‹ Law Et Le Commerce ColonialChapitre 11 sur 26 · D ER · texte numérisé non relu

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le continuateur de la politique coloniale de Law. Comme son illustre prédécesseur, il eut fait l'impossible pour éviter la cession du Canada en 1763, prévoyant bien que cette perte serait le prélude de nos revers en Amérique. Ceci nous amène à parler de « l’américanisme » du Système.

Law — qui domine réellement tout le xvirre siècle — vit de suite que nous serions très forts dans l’Amérique septentrionale avec le Canada et la Louisiane. Cela devait nous amener à avoir en Europe une ous de premier ordre, car il est de fait que‘les grandes puissances européennes doivent à l'Amérique leurs principales richesses. Le commerce de l'Espagne n'est si prospère qu’à cause de l'importation des matières précieuses provenant du Mexique et du Pérou. Celui du Portugal est alimenté par les retours du Brésil. Fatalement, la France serait tributaire de l'Espagne, l’Angleterre du Portugal, si l’une et l’autre n'avaient leurs colonies propres. Si les Hollandais, si puissants autrefois, tombent à n'être qu’une mation de second rang, c’est la conséquence de Ja médiocrité de leur puissance en Amérique. Les possessions des Portugais, des Espagnols étaient plus anciennes mais plus faibles; celles des Anglais et des Français, situées sous le même climat, appelaient la rivalité de leurs maîtres. L'américanisme de La Galisonnière, qui était latent chez Law, avait donc poussé celui-ci à la prise en possession de la Louisiane. Law, d’ailleurs, était partisan du pacte cslonial. Cette politique économique, qui consistait à ré-

server à la métropole, le commerce exclusif de ses

colonies, entrait bien dans les idées du xvirre siècle et était une des conséquences du mercantilisme. Beaucoup de colons, par la suite, demandèrent le transport direct de leurs marchandises aux consommateurs — c'est-à-dire la possibilité de commercer directement, le cas échéant, avec l'étranger. Cette grosse question : commerce direct, est intimement liée à celle du retour colonial dont nous n'aborderons pas non plus l'examen, ces deux problèmes sortant des cadres de notre étude. Quelle aurait été l'attitude de Law à ce sujet ? La réponse n'est pas si malaisée à trouver qu'elle le paraît de prime abord. Il est probable que cet opportutuniste se serait, une fois de plus, adapté aux circonstances. Le protectionnisme nécessaire dans les débuts de la colonie aurait, par la suite, fait place à un véritable libéralisme. Quoi qu'il en soit, il serait excessif d'exploiter contre le Système l’arrêt du Conseil d'Etat — intervenu le 27 janvier 1726 — qui permit de porter directement toutes sortes de marchandises du crû des Iles Françaises d'Amérique (les Antilles) en Espagne, à l'exception toutefois des sucres bruts. L'interprétation contraire paraît, croyons-nous, plus près de la vérité. D'ailleurs, cet arrêt marque une exception dans la politique coloniale suivie à cette époque.

Ce qui était par dessus tout nécessaire, c'était l’introduction de la main-d'œuvre dans nos colonies. Car il fallait des bras pour défricher les forêts, construire des vaisseaux qui auraient été armés là-bas, cultiver les céréales diverses, établir des postes avancés mi-

commerciaux mi-militaires, etc.

Quelque opinion que l'on se fasse du Système, son auteur en a très judicieusement montré certaines conséquences, dans sa lettre du 18 mai 1720 sur le Nouveau Système des Finances. Il y écrit notamment : « En tous cas, la porte des richesses a été ouverte à tout le -monde, et c’est ce qui fait la principale différence des fortunes de l’ancienne administration aux fortunes de celle-ci. » Et, plus loin: «On peut dire même qu'au lieu que l’ancienne administration ne fournissait rien et amenait de jour en jour l’abandon et le dépérissement de tout, le Nouveau Système est si heureux que la confiance et la défiance qu'on peut avoir à son égard viennent également à l’avantage du Royaume : la confiance fait jeter des fonds dans le Commerce des Indes, et la défiance fait défricher des terres et bâtir des maisons. »

Nous pensons que l'essentiel de la Doctrine se trouve dans les « Considérations sur le Numéraire et le Commerce ». Quant à ses « Lettres sur le Nouveau Système des Finances » (1) qui sont également très explicites et très complètes, elles montrent la foi qu'il a en ses principes. Il annonce à ses ennemis : « Le Système se fera sans vous parce qu'il est fondé sur des principes et que les principes se rendent maîtres tôt ou tard des opinions les plus rebelles. » Et, plus loin, il montre que s’il est un novateur, c’est plus par la façon de présenter et de coordonner ses théories que par elles-mêmes : « En un mot, rien n’est moins nouveau, rien n'est si ancien que les principes qu'on vous représente. Mais ils de

1. Nous croyons devoir signaler, suivant Barbier, l’attribution d’une de ceslettres à l'abbé Terrasson, un contemporain de Law.

