‹ LavoisierChapitre 82 sur 150 · Mémoires de E.-M. Delahante, t. IN DD · texte numérisé non relu

Mémoires de E.-M. Delahante, t. IN DD

nier, président du comité des finances ; tous reconnurent le mauvais effet d'un décret provoqué par l'initiative individuelle et dont le comité des finances ignorait même la teneur. Clavières et Vernier ne pouvaient rien; compromis avec les Girondins, ils étaient mis en état d’arrestation peu de jours après; Garat seul promit d’en informer le comité de salut public, en faisant remarquer que ses démarches seraient probablement inutiles. Malheureusement pour les fermiers généraux, les mesures prises contre eux furent toujours le résultat des motions personnelles de députés, agissant en dehors du comité des finances, et qui firent voter des décisions souvent contradictoires : d’abord Montaut, qui suspend inconsidérément le travail de la liquidation; plus tard, ce sera Bourdon {de l’Oise), qui obtiendra leur arrestation illégale, et enfin Dupin, qui les conduira au tribunal révolutionnaire.

Quelques mois après, un nouveau décret ordonna l’apposition des scellés sur les papiers particuliers des membres des diverses compagnies des finances. C’est alors que Lavoisier fit les premiers pas dans la voie douloureuse. Au moment même où le Comité d'instruction publique lui confiait la mission d'organiser la nouvelle commission des poids et mesures, il voyait se présenter à son domicile du boulevard de la Madeleine deux délégués du comité révolutionnaire de la section des Piques, chargés de faire une perquisition dans ses papiers et d’apposer les scellés. Romme et Fourcroy étaient présents, envoyés par le Comité d'instruction publique pour assister à la perquisition et mettre hors des scellés les objets relatifs aux poids et mesures dont Lavoisier était dépositaire’. La perquisition dura deux jours, le mardi 10 septembre et le

1. Arch. nat. A F., I, 17. (Procès-verbaux du Comilé d'instruction publique.)

mercredi 11. Lavoisier protesta dignement; il fit remarquer qu'il avait quitté la ferme générale longtemps avant sa suppression, qu'il avait refusé le remboursement total de ses fonds, en sorte que, depuis trois ans, il n'avait plus rien de commun avec cette administration. Il avait rempli ensuite la place de commissaire à la Trésorerie nationale, dont il avait formé l’organisation actuelle, sans consentir à recevoir aucun émolument; s’il s'était démis volontairement de cette place, c'était pour se livrer à l'étude des sciences, à des recherches relatives à l'utilité publique. Il ne croyait pas être dans la classe de ceux sur les papiers desquels la Convention avait ordonné l’apposition des scellés ; néanmoins il se soumettait à toutes les recherches qu'on pouvait désirer; même il les réclamait pour sa propre satisfaction.

Les commissaires, après avoir scrupuleusement examiné tous les papiers en langue française, déclarèrent n'avoir rien trouvé qui puisse donner aucun soupçon. Ayant découvert un paquet de lettres écrites en anglais, ils décidèrent de les renvoyer au comité de sûreté générale. Lavoisier, craignant sans doute qu'une main ennemie n'y olissât quelque pièce compromettante, demanda à Joindre son cachet à celui de la section, de manière, dit-il, gu'on ne puisse ouvrw le paquet renfermant ladite correspondance qu'au comité de sûreté générale; ce n’est pas par méfiance qu'ilrequiert cette précaution, mais c'est pour l’ordre”.

