‹ Law, son système et son époqueChapitre 23 sur 29 · CAMP DE CONDÉ · texte numérisé non relu

CAMP DE CONDÉ

Etat-major.

MM. le duc, généralissime.

le maréchal d'Estrées, général. '

le duc de Guiche, commandant les troupes auxiliaires.

le duc de Ghaulnes , lieutenant général.

le duc d'Antin , intendant.

le duc de La Force , trésorier.

le marquis de Lassé , grand prévôt.

le prince de Léon , greffier.

Simarcon et Dampierre , archers.

Lafaye, secrétaire de M. le duc, bourreau.

l'abbé de Coëllogon , aumônier.

Law , médecin empirique.

Les directeurs de la banque , maraudeurs et piqueurs.

Vivandières,

M"** de Vérue , à la suite du régiment de Lassé.

de Prie , à la suite du régiment de Condé.

de Locmaria , à la suite du régiment de Lambert.

de Parabère, à la suite du régiment d'Orléans.

de Sabran , à la suite du régiment de Livry.

La femme Chaumont, à la suite du camp volant.

Filles de joie*

M""** de Monastéral, de Gié, de Nesle, de Polignac, de Saint*Pierre.

Quoique les actions se soutinssent encore à 5000 livres en billets de banque, la véritable affaire dont on se préoccupait était de régler le cours commercial du papier, relativement aux monnaies et autres valeurs effectives. Les gros billets difficiles à placer perdaient de 25 à 60 pour 100 : on les échangeait à ce taux , non pas contre des écus, mais contre des marchandises de prix. Dans chaque tente , on achetait ou ou vendait des bijoux, de l'argenterie, des meubles, des étoffes riches. La place Vendôme ressemblait à un de ces riches bazars décrits dans les Mille et une Nuits. Les principaux objets de trafic étaient les pierreries et les perles, qui montèrent à des prix fabuleux : il en rentra aussitôt des quantités considérables en France, de sorte que, malgré la défense d'en porter, beaucoup de personnes étalèrent dans les Ueux de réunion oii même dans les rues un luxe oriental. Voyant dans cette mode un danger pour la fortune publique et un scandale pour les mœurs, le gouvernement retira les autorisations spéciales qu'il avait accordées précédemment, et défendit d'une manière absolue le trafic et l'usage des pierres précieuses, sous peine de confiscation et de 10 000 livres d'amende.

Un autre genre de coimnerce que le gouvenicment ne pouvait pas tolérer, c'était l'échange à perle des billets contre l'argent, ou l'achat des pièces

de iiionnaie conformément à leur prix intrinsèque. Comment aurait-il pu donner et recevoir ces valeurs au pair légal, s'il avait souffert qu'on les négociât publiquement bien au-dessous du taux arbitraire qu'il leur assignait? Malgré la menace des galères, on déjouait sa vigilance par toutes sortes de ruses , et en définitive , les billets dépréciés, et les pièces affaiblies s'échangeaient presque publiquement, suivant les variations que lem* imprimait la confiance publique. Ce discrédit notoire de la monnaie légale était mortel pour le Système. Un beau jour la police chassa les courtiers de la place Vendôme à coups de fouet, comme les marchands du temple, et l'on prépara pour les négociations un lieu où l'autorité pût exercer efficacement son contrôle.

iDtrigues de cour.

Au milieu de ces mouvements désordonnés, la situation de Law était devenue très-périlleuse. Le comte de Broglie , qui se donnait pour physionomiste et affectait le franc parler, avait osé dire à la table du régent, et en regardant en face le directeur de la banque, qu'il finirait par la corde. On pariait publiquement à la bourse de Londres que la pendaison aurait Ijeu en septembre. Law luimême , cet homme si brave , avait peur et ne s'en

cachait pas. Il craignait qu'une intrigue de cour, ou une émeute de la rue ne mît une fin tragique à son expérience : «Je ressemble, disait-il, à la poule aux œufs d'or, qui morte , ne. vaudrait pas plus qu'une poule ordinaire. »

