‹ Law, son système et son époqueChapitre 26 sur 29 · LA W · texte numérisé non relu

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de Buvat, Marais ajoute que Vergier avait sur lui de l'argent, des billets et une montre et qu'il ne fut point volé. Un scélérat de la bande de Cartouche, exécuté en 1722, fut accusé de ce crime, et en rejeta l'odieux sur deux agents de police nommés Leroux et Bourlon. Quoi qu'il en fût, on

resta persuadé dans le public que le régent voulait intimider de temps en temps les libellistes par des exemples de ce genre,

Démonélisalion du papier.

A travers ces agitations, le gouvernement tendait évidemment à la suppression définitive du papier et à la reprise des payements en espèces. Les mesures administratives et les décrets financiers qui se succèdent sans interruption jusqu'au mois d'octobre, sont comme des palliatifs pour engourdir les douleurs de la transition.

Ou réorganise la compagnie des Indes en la restreignant aux proportions d'une simple société commerciale indépendante de l'État. On brûle périodiquement des billets de banque. A plusieurs reprises, on crée des rentes viagères à 4 pour 100, et des rentes perpétuelles à 2 pour 100, afin d'ouvrir des

nommé Sandrier, premier commis du trésorier des guerres, nouvelliste, fut trouvé dans la rivière percé de deux coups de poignard. On dit que c'est pour avoir mal parlé du gouvernement. »

déboucliés aux gros billets jusqu'au 5 octobre. On déclare que les petits billets cesseront d'avoir cours au 1" mai de Tannée suivante. On permet de stipuler dans les contrats que les payements ne pourront être faits qu'en écus. Un peu plus tard, on décrète que les billets ne pourront plus être donnés en payement qu'avec moitié espèces ; que les sommes déposées en banque, à titre de comptes courants, ne seront plus estimées qu'au quart de leur valeur nominale; que les actions de la compagnie des Indes seront évaluées à l'avenir au cours de 2000 livres. On relève peu à peu la valeur intrinsèque des monnaies. On impose aux actionnaires des obligations onéreuses, afin de pouvoir frapper de déchéance ceux qui ne s'y conforment pas.

Parait enfin le 10 octobre un arrêt célèbre qui, après le décompte des billets créés et annulés, invite définitivement les porteurs à employer avant le 1*' novembre ceux qui leur restent, soit en rentes perpétuelles à 2 pour 100, soit en rentes viagères à 4 pour 100, soit dans les fonds de la nouvelle compagnie des Indes.

L'hôlel de Soisson?»

Lu chute de toutes les valeurs de crédit était précipitée par les agioteurs, qui ayant retourné

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leurs batteries, jouaient à la baisse de manière à désespérer cette portion du public qu'on avait forcée à échanger des biens effectifs contre du papier. Depuis que la place Vendôme avait été balayée à coups de fouet, le principal siège de Tagiotage était établi dans le jardin de l'hôtel de Soissons, sur remplacement où Ton a bâti depuis la halle aux blés. Le prince de Carignan, propriétaire de cet hôtel, avait cédé à des entrepreneurs, moyennant 1^0 000 livres par an, le droit de faire bâtir des baraques en bois destinées aux agioteurs. Cent trentehuit loges élevées comme par enchantement et assez bien ornées, fm*ent aussitôt louées au prix exorbitant de 500 livres par mois. L'ouverture de cette nouvelle boui^e fut faite le T' août avec un certain appareil, au retentissement d'une musique militaire. «* J'ai été voir les négociants en papier dans leurs loges, écrit l'avocat Marais dans son mémorial; il y en a qui ont avec eux de jolies femmes, et ceux-là font plus d'affaires que les autres. » Le nombre des agioteurs de profession se trouvant limité par celui des loges, on avait cru pouvoir exercer sur eux une influence utile au crédit. On venait encore d'affaibUr la monnaie (31 juillet), en l'évaluant dans les proportions de 120 livres au marc. Les billets perdant moitié , on s'était figuré qu'on les mettrait de pair avec les écus en ôtant à ceux-ci la moitié de lem* valeur. C'est grâce à ce

déplorable expédient que, pendant quelques jours, les courtiers de Fhôtel de Soissons échangèrent au pair les billets de 10. livres. Mais, vouloir empêcher la précipitation d'un numéraire avili, c'est lutter contre un torrent. En dépit de la police, le papier se plaça pour ce qu'il valait : les monnaies affaiblies ne se vendirent qu*au poids. Non-seulement le commerce des objets précieux se reproduisit à l'hôtel de Soissons, mais on y apporta des masses de meubles et d'habits , qui donnèrent à la bourse l'apparence d'une halle. Cela était devenu un scandale inutile, du jour où le gouvernement lui-même avait pris la résolution d'interdire la circulation du papier. Le 29 octobre, les portes de l'hôtel de Soissons furent fermées par ordre de l'autorité. Défense fut faite de se réunir en quelque lieu que ce fût pour le trafic du papier^ sous peine de prison et d'une amende de 3000 livres. Le guet à cheval recommença à donner la chasse aux agioteurs»

