée qui choisit Bailly comme maire et nomma Lafayette commandant de la garde nationale, se trouvaient un grand nombre d'hommes de science et d’académiciens : Condorcet, Thouin, A.-L. de Jussieu, Broussonnet, Cousin, membres de l’Académie des sciences; Lefèvre de Gineau, professeur au Collège de France; le chimiste Demachy, Suard de l’Académie française, Vauviliers et Dussaulx de l’Académie des inscriptions et belleslettres, Ameilhon de l’Académie des inscriptions. On y trouve aussi Brissot, Danton, Santerre, le fermier général Duvaucel, le pharmacien Quinquet, etc. ?.
1. L'assemblée des électeurs de Paris,constituée en commune le 13 juillet, demanda le 25 juillet aux 60 districts de Paris de nommer deux représentants chacun ; le 5 août on en nomma 60 autres, et enfin la commune se compléta le 18 septembre par la nomination de 120 représentants, ce qui porta le nombre total des membres à 300. Lavoisier fut nommé dans la dernière élection. (Procès-verbaux des assemblées des représentants de la Commune de Paris. — Exposé des travaux de l’Assemblée générale des re- Présentants de la commune de Paris depuis le 25 juillet 1789 jusqu'au mois d'octobre 1790, par M. Godard, avocat, in-8°, 1790.
2. Liste générale des représentants de la commune de Paris, convoqués le 18 septembre 1789 (brochure in-4°).
Dès les premiers jours de la création de la milice citoyenne, Lavoisier fut inserit sur les contrôles de l’Arsenal'. Sa position d'administrateur de la Caisse d’escompte attira cette même année l’attention sur lui; dans la séance du 20 juillet, 1l vint avec ses collègues présenter les hommages des actionnaires de la compagnie à l’Assemblée constituante. Le duc de Liancourt, président, le féhicita du patriotisme d'une compagnie financière qui, dans les moments des troubles qui venaient d'agiter la capitale, n'avait pas suspendu les paiements. Mais peu de temps après ces éloges publics, insérés dans les procès-verbaux officiels, Lavoisier eut à subir des attaques à raison même de ses fonctions à la Caisse d’escompte. Ayant présenté à l’assemblée des actionnaires un état de la situation financière de la compagnie, il avait indiqué que la nation devait à celle-ci une somme de 70 millions à déléquer sur la contribution patriotique. Lors de la discussion du projet de Necker, de convertir la Caisse d’escompte en une banque nationale, un membre de l’Assemblée constituante demanda que le fait avancé par Lavoisier füt éclairer, et que la distribution de son rapport fut défendue dans le cas où le mot de délégation ne serait pas enlevé : l'affaire cependant ne paraît pas avoir eu de suites. C’est à cette époque que Lavoisier faillit être victime de la fureur populaire, lors de l’émeute du 6 août, provoquée par l'enlèvement des poudres du port Saint-Paul (p. 93).
Il s'était engagé à donner 30 000 livres à la contribution patriotique ; il en paya 14 000 au mois de novembre 1787. En promettant de verser le surplus dans le courant de 1790, il faisait remarquer que la somme de 30 000 livres dépas-
1. Dans la journée du 10 août 1792, il était commandé pour la garde des magasins des poudres de l’Arsenal et le 31 mai 1793 pour occuper le poste de la place de la Révolution.