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amène à écrire que, plus encore qu’un homme d'’affaires, cet « homme à Système » était véritablement un homme d'Etat. Sa grande originalité consiste à avoir, à cette époque, la vision très nette de la théorie unitaire, théorie qu'il voulut, infructueusement “d’ailleurs, faire passer dans la pratique. Faire de l’ensemble du peuple français un corps d'actionnaires d'une Compagnie privilégiée à laquelle serait adjointe une Banque pour lui servir de caisse, tel était, en résumé, le plan de Law. Cette idée géniale — et, comme toutes les idées géniales, très simple — n’a pas été clairement dégagée par beaucoup de ceux qui ont étudié le Système. Cela tient à ce que l’on s’est hypnotisé sur le seul côté financier. Il y a eu beaucoup à gagner, croyons-nous, à considérer la conception unitaire sous son double aspect ; commercial et financier : c’est de l’unitéisme économique. Et, s’il fallait indiquer, entre les deux éléments,, celui dont l'importance prime, ce serait, à nos yeux, l’élément commercial. Bien que les deux organismes — Compagnie et Banque :— laient été étroitement réunis par leur fondateur, on peut se demander s’il n'aurait pas mieux valu les laisser vivre chacun d'une manière originale. On pourrait discuter à perte de vue sur ce sujet, et cette controverse sortirait du cadre de cette modeste étude. Pour notre part, nour répondrions franchement par la négative. Car, pour élever le commerce colonial à la hauteur d’une exploitation réglée et d’une source de revenus permanents pour la métropole — ce qui était alors une véritable innovation sur laquelle on
n’a pas assez insisté — une Banque d'Etat était sinon un
indispensable, du moins un très nécessaire contrepoids à cet organisme puissant, mais trop considérable pour ne pas avoir besoin d’un soutien, qu'était la Compagnie privilégiée.
Nous relevons, chez un grand historien, un jugement de haute valeur, qui mérite d'être transcrit in extenso et qui vient à l'appui de notre opinion. Henri Martin a écrit, au tome XV de son Histoire de France, la page suivante : « Une conception si vaste et si hardie mériterait tout notre intérêt, quand elle ne serait plus pour nous que l’objet d’une étude historique; mais il y a là bien davantage. Les idées de Law sur le papiermonnaie, sur l'intérêt de l’argent, sur beaucoup d’autres choses vivent et palpitent parmi nous. Sa théorie est le point de départ d’une grande Ecole économique et sociale, de cette Ecole unitaire, dont les sectateurs les plus exclusifs poussant leur pensée logiquement aux dernières conséquences, aboutissent à l'absorption de l'individu par la Société et à la communauté universelle. L'idée unitaire, un moment au pouvoir avec Law, puis mêlée confusément au grand courant libéral et individualiste du xvire siècle qui se précipite en sens inverse et qui l’entraîne sans l’engloutir, reparaît entre les fractions militantes de la Révolution. Elle reprend ensuite le caractère scientifique de son origine, agrandit son cadre pour y faire entrer, avec l’économie politique, tous les autres aspects de la vie sociale et fonde, au xixe siècle, des sectes, puis de nouveaux partis dont les doctrines seront longtemps encore l’objet d'orageux débats. Les esprits
les plus aventureux de cette Ecole ont bien su revendi-
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quer et glorifier leur père dans le réformateur écossais quoique Law, comme il arrive aux inventeurs, n'eut sans doute point aperçu toute la portée de son Système et n'eut probablement pas accepté tout ce qu'on pouvait en déduire. »
Nous ne retiendrons de ce passage remarquable que ce qui a trait à la théorie unitaire. Voir en Law le père du Fouriérisme c’est une opinioin très défendable certes, mais dont la discussion nous entraînerait trop loin. Pourquoi ne pas voir en lui plutôt l’ancêtre du Socialisme d'Etat ? Car la théorie unitaire ressemble fort aux remèdes proposés par les socialistes de la chaire, contre ce qu'ils appellent l’action anarchique de l’individualisme. La Compagnie et la Banque, associées pour faire le bonheur de la nation, en supprimant impôts et taxes de toute sorte, quel exemple plus insigne du socialisme étatiste ? ou, plus exactement encore, d’interventionnisme ? Mais le mot «théorie» appliqué à Law sonne mal. À notre avis, le mot « Système » conviendrait beaucoup mieux. Et, en proposant de substituer « Système unitaire » à « théorie unitaire », nous croyons ne pas commettre d'infidélité historique envers ce personnage que Saint-Simon qualifie très justement d'homme à Système. Beaucoup de personnes ne croient pas que Law eut un véritable Système et ne voient en lui qu’un homme d’affaires habile, ce qui nous paraît inexact. Qui dit: Système dit: théorie conçue avant l’action. Or, l’auteur exilé affirme lui-même qu'il conserve foi en ses idées et qu'il aurait réussi « si des évé-
nements extraordinaires ne l'avaient obligé à s'éloigner