‹ LavoisierChapitre 85 sur 150 · Arch. nat. F · texte numérisé non relu

Arch. nat. F

k. Procès-verbaux des assemblées des nouveaux fondateurs du Lycée, registre manuscrit. (Bibliothèque de la ville de Paris.)

Le jour mème où la Convention rendait son décret de mise en arrestation, sur la proposition de Bourdon (de l'Oise), le 4 frimaire an II (24 novembre), les mandats d'amener étaient lancés par le département de la police et mis à exécution sans retard’. Ils ordonnaient aux détenus d'emporter avec eux les papiers nécessaires à la reddition de leurs comptes. Vaine recommandation : comment les financiers auraient-ils pu réunir, au moment de leur arrestation, la masse de papiers qui se trouvaient à l'Hôtel des fermes! Le jour même, dix-neuf fermiers généraux et plusieurs receveurs des finances ou administrateurs des domaines furent écroués à l’ancien couvent de Port-Royal, transformé en maison d'arrêt pour les suspects. Le mandat d'arrêt décerné contre Lavoisier fut confié à un inspecteur de police nommé Leroy. L'administration ignorait même la véritable demeure du prévenu, car elle l’envoya chercher à l’Arsenal, qu’il n’habitait plus depuis quinze mois. À l'heure où Bourdon (de l'Oise) faisait voter le déeret d'arrestation, Lavoisier présidait le bureau de consultation. Quand il en fut informé, le soir mème, il était de garde comme garde national de la section de l’Arsenal. Il pensa alors à se soustraire à une arrestation immédiate, il courut se réfugier près d'un ancien huissier de l’Académie des sciences, Lucas, qui habitait encore au Louvre, et qui, loin de redouter le périlleux honneur de sauver un proscrit, le cacha courageusement dans les locaux où tout récemment l'Académie tenait ses séances. Lavoisier espérait encore que l’urgence de ses services à la commission des poids et mesures pourrait le préserver du sort des fermiers géné-

L. Archives de la préfecture de police : Archives historiques, carton 15, 2c section, n° 29,

2. Archives de la préfecture de police : Registres d’écrou de la maison de suspission (sic) de Port-Liore.

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raux. Tout d'abord, 1l songea à écrire aux autres commissaires et ébaucha une lettre qu'il arrêta dès les premières lignes; puis, après deux jours de cruelles angoisses, il s’adressa au comité de sûreté générale, où siégeaient Vadier, Amar, Voulland, Jagot, Louis (du Bas-Rhin).

« Aux citoyens représentans du peuple composant le comité de sûreté générale de la Convention nationale.

« Citoyens représentans,

« Lavoisier, de la ci-devant Académie des sciences, est chargé, par les décrets de la Convention nationale, de concourir à l'établissement des nouvelles mesures adoptées par la Convention nationale.

« D'un autre côté, un décret nouvellement rendu ordonne que les fermiers généraux seront renfermés dans une maison d’arrest pour travailler à la reddition de leurs comptes ; il est prêt de s’y rendre, mais il croit auparavant devoir demander auquel de ces décrets 1l doit obéir.

« Le comité de sûreté générale concilieroit l’exécution des deux décrets si, provisoirement, il ordonnoit que Lavoisier demeurera en état d’arrestation sous la garde de deux de ses frères sans-culottes. Il observe quil y a trois ans qu'il n’est plus fermier général et que sa personne et toute sa fortune garantissent sa responsabilité morale et physique.

« Ce sextidi primaire, l’an [T° de la République une et

indivisible. »

Comment put-il faire parvenir cette lettre ? En quels termes le comité de sûreté générale rejeta-t-1l une demande

Î. Arch. nat. F7, 4151.

si modeste? Comment Lavoisier sut-il qu'elle était repoussée ? Nul document ne nous le fait connaître. Du reste, quelle chance de succès pouvait-elle avoir auprès du comité qui devait assurer l'exécution du décret, et qu'aucun personnage influent ne sollicita en faveur de Lavoisier ?

Celui-ci renonça enfin à la lutte ; il quitta l’asile hospitalier du Louvre et vint se constituer prisonnier. Le même jour que son beau-père Paulze, il fut enfermé à la prison de Port-Libre, et, sur le registre d’écrou, on lit cette mention :

« Du 8 frimaire, « Lavoisier, ey-devant fermier général.

« Motifs : pour reddition de comptes.

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