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RC Re meuraient sans liaison ét sans usage. Le Système ies a rassemblés. Par là il vous a paru nouveau. »

Il ne cacha pas son hostilité contre les Parlementaries et les traitants, dont la haine devait d'ailleurs contribuer à le renverser. Pendant les périodes troublées — comme la Régence — les premiers veulent conquérir le Pouvoir et les seconds l’opulence, les uns et les autres au détriment du Prince, c'est-à-dire en définitive du bien public. Cette manière de voir n'étonne pas de la part de celui qui détestait les entraves à ses réformes. Il voulait être libre d'organiser la Bourse des valeurs, les marchés à terme avec prime, d'’introduire l'unité dans l'administration des Finances par la réunion des Fermes et des Recettes générales. Nous avons dit et maintenons que c'était un libéral, mais, pour s'imposer, il avait besoin d’un masque autoritaire. Et Taine n’a (pas craint d'écrire dans son Ancien Régime qu'on ne connaissait pas avant le Système le grand essor des entreprises, de la spéculation et des fortunes.

Dans la formation intellectuelle d'une individualité puissante comme la sienne, il convient de rechercher quelles furent les influences qui s'exercèrent sur elles. Il paraît certain que l'Anglais Paterson, qu'il avait connu, fut pour lui, en quelque sorte, un véritable mattre. Ce Paterson avait commencé ses essais pour la création d’une Banque et avait, en 1711, rétabli le crédit de l'Echiquier par la formation de la Compagnie de la Mer du Sud. Voulue ou non, il y avait là une ressemblance frappante, L'influence de Hobbes a également

marqué la formation intellectuelle de Law. On pourrait

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même retrouver dans ses écrits une continuation des théories des légistes du xrve siècle. Le but suprême est le bien de l'Etat : l'idéal serait le despotisme éclairé. Law eut probablement approuvé Joseph II. L'autorité du Prince, à la fois paternelle et ferme, est absolument nécessaire pour faire le bonheur du peuple, notamment pour faire apprécier les bienfaits du Système, surtout au début de son institution.

Sont-ce là les théories d'un libéral? D'abord il ne faut pas donner à ce mot un sens que nous ne lui prétons pas. Ensuite, laissons parler, sur le Commerce colonial, J.-B. Say dont les opinions générales ne sont pas suspectes. « Le privilège exclusif d’une Compagnie, dit-il, est justifiable, quand il est l’unique moyen d'ouvrir un Commerce tout neuf avec des peuples éloignés ou barbares. Il devient alors une espèce de brevet d'invention dont l’avantage couvre les risques d’une entreprise hasardeuse et les frais de première tentative. Les consommateurs ne peuvent pas se plaindre de la cherté des produits qui seraient bien plus chers sans cela, puisqu'ils ne les auraient pas du tout. » On n'est pas plus net ni plus véridique. Si donc, comme nous le verrons plus loin, leur application fut plus ou moins heureuse, les idées du Système qui en fixèrent les principes, n’en étaient pas moins excellentes.

En définitive, quelle était la valeur théorique du Système? Nous allons conclure en transcrivant l’appréciation d'Emile Levasseur dont le jugement fait autorité en la matière :

« Toutefois, écrit-il dans ses Recherches historiques

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sur le Système de Law, dans l'appréciation de ses théories, ii faut se rappeler qu'il réduisit le premier en Système des idées économiques que le temps n'avait pas encore éprouvées. Il a éclairé la route et nous pouvons aujourd'hui, jugeant l’homme et ses Principes avec moins de passion que ne pouvaient le faire ses contemporains, dire que, si Law fut trop absolu dans ses idées et trop violent dans ses moyens, il fut du moins animé du désir de faire le bien, ferme dans les principes qu'il croyait vrais et honnête dans sa conduite; que son Système reposait sur un principe faux qui n’était que l'exagération d’une vérité; qu'il périt par ce principe : mais qu'il fut utile à la science économique et qu'il eut pu rendre de grands services au Commerce si une prudente réserve l’eut renfermé dans des bornes plus étroites. »

Ce jugement, nous ne le faisons pas nôtre intégralement. Du moins contient-il une part suffisante de vérité pour rendre un hommage mérité au génial précurseur qui annonça ceux que, au xvirie siècle, devait attirer l'étude du Commerce international, Bernardo de Ulloa et Jeronimo de Ustarriz en Espagne, Jean-François

Melon et Guillaume-Thomas Raynal, en France.

B. Le Couteux 3

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