Il était en effet sur ime pente glissante au pied de laquelle ses ennemis creusaient des abîmes. Les auteurs de l'antisystème , les frères .Paris , créatures du chancelier d'Argénson, essayaient contre lui tout ce que peuvent inspirer la haine et le génie de Finlrigue. Mais, pour faire pendre Law, il aurait fallu le concours du parlement, et à tant faire que de se lancer dans les aventures politiques, le parlement aurait voulu proclamer la majorité du roi, lui donner un conseil royal , et peut-être faire arrêter le régent. Ce fut là probablement ce qui sauva l'Ecossais. Le régent, qui d'ailleurs l'aimait, était intéressé à ne pas l'abandonner. Le 2 juillet, d'Argénson et son fils furent éloignés des affaires. Les quatre frères Paris reçurent ordre de se retirer en Dauphiné. Comme concession à l'opinion publique, Law conseilla le rappel de d'Aguesseau, exilé à sa terre de Fresne, alla le chercher luimême, et le détermina à revenir pour remplacer le vieux d'Argénson en qualité de chancelier.

Les combats de la rue Vivienne.

De jour en jour, d'heure en heure, les scènes qui se passaient aux portes de la banque devenaient plus alarmantes. « Avant-hier 5 juin, dit Barbier, il y eut un tapage épouvantable et des épées tirées. Les soldats mirent deux fois la baïonnette au bout du fusil. Il ne faudrait rien pour allumer une sédition. » On essaya de diviser ce foyer d'incendie en multipliant les bureaux d'échange. Avis fut donné au public qu'à l'avenii*, la coupure des billets de 100 livres en billets de 10, et la conversion de ces billets de 10 livres en argent, se feraient les jours de marché, c'est-àdire deux fois par semaine, chez les huit commissaires de quartier. »

Promettre de la monnaie les jours de marché, c'était offrir du pain à des affamés; car les gens de petit commerce et de petits métiers, obligés de recevoir en payement des billets de 10 livres, étaient littéralement exposés à périr d'inanition avec un papier dont on ne pouvait pas se servir pour les achats au détail. Malgré de forts piquets de soldats aux gardes qu'on' triplait les jours de distribution, il y eut à la porte de chaque commissaire le môme encombrement, les mêmes violences, le môme désespoir qu'à la porte de la ban-

1 7â LAW ,

que. Les émotions de la foule sont encore palpitantes dans les journaux manuscrits du temps : « Les distributeurs, dit l'avocat Barbier, sont à présent comme de petits ministres, car les magistrats et les gens de la première qualité vont les prier en grâce de leur garder 100 livres sur leur payement, parce qu'on ne donne que 10 livres à la populace : c'est ime tuerie le mercredi et le samedi. Personne effectivement n'a d'argent, et il semble qu'on aille demander l'aumône. >» Dans ce qu'écrit le vieux Buvat, on sent la mauvaise humem* d'un homme qui rentre le soir, après avoir été pressé et ballotté peut-être sans résultat. « La porte ne s'ouvrait qu'à moitié, afin que les solliciteurs n'entrassent que l'un après l'autre, et il n'y pénétrait que les plus robustes. La plupart ne remportaient que de la sueur et de la fatigue au lieu d'argent, parce que la préférence que les commissaires donnaient à leurs amis avait épuisé les fonds, et qu'ils en réservaient une partie pour eux-mêmes. »

Les commissaires , dont chacun n'avait à répartii* que 20 000 à 30 000 livres par jour de distribution, ne pouvaient satisfaire tout le monde. Obsédés par les instances des gens considérables, effrayés par l'exaspération croissante des petites gens, ils déclarèrent qu'ils ne pouvaient plus répondre de la sécurité publique. On les déchargea donc de

leur pénible service, qui ne dura pas plus d'un mois.

La circulation étant suspendue, il fallait pourvoir à la subsistance du peuple. On ne marchanda pas les moyens. On convertit en monnaie les billets présentés par les boulangers de Paris. Les boulangers de la banlieue , qui approvisionnaient en partie la capitale, reçurent des primes pour continuer leur service. On distribua 400000 livres par semaine pour le marché de Poissy, et 50000 livres pour le marché de la volaille. On mit.de grosses sommes en monnaie à la disposition des chefs de manufactures pour payer les salaires.

