Voir DELAMBRE, Base du système métrique
2. « Je soussigné, Antoine-Laurent Lavoisier, trésorier de l’Académie des sciences, ancien commissaire de la Trésorerie nationale, demeurant à Paris, boulevard de la Madeleine, n° 243, certifie à tous ceux qu'il appartiendra que les fonds nécessaires pour les opérations dont est chargé le citoyen Méchain, astronome de l’Académie des sciences, pour la mesure du méridien terrestre et pour l'établissement des mesures universelles, ont été faits entre mes mains par la Trésorerie nationale en vertu des décrets des représentants de la nation, qu'indépendamment des fonds remis à Barcelone à M. Oteyra pour les dépenses des dittes opérations, et au citoyen Lecoulteux
et Cie, à Paris, 1l est authorisé à tirer sur moi toutes les sommes dont il peut avoir besoin jusqu’à concurrence de trente mille livres et plus, s’il est né
Outre les obligations que lui imposait son titre de trésorier, Lavoisier prit une grande part aux travaux de la commission ; il contribua à la nomenclature des nouveaux poids et eut à ce sujet de fréquents entretiens avec deux membres de l’Assemblée nationale, Prieur de la Côte-d'Or et le géomètre Arbogast. Peu de temps après que la commission centrale eut présenté le rapport dans lequel le nom de mnètre était proposé pour l'unité de longueur, égale à la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre, et le nom d’are pour l'unité de superficie", Laplace se retira et fut remplacé par Lavoisier. Celui-ci préparait avec Haüy les expériences pour déterminer le poids de l’eau distillée et rédigeait, pour la commission, des rapports sur la contenance de la pinte de Paris. Il transmettait au député Pierre Loysel, président de la commission des assignats et monnaies, un long mémoire sur les mesures des anciens, avec un projet de décret à soumettre à l’Assemblée pour faire décider que la livre de compte serait ramenée au système décimal, et qu’au lieu d’être divisée en vingt sols, et le sol en douze deniers, elle comprendrait désormais dix décimes, et chaque décime, dix centimes. Pour retenir dans les ateliers les ouvriers employés à la fabrication des étalons, il s’adressait au comité de l'instruction publique, afin qu'on les dispensât du service militaire. Il avait aussi à faire des démarches sans nombre pour obtenir du Trésor
cessaire; invitons tous trésoriers, caissiers, banquiers ou négotiants, soit en France, soit à l'étranger, à fournir au citoyen Méchain tout ce dont il aura besoin, me rendant personnellement responsable de tout ce qui lui aura été avancé, et m'obligeant à rembourser, outre les dittes avances, tous les frais et droits de commission. Fait à Paris, le quinze juin mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an second de la République française. » (Minute autographe.)
1. Rapport fait à l’Académie des sciences le 11 juillet 1792 sur la nomenclature des mesures linéaires et superficielles, par MM. Bora, Dave: ConNporcer et LAPLACE.
national les fonds votés par l’Assemblée pour les travaux de la commission.
L'histoire de la commission des poids et mesures se confond avec celle de l’Académie, tant leurs intérêts sont liés intimement, et, quand l'existence de celle-ci fut menacée, le grand travail de l'établissement du système uniforme des poids et mesure se trouva compromis.
Lavoisier se dévoua ardemment à la défense de la savante Compagnie; pendant plus de vingt mois, il fut l'âme même de l’Académie expirante.Pour la sauver, pour sauvez les sciences dont elle était la gardienne, il déploya toutes les ressources de son activité prodigieuse; sans un moment de faiblesse, il lutta jusqu'à la dernière heure avant de succomber dans ce combat inégal où il était presque seul devant la volonté de la Convention, qui faisait table rase des institutions du passé, même les plus inoffensives: Sa courageuse intervention à un moment où peut-être 1l eût été sage de se faire oublier, son généreux amour de la science, son patriotique souci de l'honneur national, le font grand, autant que les découvertes auxquelles il doit l’immortalité de son nom.
