‹ Law, son système et son époqueChapitre 18 sur 29 · Jourtuil de Buvat à la date du 28 septembre · texte numérisé non relu

Jourtuil de Buvat à la date du 28 septembre

« A force de tourner et de retourner ce Mississipi de tous sens, pour ne pas dire à force de jouer des gobelets sous ce nom, on eut envie , à l'exemple des Anglais, de faire dans ces vastes pays des établissements eflectifs. Ce fut pour les peupler qu'on fit à Paris et dans le royaume des enlèvements de gens sans aveu, et de mendiants valides, hommes et femmes, et de quantité de créatures publiques. Si cela eût été exécuté avec sagesse et discernement, cela aurait rempli l'objet qu'on se proposait et soulagé Paris et les provinces d'un fardeau inutile et dangereux; mais on s'y prit avec tant de violence et de friponnerie que cela excita de grands murmures. On n'avait pas eu le moindre soin de pourvoir à la subsistance de tant de malheureux sur les chemins, ni même dans les lieux destinés à leur embarquement : on les enfermait les nuits dans les granges sans leur donner à manger, et dans les fossés des lieux où il s'en trouvait, d'où ils ne pussent sortir. Ils faisaient des cris qui excitaient la pitié et l'indignation; mais les aumônes n'y pouvant suffire, moins encore le peu que les conducteurs leur donnaient, en fit mourir partout un nombre effroyable. »

Suivant les bruits qui avaient cours dans le public , les souffrances du voyage n'auraient été que le moindre mal. On racontait qu'une partie des transportés, jetés dans de mauvaises embarcations.

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avaient fait naufrage dans la traversée , et que quinze cents Français des deux sexes débarqués au Mississipi avaient été égorgés par les sauvages.

De pareilles rumeurs, en pénétrant dans les prisons, y provoquèrent une exaspération assez naturelle. Il y eut révolte sur plus d'un point. Le 2 janvier 1720 , trente-huit prisonniers des deux sexes , ou pour mieux dire dix-neuf ménages déposés à la geôle de Saint-Martin des Champs, en attendant le départ, « se saisirent du geôlier, de ses clefs et de ses meilleurs effets et se mirent en liberté pour s'exempter du pèlerinage de Mississipi*. ^» Cent cinquante filles avaient été conduites à grand'peine à la Rochelle. Au signal de l'embarquement, un redoublement de rage les saisit : elles s'élancent fiirieuses sur leurs conducteurs, les attaquent des pieds et des mains , des ongles et des dents. « Les archers furent obligés de tirer leurs fusils sur ces pauvres créatures , dont six ont été tuées et douze blessées, ce qui intimida les autres de telle sorte qu'elles se laissèrent embarquer •. »

Des scènes plus tristes encore peut-être avaient lieu dans le midi de la France. Les intendants de Provence , de Dauphiné , de Languedoc et de Gascogne avaient eu l'ordre d'enlever les filles de conduite suspecte et de les envoyer à Marseille. Le

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