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dit plus haut et le répétons : ce n'était pas un théoricien et, à certains points de vue, c’est à regretter. Malgré tout il reste que la constitution de la Compagnie de Commerce, que nous étudierons par la suite, était extrémement solide et que les raisons de sa chute sont, comme nous l’avons indiqué, tout historiques. D'ailleurs, pour les entreprises, quelles qu'elles soient, privées ou publiques, le succès n’est pas un critérium certain de bonne organisation.
Après avoir rendu hommage à Law d’une façon aussi - nette pour sa conception audacieuse, nous n'avons que plus de liberté pour introduire une réserve : ce qui lui fit le plus défaut, c'est de n'avoir pas étudié suffisamment l'établissement des Grandes Compagnies de Commerce, le résultat de leurs opérations, etc... Il aurait pu discerner les causes de leur échec et tirer de cet enseignement une sage lecon pour la réalisation de ses propres desseins. Mais, chez lui, le point de vue purement financier domina tout. Dans ces conditions, il ne sut pas isoler la Banque de la Compagnie, ce qui eut été nécessaire pendant une période raisonnable, au moins pendant quelques années. Au lieu d'attendre un certain laps de temps, ce fut seulement au bout de quelques mois qu'’eut lieu la fusion de la Banque et de la Compagnie. Il est vrai que la décision des actionnaires qui institua cette fusion fut, dit-on, inspirée par le Régent. Mais il semble difficile d'admettre que Law s’y soit rangé contraint et forcé. De telle sorte que nous voyons la Banque caissière de la Compagnie et celle-ci caution
de la Banque, alors que ni l’un ni l’autre de ces deux
établissements n'avait encore, par un succès appréciable, justifié cette union. Bizarre spectacle, comme le remarque Michelet, que celui du plus fragile, du plus ruineux des deux Etablissements qui prétendit soutenir l’autre, opinion d’ailleurs injuste puisque exagérée.
Law, certes fut excusable d’avoir agi ainsi. Sans exagérer le rôle important de la Finance, soutien du Commerce et de l'Industrie, pivot de la Politique, il est tout naturel de voir cette préoccupation devenir dominante chez tous ceux qui, au début du xviti siècle; veulent relever notre crédit fortement ébranlé. Dès avant la mort de Louis XIV, le problème financier était des plus inquiétants. Law était déjà venu proposer un plan de réforme. En butte à l'hostilité des gens en place, il avait été reconduit à la frontière. Plus tard, lors de la “minorité de Louis XV, il revint et finit par trouver accueil près du Régent, quelques années après le traité d'Utrecht, si préjudiciable à notre prestige en Amérique. Le duc d'Orléans, hostile au personnel dont s’entourait celui que le duc de Saint-Simon appelait « le Roi des maltôtiers », était en outre assez partisan des -réformes. Ce prince intelligent projetait d’ailleurs, quelque temps avant sa mort; de rappeler Law, pour essayer plus longtemps le Système, trouvant avec raison qu'il faut laisser à une entreprise un certain crédit de durée pour pouvoir en juger les résultats. Mais le Grand Cardinal qui connaissait bien les Français, Armand du .Plessis, duc de Richelieu, avait écrit avec beaucoup de justesse, dans son Testament politique :
« L'impatience naturelle à notre nation ne permet pas
N TR d'espérer que nous puissions persévérer quinze à vingt ans de suite dans la même résolution. »
7. Ce qui est proprement remarquable et ce qui n’appartient qu'à Law, c'est la création d’une Compagnie de commerce dont les dividendes devaient fournir le gage de la monnaie fiduciaire. Voilà le noyau d'une combinaison qu'aucun contemporain n'avait même aperçue, voilà La clé du Système unitaire, qui dénote; de la part de son auteur, une largeur de vues et une prévision réellement extraordinaires.
Mais les finances ne peuvent être prospères que si l'Etat est riche. Or, Law a vu que la principale richesse des-Etats venait du Commerce et de l'Industrie, qu'il était donc du devoir du Gouvernement d'encourager et au besoin de protéger ces deux branches de l’activité de ses sujets. Il est donc indispensable dans ce but d’avoir recours au Crédit. Et, c'est àcause de cette jJmpérieuse nécessité, qu'apparaît l’idée étatiste chez Law. Car, écrit-il, « c’est au Souverain à donner le crédit, non à le recevoir ». Le Prince seul a un crédit véritable Les particuliers n'ont que des apparences de
crédit, telles sont ses idées. C'est pourquoi l'existence d'une Compagnie privilégiée monopolisant le Commerce colonial lui semble éminemment propre à causer l’enrichissement, partant le bonheur, de la nation qui en tente l'expérience. D'ailleurs, que serait la Banque sans la Compagnie de Commerce ? La monnaie de papier ne pouvait, dans l'esprit de Law, avoir de garantie efficace que dans les bénéfices du Commerce colonial.
Donc, le but de la Compagnie privilégiée sera double :
non ee
1° Donner aux billets une apparente de solidité;
20 Augmenter les revenus du Roi. Cela est, à proprement parler, de l’interventionnisme accentué. IL s’agissait d'un effort sérieux pour voir le Prince participer à l’activité économique générale. :
D'ailleurs, nous avons dit plus haut que le Prince devait favoriser le Commerce. Voyons un peu et approfondissons la notion) de Commerce telle qu'elle existe à tous les âges. Il y a deux sortes de Commerce : intérieur et extérieur. Du premier, nous ne parlerons pas. Le second comprend cinq sortes d'opérations :
1° Exportation de marchandises nationales et importation de produits étrangers (par étranger, nous entendons tout ce qui est produit hors de France). Or, pour arriver à ce résultat, la monnaie — fiduciaire ou réelle — est toute puissante. Sa diffusion tend à intensifier la production et, par suite, notre exportation.
20 Transport de marchandises étrangères d'un pays étranger dans un autre pays étranger.
Pour atteindre ce but, la nécessité d’une puissante marine marchande s'impose. La Louisiane, avec ses forêts vierges, devait être un merveilleux chantier pour construire des navires, car, en y transportant la maind'œuvre nécessaire, on pourrait utiliser toutes les richesses de la colonie. \
30 Importation dans le pays où elles sont rares, de denrées d’un prix élevé après les avoir achetées meilleur marché ailleurs. Là encore c'est la supériorité de la flotte de Commerce qui s'impose. L'exemple de la
Hollande est un modèle.