Il avait été nommé trésorier de l’Académie à la fin de 1791, en remplacement de Tillet; proposé dans la séance du 17 décembre, il prit possession de ses nouvelles fonctions le 21.
Peu de jours avant la séance où il fut choisi, il avait demandé à ses confrères à ne pas toucher les 3 000 =. vres d'appointements attribuées au trésorier. Étant encore régisseur des poudres, il rappelait que la lo et surtout l’oppinion publique, la plus puissante de toutes les lois, ne lui permettoit pas de cumuler deux traitements. Il proposa de distraire des 3 000 livres une somme de 1000 à 1200 livres pour les commis de la trésorerie et les frais
de bureau, le surplus restant à la disposition de l’Académie.
En entrant en fonctions, il eut à régler immédiatement un grand nombre d’affaires demeurées en souffrance par suite de la longue maladie de son prédécesseur ; ainsi, les traitements des académiciens étaient en retard, les sommes dues à l’Académie pour 1790, celles qui lui avaient été accordées en 1791, n'avaient pas été payées. Il fallut - s'adresser au ministre de l’intérieur, le presser de faire ordonnancer ces dépenses, correspondre avec les administrateurs du directoire du département de Paris, leur transmettre l'état financier de l’Académie, l'inventaire de ses biens, la liste de ses membres. D’un autre côté, l’Académie était chargée de la publication de la Connaissance des temps. Méchain venait d'en terminer les calculs pour 1793 et travaillait activement à ceux du volume de 1794; mais la subvention annuelle de 1 600 livres que fournissait d'ordinaire le ministère de la marine n'avait pas été versée. Lavoisier la réclama au ministre, qui donna un avis favorable. Tout n'était pas terminé; pour toucher les fonds, 1l fallait l'intervention du secrétaire perpétuel, Condorcet, que retenaient d’autres occupations et qui négligeait les intérêts de l’Académie. Lavoisier rédigea la lettre que le secrétaire perpétuel devait adresser au ministre; Condorcet n’eut plus qu’à y apposer sa signature. ;
Lavoisier fut, dans toutes les occasions, le représentant habituel, le défenseur autorisé de l’Académie. Ainsi, le garde des archives Camus ayant demandé à la Convention usage des greniers du vieux Louvre, situés au-dessus des salles où l’Académie tenait ses séances, et qu’elle avait utilisés depuis dix ans comme dépôt de ses machines, Lavoisier réclama auprès de Roland, ministre de l'intérieur.
Chaque académicien était sûr de trouver en lui un confrère prêt à l’aider ; nous voyons le minéralogiste Sage, adversaire passionné des nouvelles théories chimiques, ne pas hésiter à lui faire un emprunt de 1 800 livres, qu'il s’engageait à rembourser dès qu'il aurait touché son traitement d’académicien. |
Lavoisier vint au secours de l’astronome Lemonnier, qui occupait rue Saint-Honoré, aux Capucins ‘, un logement où 1l avait installé un observatoire. Le lover de 500 livres avait été jusqu'alors au compte de l’État, mais en 1791 il n'avait pas été payé. Après avoir réclamé en vain auprès de la régie des biens nationaux, Lavoisier fut plus heureux à l’Académie; il obtint qu’elle avançät les 500 livres sur ses fonds disponibles. Lemonnier était âgé (il avait alors 77 ans), frappé de paralysie et dans un état de santé inquiétant ; l’Académie ne saurait hésiter à secourir un illustre confrère, le dernier survivant des astronomes qui avaient été chargés, en 1736, de mesurer deux degrés du méridien. Lemonnier, en effet, avait accompagné au pôle Nord Maupertuis, Clairaut, Camus et l’abbé Oulüer, tandis que La Condamine, Bouguer et Godin s'étaient rendus au Pérou *.
