‹ LavoisierChapitre 89 sur 150 · Arch. nat. AF,1II, 67, n · texte numérisé non relu

Arch. nat. AF,1II, 67, n

3. « Il faut pour peser ces pièces des poids nouveaux dont la fabrication est d'une extrême délicatesse, et la fabrication de ces poids vient d’être suspendue par l'arrestation du C. Lavoisier. Prenez telle mesure que vous .

croirez convenable à l'égard de ce citoyen, mais il faut qu'il puisse travailler dans son laboratoire. » (Arch. nat. AF. 67, n° 38.)

pour plus de 300 millions de vols que l’on fera bien restituer aux voleurs *. Le même jour, le comité de sûreté wénérale prenait un arrêté conforme aux décisions de la Convention en chargeant les députés Jack et Dupin de s'entendre avec Dufourny, président de l'administration du département de Paris, pour aménager en prison J'aneien Hôtel des fermes, et diriger la translation des détenus de Port-Libre.

De nouvelles rigueurs les frappaient au même instant. Tous leurs biens, meubles, immeubles et revenus, étaient placés sous le séquestre* et les scellés étaient réapposés dans leurs demeures’. Les scellés avaient été apposés chez Lavoisier en présence de sa femme, le 27 frimaire (7 décembre 1793), par les commissaires de la section des Piques, qui se transportèrent ensuite au château de Fréchines le 19 nivôse, pour exécuter la même opéraion’. Deux fois les scellés furent levés provisoirement, sur un ordre du comité de sûreté générale; d’abord sur la demande des délégués du comité d'instruction publique, Guyton-Morveau et Fourcroy, chargés de retirer les objets relatifs à la commission des poids et mesures. La perquisition se fit en présence des délégués du comité et de Lavoisier, amené de la prison de Port-Libre et gardé par deux gendarmes. Qui nous dira les regards que purent échanger le prisonnier et les conventionnels ? Quels sentiments devaient agiter ceux-ci en voyant devant eux, dans Ja condition humiliée d’un criminel, l’ancien directeur de l’Académie, l'opulent fermier général, le savant 1llustre dont ils avaient si souvent sollicité l’appui et les suffrages?

. Moniteur du 23 frimaire an II (n° 83).

. Décrets du 23 et du 29 nivôse (12 et 18 janvier 1794).

. Le 8 frimaire an II (27 janvier 1794).

. Procès-verbaux des appositions de scellés. (Arch. nat. KT, 4757.)

Ce, 9 =

Une seconde fois, les scellés furent levés sur la demande de M”° Lavoisier, qui oblint de retirer des pièces relatives à l'emprunt volontaire, et des mémoires de physique et de chimie destinés à l'impression”.

L'Hôtel des fermes fut enfin transformé en prison par les soins de Dupin; deux portes de chène convertissaient l'antichambre en guichet, des cloisons d'épais madriers séparaient les bâtiments des maisons voisines, des grilles de fer garnissaient les fenêtres. Le 5 nivôse (24 décembre 1793), les fermiers généraux reçurent l'avis que leur translation s’effectuerait le jour même. Avant de quitter Port-Libre, où ils s'étaient fait aimer de leurs compagnons, ils remirent 4 000 livres destinées à secourir les prisonniers pauvres et à acheter des matelas pour l'infirmerie*. Leur départ fut attristé par la mort d’un détenu, Cussy, qui, ne pouvant supporter sa captivité, s'était frappé d'un coup de couteau.

A trois heures, des fiacres étaient amenés ; deux prévenus, accompagnés de deux gendarmes, prirent place dans chacun et l’on se dirigea vers l'Hôtel des fermes, rue de Grenelle-Saint-Honoré*, Quand on y arriva, au soir d'une de ces courtes journées de décembre, la nuit était venue; des pots à feu éclairaient la cour de l'Hôtel, à chaque porte se trouvait un gendarme de faction. L'installation des finar-

1. En même temps qu'il préparait le recueil de ses mémoires de chimie, Lavoisier s’occupait, pendant sa détention, de faire imprimer une nouvelle édition des Opuscules physiques et chimiques, qui parut seulement en 1801.

Page 1