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LES POSSIBILITÉS ACTUELLES DE RÉALISATION

De son exil, Law écrivait à son ami le marquis de Lassay : « Je dois rendre justice à Mgr le Régent,; ce. Prince désirait soutenir M. Law et son Système. Mais il ne se sentait pas assez de force et d'autorité pour y réussir. » Manque de fermeté, incertitude de direction chez les gouvernants, voilà ce que révèlent ces quelques lignes, ce qui corrobore parfaitement l'opinion de Montesquieu suivant laquelle «Ia Régence ne fut qu’une suite de projets manqués et d'idées indépendantes ».

Mais, diront les sceptiques, il n'est rien resté de son Système. Nous répondrons que les effets de cette colonisation ont été durables. Aujourd'hui encore, les Louisianais se souviennent avec orgueil qu'ils sont descendants de Français. La Nouvelle-Orléans, berceau de la colonie française, et qui vient de voir célébrer le bicentenaire de sa fondation, a été, pendant la dernière guerre, un centre de propagande extraordinairement active en notre faveur. L'importance économique de

ces territoires situés au sud de l'Amérique septentrio-

nale est indéniable. Law, en véritable précurseur,

l’avait deviné. Plus tard, Napoléon IIT, qui fut tellement

blâme d’avoir voulu imposer aux Mexicains l’archiduc Maximilien de Habsbourg, comprenait que des Etats- Unis du Centre Amérique seraient un utile contrepoids aux Etats-Unis de l'Amérique du Nord dont il redoutait avec raison l’ingérence dans toutes les affaires des Etats du territoire américain, basée sur une application abusive de la Doctrine de Monroë. Mais, outre que les précurseurs sont rarement compris par leurs contemporains, le xvine siècle fut une époque néfaste pour nos colonies. L'échec de la tentative de la Compagnie des Indes suivit la perte de l’Acadie et précéda celle du -£anada. Ce fut un épisode — d’aucuns disent très insignifiant mais nous sommes d'un avis diamétralement opposé — entre les traités d'Utrecht et de Paris. Louis XIV et Louis XV ont,par leur politique, perdu nos colonies. En vain pourra-t-on objecter contre le parallélisme établi entre ces deux revers, qu'il n’y a nullement matière à assimilation sous prétexte que la Compagnie des Indes était exclusivement commerciale. L'histoire a au contraire démontré que, aussi bien pour les Espagnols que pour les Anglais et les Français, la pénétration dans ces contrées lointaines se faisait d’abord par le moyen du négoce. L'organisation des Compagnies avec leurs cadres militaires constitués, les expéditions qu'elles entreprenaient contre les naturels du pays, ou contre les colons étrangers établis dans les régions voisines suffiraient, s'il en était encore besoin, à prouver cette assertion. Nous voyons par là que, de même que nous détenons une grande partie du continent africain, nous

aurions pu avoir aussi un empire colonial considérable

en Amérique. Il est vrai que notre politique étrangère eut alors été taxée d'’impérialiste, mais il est avéré, aujourd'hui surtout, qu'il est très facile d’encourir ce reproche et que l’on n'est jamais sûr d’y échapper complètement. Les personnalités qui, au xvirre siècle, ont eu le soin de diriger notre politique coloniale ne semblent pas avoir compris l’importance de cette question. Sur ce point, la responsabilité des hommes d'Etat français du xix° siècle est bien moins lourde : ils ont su, pour la plupart, se dégager des conceptions un peu simplistes, qui sévissaient en la matière sous l'Ancien Régime. Il y eut autrefois des exceptions, certes, mais un Choiseul fut submergé par l'insurmontable opposition des préjugés. L'opinion publique n'était d’ailleurs nullement préparée à comprendre l'importance de la question coloniale. Voltaire trouvait bien inutile de sacrifier de l'argent et des hommes pour les quelques arpents de neige qui, selon lui, constituaient le Canada. Telle était l'opinion d’un philosophe éclairé! Law avait eu d’autres vues plus larges. Aujourd’hui on reprend, sous une forme nouvelle, quelques-unes de ses idées. On parle beaucoup d'un Crédit national d'Outre-Mer dans le but d’outiller et de mettre en valeur nos colonies.

On a enfin compris les incalculables richesses que l'on

pourrait en tirer et la solution heureuse qu'elles pour-

raient, par leur trafic, apporter à la dépréciation de notre franc. Il ne faut pas oublier en effet que, malgré les remarquables travaux de réorganisation dont elles ont été l’objet, les régions dévastées constituent, pour

notre commerce, une perte des plus sensibles. Elles

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couvraient en effet 7 0/0 de la superficie totale de la France. Leur exploitation rurale fournissait 14 0/0 des céréales, 47 0/0 des betteraves à sucre, 55 0/0 des graines de lin, 92 0/0 du minerai de fer; 74 0/0 de la houille, 81 0/0 de la fonte, 63 0/0 de l'acier, 22 0/0 du plomb de notre production nationale. On pourrait retirer, de nos colonies, non pas tous ces produits) mais beaucoup d'entre eux. Depuis la paix, l’on parle beaucoup des potasses d'Alsace et l’on se réjouit grandement de les avoir récupérées. D'accord. Mais il ne faudrait pas oublier les phosphates d'Algérie et de Tunisie qui, déjà, produisaient avant la guerre plus de deux millions de tonnes par an. Il faut y ajouter ceux du Maroc, de découverte récente, qui promettent de compter parmi les plus riches du monde. Il n’est pas jusqu'au pétrole — dont on ne signale en France des nappes qu’en Auvergne — qu'on ne pourrait extraire du Maroc et de l'Algérie. Nous possédons là d'’incontestables éléments de richesses de cette nature. On sait maintenant que des forages ont atteint le pétrole en Oranie. Il est vraisemblable, étant donné que l’on vient également d'en découvrir à la frontière tunisienne, qu’une immense nappe s'étend de Tunisie en Oranie. Ce serait pour nous un grand avantage de diminuer de ce fait notre tribut aux pays producteurs : les Etats-Unis de l'Amérique du Nord, la Russie, la Roumanie.

