Orateur du peuple, de FRÉRON
dissimuler ses soustractions. Voleur et faussaire, il fut condamné à La prison, parvint à s'échapper après la journée du 10 août, et se posa alors comme un patriote jeté dans les cachots de la monarchie parce que seul il pouvait dévoiler les malversations des fermiers généraux. En se présentant pour examiner leurs comptes, il espérait pouvoir fouiller à son aise dans leurs papiers et faire disparaître les preuves de sa culpabilité. Il sut recruter des complices pour sa détestable besogne : d’abord un de ses amis, Guillaume, dit Chàteauneuf, nature envieuse, ambitieux déçu, qui ne pouvait pardonner à ses anciens patrons de lavoir laissé dans le grade de sous-chef, alors que des collègues moins anciens étaient nommés chefs de bureau; puis Vernon, directeur de Paris pour les gabelles et le tabac, Jacques et Mottet, autrefois employés aux fermes. Ces trois derniers n'avaient aucun grief à invoquer; l'espoir d’une récompense pécuniaire les avait décidés à se joindre à Gaudot.
La plupart des financiers ne s'inquiétèrent pas de cette nomination. Quelques-uns étaient moins contiants ; ils pensaient que les commissaires reviseurs, voulant à tout prix expliquer leur intervention, supposeraient des délits imaginaires dont les prévenus ne seraient pas admis à se jusüfier; aussi prévoyaient-ils que leur ruine serait consommée par la confiscation totale de leurs biens. Est-ce à ce moment que Lavoisier disait à Lalande qu'il s'attendait à être dépouillé de toute sa fortune, mais qu'il travaillerait pour vivre? ‘ Aucun des fermiers généraux ne se doutait alors des haines dont ils étaient l’objet, du sort dont ils étaient menacés; confiance naïve, que beaucoup
1. Notice sur Lavoisier, par LaLane (Magasin encyclopédique, t. V, p. 174). « Il me semblait, dit Lalande, que l’état de pharmacien était celui qu'il eût préféré, comme le plus analogue à ses connaissances et à la grande réputation dont il jouissait. »
gardèrent jusqu'au jour où ils furent conduits à la Conciergerie ‘. Le décret du 2% septembre ayant fixé la date du 1% avril 179% comme dernière limite pour la liquidation de la ferme, ilsse mirent au travail, tandis que les commissaires reviseurs examinaient les pièces qui leur étaient confiées.
La Convention n'eut pas la patience d'attendre la date qu'elle avait elle-même fixée pour la reddition des comptes. Le 14 novembre (4 frimaire an IT), un député ayant apporté un projet de décret relatif aux comptes des compagnies de finances, Bourdon (de l'Oise) s’écria : « Voilà la centième fois que l’on parle des comptes des fermiers généraux. Je demande que ces sangsues publiques soient arrêtées, et que, si leurs comptes ne sont pas rendus dans un mois, la Convention les livre au glaive de la loi. » Aucun des membres du comité des finances ne se leva pour rappeler le décret promulgué deux mois auparavant, qui réglait les conditions de la liquidation et lui assignait pour dernière limite le 1° avril 1794. Personne ne fit remarquer à la Convention que, par un tel vote, elle paraissait se déjuger et manquer à ses engagements, ni combien il était injuste de mettre en état d'arrestation des citoyens contre lesquels on n'invoquait aucun délit contre-révolutionnaire. Il était du devoir de Dupin de protester, de faire remarquer que la liquidation des comptes serait entravée; il garda le silence, et la Convention décida que tous les anciens receveurs des finances, tous les fermiers généraux qui avaient signé les baux de David, de Salzard et de Mager, seraient mis en état d'arrestation. |
Lavoisier fut du nombre. Ni les services éminents rendus à la nation dans les diverses commissions scientifiques, ni le patriotisme dont il avait donné tant de preuves,