En fermant les bureaux des commissaires, on annonça que la banque allait échanger alternativement les gros billels contre des coupures, et les coupures contre de la monnaie. Pour ménager la caisse , on n'ouvrit les bureaux que depuis le matin jusqu'à midi. On ne payait qu'un billet de 10 livres par personne, et très-lentement, de sorte que la moitié des gens, venus dès la veille au soir, retournaient chez eux brisés de fatigues, exténués par une chaleur excessive, mourant de faim et sans avoir rien obtenu.

La rue Vivienne était une espèce de champ de bataille où on ramassait chaque jour des morts et des blessés. Le 5 juillet, des pierres ayant été jetées dans les jardins du palais Mazarin , vingt splj

dats invalides font une charge à la baïonnette contre une foule épaisse. Les joui's suivants, plusieurs personnes sont étouffées. Le 10, un domestique envoyé par son maître veut entrer avant son tour ; un soldat le couche à terre d'un coup de fusil. A cet acte de cruauté, la foide amassée dans la rue s'exaspère ; elle fait pleuvoir les pierres dans la cour du palais Mazarin, où se trouvent, non pas des soldats, mais des particuUers déjà admis à l'intérieur, et attendant leur tour à la porte du bureau. Plusieurs de ceux-ci sont blessés. En même temps, le poste de garde se met en défense, et fait une sortie sanglante contre les assaillants.

Sédition.

Le capital versé goutte à goutte par la banque disparaissait bientôt. Les plus minces salaires étant souvent payés en papier, avec lequel on ne pouvait pas faire ces petites acquisitions qui alimentent les ménages pauvres, il fallait absolument que les malheureux , quelquefois des vieillards ou des mères de famille vinssent, au péril de leur vie, chercher de la monnaie. L'affluence augmentant de jour en jour, ainsi que la gravité des accidents, la banque eut la malheureuse idée de faire construire devant sa porte une palissade formant nn étroit couloir : c'était un movon de ralentir la

foule. Le 17 juillet, on estimait à quinze mille, des trois heures du matin, le nombre des personnes qui stationnaient dajis les rues Vivienne et des Petits-Champs. Surviennent ces bandes d'hommes brutaux qui font métier d'échanger des billets, hnpatlents de l'obstacle qu'ils rencontrent, ils escaladent les planches et se jettent à corps perdu sur la foule déjà entassée dans le couloir. Bientôt éclatent des gémissements douloureux, épouvantables, auxquels se mêlent les cris qu'arrachent aux ims la frayeur, aux autres l'indignation. Il est aussi im« possible de fuir que de porter secours, tant la foule est compacte. On parvient enfin, vers cinq heures du matin, à déblayer cet amoncellement d'êtres humains : on en retire seize personnes mourantes ou mortes.

Cette fois le peuple perd patience : sa colère éclate en cris de rage qui retentissent jusque dans les quartiers reculés. Le tumulte prend le caractère de l'insurrection : les cadavres sont placés sur des brancards ; on en promène cinq en remontant la rue Vivienne; on en porte trois vers le Palais- Royal. La foule fait cortège en criant vengeance ; elle s'anime en chantant de ces couplets séditieux qui sont placardés depuis quelques jours, tels que celui-ci , sur un air alors en vogue :

Français, la bravoure vous manque,

Vou8 êtes pleins d'aveuglement :

Pendre Law avec le régent, Et vous emparer de la banque, C'est TafiFaire d'un moment !

Il était environ six heures du matin lorsque les trois cadavres portés au Palais-Royal furent déposés à la porte. « Le peuple suivait en fureur et voulait entrer dans le palais , que l'on ferma d'abord de tous côtés. On assura que le régent était à Bagnolet. Le peuple répondit que cela n'était pas vrai, qu'il n'y avait qu'à mettre le feu aux quatre coins et qu'on le trouverait. Bientôt, ce fut un tapage affreux dans le quartier. Une bande porta un corps mort au Louvre; une autre bande se jeta du côté de la maison de Law , dont on cassa toutes les vitres*. »

