‹ Law, son système et son époqueChapitre 25 sur 29 · Voy. le Journal de Tavocat Barbier, toni. I«% p · texte numérisé non relu

Voy. le Journal de Tavocat Barbier, toni. I«% p

cliez M. d*Àguesseau. « Monseigneur , ajoutèrenlils après avoir exposé les faits, lorsque les six corps ont Fhonneur d'être admis par le roi ou par le régent, ils ont coutume d'inscrire sur le registre les paroles que le chef de l'Etat daigne leiu* adresser. Veuillez nous dire ce que nous devons faire aujourd'hui. • D'Aguesseau, qui était un homme grave, tenant aux traditions, leur conseilla de dresser leur procès-verbal comme de coutume , en tâchant toutefois d'adoucir im peu la chose.

Exaspération. ^ Menaces.

La cherté augmentant de jour en jour, l'existence matérielle , le boire et le manger étaient devenus des problèmes difficiles même pom* les personnes de la classe distinguée. Qu'on imagine le degré d'inquiétude et d'exaspération auquel étaient parvenus les gens qui vivent au jour le jour ! De temps en temps, on pillait des marchés dans les provinces; désordres inévitablement suivis d'une espèce de disette. A Paris, le malaise se trahissait par un symptôme particulier et tout local : c'était un redoublement de chansons, de satires, d'affiches, de caricatures imprimées, gravées, manuscrites. La provocation fut même frappée en bronze , sous forme de médailles. La ville en était littéralement inondée. « Ces journées dernières ,

écrit l'avocat Barbier, on a jeté dans les carrosses (les billets burinés dans lesquels on disait : Sauvez le roi, tuez le tyran, ne vous inquiétez pas du trouble. » Un autre tocsin des plus violents fut tellement multiplié qu'on en découvrit plus de trente copies manuscrites seulement dans le Palais-Royal. On ne retrouvait plus dans ces écrits la verve moqueuse du Parisien : il s'en exhalait comme une odeur d'insurrection. Un papier collé au mur attirait-il les regards , on était sûr d'y lire des traits comme ceux-ci :

Jean Law a mérité la corde, Et le régent le coutelas ; Et voilà d'où vient la concorde ' De notre régent avec Lass,

La poste colportait les menaces anonymes. « J'ai reçu, dit dans ses Mémoires la mère du régent, des lettres où l'on fait des menaces affreuses contre mon fils, en m'assurant qu'on avait préparé pour lui deux cents bouteilles de vin empoisonné, et que, si cela manquait, on ferait usage d'un nouveau genre de feu d'artifice pour brûler mon fils tout viï dans le Palais-Royal , et moi ici , à Saint- Cloud. » A trois reprises, la princesse parle de lettres semblables.

Les pamphlétaires.

Le duc d'Orléans, quoique fier et emporté, était peu vindicatif : il méprisait aisément l'injure et la menace. Il y eut cependant une pièce qui le toucha à l'endroit sensible, en faisant allusion au dessein que les malveillants lui prêtaient d'empoisonner Louis XV pour usurper la couronne. C'était une parodie de la dernière scène de Mithridate^ dans laquelle ou supposait le régent mourant d'une blessure reçue dans une sédition, et ouvrant son âme , au moment suprême , à ses deux complices , Law et le duc de Bourbon. Il suffit de citer quatre vers de cette pièce pour en indiquer le ton :

Le ciel n'a pas voulu qu'achevant mon chemin , Je versasse à mon roi le poison dans le sein : Mais, du moins, quelque joie en mourant me console , J'expire environné des rentiers que j'immole....

Un jour le régent trouva cette pièce collée à la porte de son cabinet. Il fut blessé au vif, et le soir, en racontant le fait à six de ses courtisans les plus dévoués qui assistaient à son coucher, il ajouta : « Je voudrais pour cent mille écus découvrir l'auteur. » Le lendemain , un autre papier

colle à la môme place attira ses regards, et il y lut ce distique :

Tu nous promets beaucoup, régent!

Est-ce en papier? est-ce en argent?

Cette anecdote ayant donné de Timportance à la parodie, le public voulut absolument avoir à citer le nom d'un auteur, et on s'obstina contre la vraisemblance, à l'attribuer au poëte Vergier, commissaire de la marine, homme riche et rimeur' agréable , qui, ayant eu dans sa jeunesse quelques rapports avec La Fontahie, était posé dans le monde comme son disciple. Il avait alors soixante-trois ans. Le 23 août, au sortir d'un dîner chez un de ses amis, « Vergier fut suivi par un assassin qui, l'ayant joint dans la rue du Bout-du-Monde , lui dit : C'est donc toi Vergier le magnifique ? et en même temps lui tira un coup de pistolet. Comme ce gentilhomme palpitait encore, l'assassin acheva de le tuer de plusieurs coups de baïonnette et se sauva. Le guet étant survenu, on porta le corps à la morgue du Chàtelct, tout habillé d'un drap musc avec un galon d'pr large de trois doigts et une veste en brocart d'or. Ses héritiers firent des informations de cet assassinat.... et cependant l'affaire en resta là par ordre supérieur*. » A ce récit

1. Extrait du journal manuscrit de Buvat. On lit encore dans le môme recueil, à une date un peu postérieure (avril 1722) : «- Un

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