Lettre du 11 frimaire
2, M. Wallon avance à tort dans son Histoire du tribunal révolutionnaire que les fermiers généraux offrirent 2 millions de livres. DESESSARTS,
l’auteur des Siècles littéraires, auquel il emprunte ce fait, est un écrivain sans autorité; sa biographie de Lavoisier est pleine d'erreurs.
connaître les pensées qui occupaient son âme; dans les premières lignes, 1l semble prévoir un sort funeste, puis, craignant sans doute d’attrister sa compagne, il se borne à faire allusion à la perte probable de sa fortune :
« Tu te donnes, ma bonne amie, bien de la peine, bien
de la fatigue de corps et d'esprit, et moi je ne puis la par-
tager. Prends garde que ta santé ne s'allère, ce seroit le plus grand des malheurs. Ma carrière est avancée, j'ay joui d’une existence heureuse depuis que je me connois, tu y as contribué et tu y contribues tous les jours par les marques d'attachement que tu me donnes; enfin je laisserai toujours après moi des souvenirs d'estime et de considération. Ainsy ma tâche est remplie, mais toi qui as encore droit d'espérer une longue carrière, ne la prodigue pas. Jay cru m'’apercevoir hier que tu étais triste ; pourquoi Îe serois-tu, puisque je suis résigné à tout et que jeregarderai comme gagné tout ce que je ne perdrai pas. D'ailleurs nous ne sommes pas sans espérance de nous rejoindre et, en attendant, tes visites me font encor passer de doux instans. »
Les jours s’écoulaient ; quelques amis osèrent tenter des démarches en sa faveur; la commission des poids et mesures, qui avait perdu en lui le plus actif de ses membres et le vrai directeur de ses opérations, réclama sa mise en liberté le 28 frimaire (18 décembre) auprès du comité de sûreté générale : la demande est signée du président Borda et du secrétaire Haüy, qui, prêtre insermenté, ne craignit pas pourtant d'attirer l'attention sur lui-même en prenant
la défense d’un suspect'. La commission faisait remarquer
que les travaux sur la dilatation des métaux et sur la détermination des poids et mesures étaient interrompus par la détention de ce citoyen, et qu'il était urgent qu'il put
1ArCh. nat, F7, 4751.
étre rendu aux travaux importants qu'il à toujours suivis avec autant de zèle que d'activité.
Le comité de süreté générale passa à l’ordre du jour, sans discussion, sur la pétition de Borda et d'Haüy, et, deux jours après, le comité de salut public, après avoir pris l’avis du comité d'instruction publique’, épura la commission des poids et mesures, en décidant que Borda, Lavoisier, Laplace, Coulomb, Brisson et Delambre cesseraient immédiatement d'en faire partie *. Une demande du comité des assignats et monnaies”, adressée le 1° nivôse (21 décembre) au comité du salut public pour obtenir que Lavoisier pût travailler dans son laboratoire, n'eut pas plus de succès.
La lettre envoyée le 2 décembre à la Convention par les fermiers généraux n'ayant reçu aucune réponse, ils présentèrent une nouvelle pétition qui fut discutée dans la séance du 21 frimaire (11 décembre). Un député ayant proposé de passer à l’ordre du jour, Bourdon {de l'Oise) réclama le renvoi de la pétition au comité des finances; il fut combattu par Thuriot, qui voulait qu'on accueillit sans plus ample examen la demande des fermiers généraux. Montaut et Cambon prirent part à la discussion ; leurs discours font connaître les illusions de l’Assemblée sur la fortune des gens de finance. Suivant Montaut, l'examen de leurs comptes amènera une rentrée de 400 millions dans les caisses de l’État; suivant Cambon, les premiers résultats des recherches des commissaires reviseurs dévoilent
1. À cette époque, il y avait au comité d'instruction publique Guyton- Morveau, Fourcroy, Arbogast, Romme, Grégoire, etc.