Quoique brave , le régent eut grand'peur . L'exaspération de la foule ameutée avait au fond une cause si légitime, elle était si bien en harmonie avec le sentiment général, qu'on n'osa pas lancer les troupes, dont plusieurs corps n'étaient pas très-sûrs. Le ministre de la guerre et le gouverneur de Paris se montrèrent aux fenêtres, desceudirent même sur la place , prêchèrent la modération, distribuèrent de l'argent, et gagnèrent ainsi trois heures. Pendant ce temps, les officiers du

!• BuvaU

prince avaient fait habiller en bourgeois des mousquetaires et des soldats aux gardes, et les avaient, introduits au palais. Un redoublement de vociférations et de menaces ayant eu lieu vers neuf heures, on ouvrit les portes , et plusieurs milliers de personnes s'engouffrèrent dans la cour dont la porte se referma sur eux. L'édifice n'était pas alors tel qu'aujourd'hui. La cour oblongue était entourée et dominée de tous côtés par de hauts bâtiments percés de fenêtres. Une partie des assaillante se trouvant bloquée dans la place, l'émeute se montra moins menaçante.

Un autre ahment fut d'ailleurs offert à l'indignation populaire. Dans une voiture détournant la rue Croix-des-Petits-Champs pour entrer dans la rae Saint - Honoré , une femme reconnut le directeur de la banque. Cette malheureuse venait d'apprendre la mort de son mari étouffé le matin. Elle arrêta les chevaux par la bride en criant : Vengeance ! Law mit pied à terre ^ et retrouvant son ancien aplomb de duelliste , dit froidement à ceux qui l'attaquaient : « Vous êtes des canailles, a Soit que le mot se fût perdu dans le tumulte , soit qu'un majestueux sang-froid eût imposé à la mul= titude, l'Écossais put gagner le Palais-Royal sans accident. Entouré de nouveau au sortir du palais,' le cocher prit à son tour les grands airs de son maître en disant du haut dfe ison siège : « VouS

êtes des canailles. » Mal lui en prit. Il l'ut aussitôt jeté à terre , broyé de coups, et emporté moiu*ant. On mit en pièces le carrosse qu'il conduisait.

« Ce fut merveille , dit Saint-Simon , comment Paris s'apaisa et ne se révolta pas tout à la fois. ■ Un incident burlesque montre en effet que la sédition couvait dans toutes les classes. Pendant la crise, la grand'chambre du parlement tenait au Palais de Justice son audience du matin. Le premier président de Mesme , ayant eu occasion de sortir im instant, apprit ce qui se passait sur l'autre rive de la Seine. II rentra en toute hâte , et prenant une pose théâtrale au milieu du sénat assemblé , il s'écria ;

Messieurs, messieurs, bonne nouvelle !

Le carrosse de Law est réduit en cannelle!

Cet impromptu eut bientôt de la célébrité : il est vrai que le premier président était membre de l'Académie française.

Coups d'État. — Exil du parlement.

11 y avait encore de l'émotion ; mais le péril imminent était évanoui, lorsque les amis du régent, ces jeunes seigneurs qui se glorifiaient du titre de roués, arrivèrent au Palais-Royal. Ils sortaient d'une orgie nocturne qui avait eu lieu chez l'un

d'eux dans une petite maison du faubourg Saint- Antoine; une sorte de conseil s'organisa. L'avis unanime fut que le feu de la sédition couvait encore, et qu'il suffirait au parlement d'en remuer les cendres pour allumer un incendie. On se crut donc autorisé à prévenir l'attaque par un petit coup d'État. « .

On fit avancer des troupes vers Paris : on forma un camp à Charenton. Ordre fut donné aux mousquetaires et aux archers du guet de rester sous les armes et prêts à marcher au premier signe. Law fut caché dans le Palais-Royal, où il resta dix jours. Enfin , pour neutraUser l'opinion publique , on fit distribuer par des colporteurs un billet ainsi conçu : « Le parlement, par son opposition continuelle au gouvernement, fait resserrer l'argent: mais malgré toute sa mauvaise intention, l'argent paraîtra la semaine prochaine , et le billet de banque ne perdra plus. »