Les scellés furent levés dès le 28 septembre en exé-

1. Procès-verbal de perquisilion et d’apposition de scellés. (Archiv. nat. F7, 4757).

2. Les papiers en langue anglaise furent renvoyés au comité d'instruction publique ; l'examen en fut confié le 29 septembre à Romme et à Fourcroy; une nouvelle délibération du 2 novembre (12 brumaire) chargea Fourcroy et Guyton-Morveau de les examiner. (Arch. nat. AF, I, 17.) Cette correspondance a été retrouvée, sur nos indications, aux Archives nationales, dans les cartons du comité d'instruction publique; elle comprend des lettres de Priestley, Black, Wegwood, Gillan et une lettre de Spallanzani, en italien.

eution d’un décret promulgué le 24 "par la Convention sur la proposition du comité des finances, qui n'avait pas perdu de vue la liquidation des diverses compagnies financières’. Delamarre, l’un de ses membres, fit remarquer que la Nation avait intérêt à se faire rendre promptement leurs comptes, et que le décret du 5 juin, qui avait supprimé la commission de liquidation, contrariait visiblement ce but; il demanda et obtint que les scellés fussent levés sur les papiers et bureaux des compagnies et sur les papiers particuliers des fermiers généraux,'des régisseurs et des administrateurs des domaines. Ceux-ci devaient être remis en possession de tous les documents nécessaires pour pouvoir présenter la totalité de leurs comptes avant le 1* avril 1794. Les fermiers généraux obtenaient enfin satisfaction; ils purent reprendre le travail de la liquidation après une fatale interruption de cinq mois ; ils s'y remirent avec tranquillité, car ils étaient sûrs de la régularité de leurs écritures et de leur comptabilité, qui, suivant Mollien, méritait sa réputation d’'exachtude, les fermiers généraux présentant leurs résultats de bonne foi et sans dissimulation ?.

Au moment où Delamarre obtenait le décret du 24 septembre, parut pour la première fois à la tribune l’homme qui porte devant l’histoire la plus large part de responsabilité dans le meurtre des fermiers généraux.

1. « Le secrétaire-greffier de la section des Piques au citoyen Lavoisier :

« Citoyen,

« Je m'empresse de vous faire parvenir le procès-verbal relatif à la levée des scellés qui avaient été apposés chez vous ; tout ce qu'il contient rend hommage à votre civisme et est susceptible de dissiper toute espèce de soupçon. | « BAILLIE.

« Paris, 28 septembre 1793, l'an 2° de la République. »

2. Mollien connaissait bien cette comptabilité, car il avait été attaché comme premier commis à l'administration chargée de contrôler au nom de l'État les actes de la erme générale.

Antoine Dupin, qui, avant la Révolution, se faisait appeler de Beaumont etremplissait les fonctions de contrôleur général surnuméraire des fermes, avait été envoyé à la Convention par le département de l'Aisne. Il avait pris place d’abord sur les bancs de la Montagne, et, dans le procès de Louis XVI, avait voté contre la peine de mort. Le 26 septembre, 1l demanda à la Convention de compléter le décret du 2% en chargeant de la surveillance des comptes une commission de six personnes qui s'offraient 4 dénoncer tous les abus en finances; et il fit voter le lendemain des articles additionnels, par lesquels cèng commissaires reviseurs, qui prétendent être en état de procurer des connaissances sur les abus commis et donner la preuve des malversations effectuées, sont autorisés à examiner tous les comptes des baux de David, Salzard et Mager, et soumettre leur travail au bureau de la comptabilité sur les abus qu'ils dénonceront ou découvriront. Le décret excitait le zèle des dénonciateurs en leur promettant des indemnités proportionnelles aux sommes qu'ils feraient rentrer dans les caisses de l'État. La commission de revision était complétée par l’adjonction de deux membres de la Convention, Jack et Dupin. Jack resta absolument étranger à la liquidation de la ferme et en laissa toute la surveillance à Dupin.

Les dénonciateurs qui s'étaient offerts spontanément étaient tous d'anciens employés des fermes. Leur chef s'appelait Gaudot; il avait été receveur des droits d'entrée de Paris au port Saint-Paul. Introduit dans l'administration par Mollien sur la recommandation du ministre de Vergennes et du contrôleur général d'Ormesson, il avait été convaincu, en 1789, d’avoir puisé dans sa caisse une somme de plus de 200 000 livres et d’avoir falsifié les registres pour

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