L'AGE D'OR
La rue Vi vienne.
Jusqu'au mois de septembre 1719, le placement des titres de la compagnie s'était fait avec une apparence d'ordre : il fallait remplir certaines conditions pour en obtenir. On procéda d'autre manière pour classer les 324 000 actions offertes à 5000 livres : elles furent vendues à bureau ouvert, et tout le monde y put prétendre. On conçoit l'empressement, les ruses, la rage passionnée de la foule, lancée à la conquête de ces magiques papiers, dont le prix montait d'heure en heure, à tel point qu'on
rencontrait le soir riche et triomphant celui qu'on avait vu le matin nécessiteux et inquiet.
On émettait les titres par séries , en consultant les besoins de la place. La délivrance avait lieu à l'hôtel de la compagnie. Dès qu'ime nouvelle distribution était annoncée, la rue Viviemie et les rues adjacentes s'emplissaient d'une foule tumultueuse, acharnée. Les prétendants arrivaient, les uns pliant sous des sacs d'écus, les autres tenant leur portefeuille étroitement seiTé sur leur poitrine. Ils prenaient la file en s'observant entre eux d'un œil farouche. « Leur phalange s'avançait durant plusieurs jours et plusieurs nuits vers le bureau d'échange, comme une colonne compacte, que ni le sommeil, ni la faim, ni la soif ne pouvaient démolir. Mais au cri fatal qui annonçait la délivrance de la dernière souscription, tout s'éclipsait à la fois^ »
La rue Quincampoix.
Dès qu'il était pourvu, chacun de ces oiseaux de proie prenait sa volée vers le lieu qu'on appelait la rue y de môme que les anciens disaient la ville^ pour désigner Rome , la cité reine. C'était la rue Quincampoix!