Le parlement donna prise sur lui. Tout le mal provenant de l'avilissement des billets de banque , la compagnie des Indes avait offert d'en rembourser et d'en éteindre pour 50 millions par mois pendant un an , à condition qu'on renouvellerait à perpétuité la concession des privilèges commerciaux sur lesquels reposait son existence. Cette offre , de nature à relever le crédit , avait été agréée par le gouvernement et convertie en décret. Le public y

applaudissait : le parlement refusa obtinément son adhésion. On parlait beaucoup depuis quelque temps de projets concerlés entre Law et Dubois,tendant à supprimer les cours souveraines , après avoir remboursé toutes les charges et tous les offices judiciaires qui en dépendaient. On aurait installé une magistrature amovible nommée par le roi , à la place des juges parlementaires qui , ayant acquis la propriété de leur siège, avaient une sorte d'indépendance. Un tel projet n'étant exécutable qu'au moyen des ressources fournies par la compagnie des hides, les membres du parlement avaient peu de sympathie pour les mesures tendant à solidifier le Système. Ils refusèrent donc l'enregistrement de Tédit qui devait perpétuer la compagnie en sauvant la banque.

Ce refus devait être impopulaire et donnait l'avantage au régent. Le 21 juillet, avant huit heures du matin , le Palais de Justice fut soudainement envahi par plusieurs corps de troupes. La maison du roi fut distribuée dans les salles intériem'es. Les gardes françaises se mirent en bataille sur le grand escalier et dans les cours. Les Suisses gardèrent les issues. Le guet à pied et à cheval parcourut le quartier par pelotons. En même temps , des mousquetaires, allant réveiller chacun des présidents et conseillers au parlement, letir feigni* flèrei)t un ordre d'exil à Pontoise.

Tant de précautions étaient superflues. Le parlement n'était plus de tempérament à résister, m de caractère à exciter de vifs regrets. Les actions de la compagnie montèrent aussitôt de 4560 livres à 5700. Les seize présidents , les soixante-douze conseillers, le parquet, entraînant à leur suite une armée de greffiers, d'avocats, de procureurs, d'huissiers et de plaideurs, se préparèrent au déménagement sans souffler mot. Pendant plusieurs jours , les rues aboutissant à la route de Pontoise furent encombrées de chariots chargés de meubles , et de temps en temps , on entendit sur leur passage ce couplet qui traduisait assez bien les seules préoccupations du moment.

Le parlement est à Pontoise Sur Oise, Par ordre du régent :

Mais nous rendra-t-on notre argent?

Non ! — Ce n'est que pour chercher noise

Au parlement, Qui s'en va coucher à Pontoise Sur Oise , Par ordre du régent.

Dès le lendemain du coup d'État, on put faire rentrer les troupes dans leurs quartiers ; les mousquetaires seuls bivouaquaient au Palais. Que faire dans le sanctuaire de la justice , si ce n'est juger ? « Pour se désennuyer, les jeunes gens ont joué au

parlement. L'un s'est fait premier président, les autres présidents , gens du roi et avocats. Sur ces entrefaites , ayant reçu pour leur déjeuner un pâté et des saucisses , ils ont prononcé la sentence en condamnant les saucisses au feu, et le pâté à être rompu*. » C'était là un jugement sommaire et d'urgence ; mais le lendemain , un chat s' étant rendu coupable d'un délit , son procès fut instruit dans toutes les formes.

En apprenant ces inconvenances et des excès d'autre genre commis dans la grand'chambre, siège principal de la justice des rois, les exilés de Pontoise criaient au scandale. Mais ces magistrats conservaient-ils eux-mêmes cette dignité sévère qui est un hommage à la sainteté de la loi ? L'avocat Marais écrit au retour d'un voyage à Pontoise : « On ne fait ici que boire et manger, jouer un jeu énorme qui ruine tous les jeunes gens , et pendre par-ci par là quelques criminels. »> Saint-Simon donne le secret de ce joyeux entrain. Le premier président de Mesme, mal vu dans sa compagnie, avait conçu le projet de se réconcilier avec elle , tout en faisant sa cour au duc d'Orléans. Ayant msinué au prince qu'il serait d'une bonne politique d'engourdir l'opposition parlementaire , en adoucissant l'amertiune de l'exil , il en tira plus de

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