Voir à l'Appendice
réquisitoire de Fouquier, et, dédaigneux de toute vraisemblance, prétendait que les intérêts abusivement prélevés“
avant 1780 privaient la nation des sommes nécessaires à la guerre de 1794.
Le jury à l'unanimité déclara les accusés coupables: l'heure pressait, les charrettes attendaient la fournée des condamnés pour les conduire à la place de la Révolution: La hâte des juges était telle que la déclaration du jury ne fut pas inscrite sur la minute du jugement, comme on peut le constater encore sur la pièce originale. Dobsen relèvera ce fait lors du procès de Fouquier-Tinville. |
Coffinhal prononca le jugement : « La déclaration du jury portant qu'il est constant qu'il a existé un complot contre le peuple français tendant à favoriser, de tous les moyens possibles, le succès des ennemis de la France ;.«
« Que Clément Delaage, Danger-Bagneux, Paulze, Lavoisier (suivent les noms des autres fermiers généraux) sont tous convaincus d’être auteurs ou complices de ce complot;
« Le tribunal, après avoir entendu l’accusateur public sur l'application de la loi, condamne les susnommés à la peine de mort ’, conformément à l’article 4 de la première section du titre I°* de la cinquième partie du code pénal dont 1l a été fait lecture, lequel est ainsi conçu : Toute ma-
1. Les vingt-huit condamnés étaient : Delaage père, soixante-dix ans; Danger-Bagneux, cinquante-cinq ans; Paulze, soixante-quinze ans; A.-L: Lavoisier, cinquante ans (né le 26 août 1743, il avait cinquante ans, huit mois et treize jours); Puissant, soixante ans; de Saint-Amand, soixantequatorze ans; de Montcloux, soixante-huit ans; de Saint-Cristau, quarantequatre ans; de Boulogne, quarante-cinq ans; Lebas de Courmont, cinquante-deux ans; Parceval de Frileuse, trente-cinq ans; Papillon d'Auteroche, soixante-quatre ans; Mauber de Neuilly, soixante-quatre ans; Brac de La Perrière, soixante-huit ans; Rougeot, soixante-quinze ans; Vente soixante-trois ans; Fabus de Vernant, quarante-sept ans; Deville, quarante quatre ans; d'Épinay, cinquante-cinq ans; Prévost d'Arlincourt fils, cinquante ans; E!-M. de La Haye, trente-six ans ; Ménage de Pressigny, soixante
nœuvre, toutes intelligences avec les ennemis de la France tendant, soit à faciliter leur entrée dans les dépendances de l'empire français, soit à leur livrer des villes, forteresses, ports, vaisseaux, MAGASINS Où arsenaux appartenant à la France, soit à leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou munitions, soùt à favoriser d'une manière quelconque le progrès de leurs armes sur le territoire français ou contre les forces de terre ou de mer, soit à ébranler la fidélité des officiers, soldats ou des autres citoyens envers la nation
. française, seront punis de mort.
«Déelare les biens des condamnés acquis à la République ;
« Ordonne qu'à la diligence de l’accusateur public, le présent jugement sera exécuté dans les vingt-quatre heures. »
C'est au moyen de cet article de loi que le tribunal frappait ses victimes; c'est celui qu’on avait invoqué pour conduire les dantonistes à l’'échafaud.
L'arrêt étant prononcé, les condamnés furent ramenés à la Conciergerie. L'huissier Nappier signifia le jugement
au concierge Richard et lui remit vingt-huit décharges
individuelles, rédigées à la hâte et peut-être d'avance, et les vingt-huit condamnés furent abandonnés au bourreau.
- Les charrettes s’emplirent et s'’acheminèrent vers la place de la Révolution ; à cette dernière heure, ceux que la mort
allait frapper restèrent silencieux. Seul Papillon d’Auteroche, voyant sur son passage la foule en carmagnole, dit
“et un ans; Saleur de Grisien, soixante-quatre ans; Duvaucel, quarante ans;
Parceval, trente-six ans ; Didelot, cinquante ans ; Loiseau de Bérenger, soixantedeux ans. — La veuve de Duvaucel épousa plus tard Georges Cuvier. — Le 24 floréal, trois anciens fermiers généraux furent condamnés : Prévost d'Arlincourt père, soixante-seize ans ; Douet, soixante-treize ans, et Mercier, quatre-vingt-huit ans; le 22 floréal on avait condamné Saint-Germain de Villeplat, soixante-sept ans; puis le 12 prairial, Simonet de Coulmiers, quarante-deux ans; etle 4 thermidor Jean-Benjamin de Laborde, soixante ans. Son homonyme Jean-Joseph de Laborde avait été exécuté le 29 germinal an II (18 avril 1794).
dédaigneusement, par allusion à la confiscation de ses ‘biens : « Ce qui me chagrine, c’est d'avoir de si déplaisants héritiers *. » |
Ils furent exécutés dans l’ordre de leur inscription sur l'acte d'accusation; Lavoisier vit tomber la tête de Paulze, son beau-père et son ami, puis fut exécuté le quatrième. Tous subirent dignement la mort, sans faiblesse; les injures de la populace leur furent épargnées; le peuple, loin de les insulter, semblait plutôt les plaindre. Il était cinq heures et l’huissier rédigeait, impassible, ses procès-verbaux d'exécution : « Je me suis transporté en la maison de justice du dit tribunal pour l'exécution du jugement rendu par le tribunal ce jourd’huy contre Lavoisier, qui le condamne à la peine de mort, et de suite je l’ai remis à l’exécuteur des jugemens criminels et à la gendarmerie, qui l'ont conduit sur la place de la Révolution, où, sur un échafaud dressé sur la dite place, le dit Lavoisier, en notre présence, a subi la peine de mort *.»
Ainsi mourut Lavoisier; ses restes furent jetés au cimetière de la Madeleine, le silence se fit autour de son. rom; seuls, quelques amis purent exhaler leurs regrets dans l'intimité. Le lendemain Lagrange disait à Delambre : «ne leur a fallu qu’un moment pour faire tomber cette tête, et cent années peut-être ne suffiront pas pour en reproduire une semblable *. » Pour toute oraison funèbre, les insultes des journaux ; l’un d'eux opposait le sang qui ruisselait sur l'échafaud aux lits de pourpre sur lesquels les fermiers généraux étendaient leur mollesse”.