Le 27 mai 1920, on distribua à la Chambre une proposition de loi de M. Eugène Lefèvre, sur la réglementation des recherches et des concessions de pétrole en Algérie. D'autre part, il est probable qu'il existe aussi

B. Le Couteux 6

D du pétrole à Madagascar, en Nouvelle-Calédonie. Mais outre qu'il faut exploiter ces richesses, il faut leur faire traverser les mers, et c'est là une question de transports maritimes.

Nous devons, si nous voulons reprendre notre rang de grande puissance, faire un gros effort de réorganisation coloniale. Pour atteindre à ce but, les deux principaux moyens sont l'exportation des hommes et l'exportation des capitaux. Law avait bien compris cette double vérité, lui qui était un novateur en avance sur son époque, non pas simplement de cent, mais de cent cinquante ans au moins.

Aujourd’hui, deux siècles après son infructueuse tentative, nous pouvons, en pleine connaissance de cause, apprécier l'utilité globale de ses théories quotidiennement pratiquées. Les progrès de la vapeur ont fait en sorte que la richesse coloniale — gage du Système — apparaisse moins lointaine, bien que l'insuffisance de notre marine marchande la laisse encore trop éloignée. Sans doute, les Etats-Unis de l'Amérique du Nord déjà, le Royaume Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande surtout, mieux armés pour la concurrence maritime, connaissent-ils mieux que nous l'importance du crédit et du commerce coloniaux pour l'enrichissement de la métropole.

À posséder les mines d'or du monde entier, le siècle dernier, l'Angleterre a, de ce fait même, acquis une résistance énorme aux mauvaises fortunes. La bonne tenue de son change, lors de la crise actuelle, est due princi-

palement à la cause que nous venons d'indiquer. Sup-

posons qu'à l’heure présente, la France trouve dans ses colonies l'or qui lui est nécessaire pour payer ses dettes, le Gouvernement n'’aurait-il pas des facilités immenses pour réparer l'état insuffisant de notre change ? Que nos colonies nous fournissent abondamment le bois, le sucre, le caoutchouc, les cérales que nous achetons à l'étranger, ces achats enrichiraient la colonie — extension de la métropole — et non nos concurrents. Il faudrait, de toute évidence, importer moins de l'étranger, en faisant venir davantage de matières premières de nos colonies. Mais nous nous sommes déjà expliqués plus haut sur ce point en signalant que la principale difficulté en l'occurence ne vient pas tant de notre pauvreté en ressources de cet ordre, que de l'insuffisance de nos transports maritimes.

En admettant — et c'est là faire preuve d’un bel optimisme — que nous puissions arriver à avoir une flotte commerciale comparable à celle de l'Angleterre, nous pourrions alors comprendre toute l'efficacité du Système. Le crédit en effet doit être basé sur une réalité et non sur une virtualité. Pour avoir négligé cette vérité, pour avoir cru aux fabuleux revenus apportés des colonies en France par des navires à voile, Law à anticipé sur l'avenir au détriment des actionnaires de l’entreprise qu'il avait fondée, Ces derniers se sont vus — bien malgré eux — jouer le rôle d'initiateurs; mais, comme il arrive toujours en pareille circonstance, l’échec de cette première tentative géniale a beaucoup plus nui que servi à l'idée directrice dont elle avait

voulu faire l'application et la généralisation.

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De même que, au point de vue finances publiques, l'échec de Law fit faire un indéniable recul à la création d’une Banque nationale, de même au point de vue commercial, le visa auquel furent soumis en 1721 les actionnaires de la Compagnie donna à cette dernière un coup fatal. Elle put prolonger son existence jusqu’en 1770, mais, après cette date, sauf une tentative de peu de durée en 1781, il ne fut plus question en France de Compagnies privilégiées. Elles conservèrent cependant des partisans. Sous le second Empire, l’éminent président du Conseil d'Etat Troplong, et, de nos jours, certains esprits, désireraient voir adopter une politique coloniale consacrant un fort courant d’importations vers la métropole. C'est en leur nom que, à la séance du 24 janvier 1896, M. le sénateur André Lavertujon demandait, dans sa proposition de loi restée d’ailleurs à l'état de projet, la constitution de Compagnies privilégiées de colonisation. Ce projet de loi était d’ailleurs précédé d’un remarquable rapport, qui ne négligeait pas l'historique de la question. Ce rapport, modestement intitulé : pièces justificatives, ne parlait presque que du continent africain (ex Africa semper aliquid novi) où nous possédions sans conteste à celte époque une situation de premier ordre parmi les nations européennes co-

lonisatrices. Si l’idée de Compagnie est toujours vivace

chez les Anglais (une des plus importantes est la Bri-

tish South Africa Company), du moins, chez nous, en reste-t-il quelque chose. Nous voulons parler du Décret général sur le régime des terres domaniales du

Congo français, complété par deux autres concernant

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