Le trésorier de FAcadémie fut encore obligé de présenter à la Compagnie un rapport sur l’état de ses finances, d'assister avec Fourcroy, Sabatier et Sage, à la levée des scellés apposés chez Tillet, de faire de nombreuses démarches auprès du ministre de l’intérieur pour obtenir la hibre jouissance d’un appartement du Louvre concédé par brevet
1. Le couvent des Capucins commençait à l'endroit où est actuellement là rue de Castiglione et s’étendait jusqu'au couvent de l’Assomption, sur l'emplacement duquel passe la rue Cambon.
2. Lemonnier ne mourut qu'en 1799, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans; il fut appelé à l’Institut, lors de sa création en 1795; il avait fait partie de l’ancienne Académie depuis 1736.
du roi à l’Académie et destiné à l'établissement d’un laboratoire de chimie; enfin il dut veiller à ce que les travaux de la commission des poids et mesures ne fussent pas interrompus faute d'argent. Sur les 300000 livres qui avaient été affectées à cette opération, 100000 avaient été payées pour 1791, mais il importait d'inscrire pareille somme au budget de 1792. Lavoisier entra alors en correspondance avec Laffon-Ladebat, député à l’Assemblée nationale et rapporteur du budget; il lui rappela que les commissaires chargés de déterminer la mesure du méridien étaient sur le point de partir. Plus tard, au mois de septembre, quand Laffon-Ladebat fut président de l’ordinaire des finances, Lavoisier réclama avec instance le payement immédiat des sommes votées, Méchain et Delambre ayant commencé leurs travaux, le premier en Espagne, le second dans le nord de la France.
Quoique à ce moment il eût encore à s'occuper de la régie des poudres, et qu'il dût prendre part aux travaux techniques de la commission des poids et mesures et à ceux du bureau de consultation, il n’en resta pas moins assidu aux séances de l’Académie. Il fut membre de plusieurs commissions chargées de rapports sur diverses questions, entre autres sur un mémoire de Vauquelin relatif à la solubilité du sel marin dans les solutions de sels neutres; mais il dut interrompre ses travaux de laboratoire et laisser à Seguin le soin de continuer les recherches qu'ils avaient entreprises en commun sur la respiration.
L'Académie continuait à tenir régulièrement ses séances sous la présidence de Jeaurat, directeur pour 1792; les membres honoraires, presque tous nobles, avaient cessé d'y paraître, soit qu'ils eussent émigré, comme le comte d'Angiviller, ou qu'ils fussent éloignés de Paris,
comme Malesherbes. On y voyait Haüy, Cousin, Coulomb, Baumé, Cassini, Lalande, Lamarck, Borda, Lagrange, A. L. de Jussieu, Berthollet, Fourcroy, Adanson, Vicq d'Azir, etc. Elle poursuivait paisiblement le cours de ses travaux habituels quand, dans la séance du 95 avril 1799, une molion inattendue de Fourcroy vint jeter le trouble et l'inquiétude au milieu de cette réunion d'hommes inoffensifs qui s’efforçaient de vivre en dehors des orages de la politique.
Fourcroy, dans son ardent désir de montrer ses sentiments de civisme, proposa à l’Académie de procéder à une épuration et de chasser de son sein les membres suspects. « Il annonce à l’Académie que la Société de médecine a rayé de sa liste plusieurs de ses membres émigrés et notoirement connus pour contre-révolutionnaires ; il propose à l’Académie d’en user pareillement avec certains de ses membres connus pour leur incivisme ; qu’en conséquence, lecture soit faite de la liste de l’Académie, pour prononcer leur radiation ‘. » | -
Chacun se sentit menacé ; il ne s'agissait pas seulement des émigrés qui avaient volontairement quitté l’Académie. Que voulait dire cette phrase : certains de ses membres connus pour leur incivisme ? Plusieurs membres objectèrent que l’Académie n'avait aucun droit sur les opinions politiques de ses membres, le progrès des sciences étant son unique occupation; en vain Fourcroy insista. On décida de renvoyer la suite de la délibération à la séance du mercredi 29 avril. Dans cet intervalle, le géomètre Cousin avait trouvé la formule qui devait permettre aux académiciens de sortir de cette situation difficile. Il proposa de charger le bureau de soumettre la question au