Le maximuiDè

Les billets de banque devant cesser d*avoir cours forcé à partir du 1" novembre, il était assez naturel que les marchands hésitassent à les recevoir. Leé uns né les accjeptaient qu'à 80 poiir iOO de perte ; les autres n'en voulaient à aucun prix. La

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répugnance pour le papier se manifestait plus énergiquement encore dans les provinces qu'à Paris. A Strasbourg, il y eut émeute des bourgeois et de la garnison, d'accord pour repousser les billets; à Lyon, on saccagea l'hôtel de la Banque. Cependant fallait-il condamner à mourir de faim les consommateurs, qui ne pouvaient offrir que des billets, puisqu'on avait confisqué leurs écus? Le gouvernement prit fait et cause pour ces derniers, et il y eut un redoublement de sévérité dans l'application des ordonnances contre les accapareurs.

Dix-huit boulangers de Paris, coupables de ne vouloir pas vendre à perte, furent condamnés à une amende, exposés au carcan pendant trois jours de marché, et ruinés par la confiscation de leurs approvisionnements. Une sentence du Ueutenant de police « condamne le nommé Bouron et deux autres chandeliers de la rue Saint-Jacques à 500 Uvres d'amende, et ledit Bouron à avoir sa boutique ' murée pendant un mois, pour n'avoir pas voulu vendre de la chandelle au public , quoiqu'ils en eussent provision. >v Le bois manquait dans les chantiers, et la privation du combustible à l'entrée de l'hiver était une des choses dont on s'effrayait le plus dans les familles accoutumées à l'aisance. Non-seulement on procéda contre les marchands par voie de réquisition, mais plusieurs particuliers

ayant été dénoncés comme accapareurs, les échevins firent vendre d'autorité les bois et charbons de ceux chez qui on trouvait des approvisionnements supérieurs à leur consommation présumée.

Âfl^issement de la Compagnie des Indes.

La colère publique grondait sourdement contre ceux qui avaient exploité les folies du Système. Un incident, qui fit grand bruit, détermina Texplosion. Un certain Vernezobre, Prussien d'origine, entré dans les bureaux de la banque en qualité de petit commis, en était devenu im des caissiers principaux; ses fonctions l'ayant mis à même de jouer à coup sûr, il réalisa des valeurs considérables en écus , en pierreries , en bonnes lettres de change , et s'y prit de longue main pour faire passer le tout à l'étranger. A la fin, le caissier suivit son trésor. •

Dans le public, où les gros sous étaient rares , on évaluait à 50 millions la somme emportée par l'aventurier prussien. Ce contraste provoqua un soulèvement d'indignation, dont le pouvoir s'arma aussitôt pour faire rendre gorge à ceux que l'on supposait avoir été enrichis par le Système. On défendit sous les peines les plus sévères de sortir du royaiunc sans une autorisation spéciale. La saisie de 77 000 louis d'or de 20 au

marc (3 140 000 francs de notre monnaie) faite chez un autre caissier de la banque rendit suspects tous les employés de cet établissement. On en jeta plusieurs dans les prisons. Un nouvel appel de fonds, des exigences vexatoires et onéreuses pour les actionnaires découragèrent tellement les porteurs de titres, qu'on en vint à offrir pour un louis de 42 livres des actions qui peut-être avaient été achetées, rue Quincampoix, au cours de 20 000 livres. On. porta enfin le dernier coup au prestige de la compagnie en cassant d'autorité les contrats qui lui attribuaient le bénéfice des monnaies et la perception des recettes de l'État.

De ces violences administratives à la spoliation pure et simple, il n'y avait qu'un pas à franchir* Ce devint un crime d'avoir été heureux dans ces opérations que le gouvernement avait si fort encouragées. On dressa une liste de suspects qui, dit-on, comprit trente-cinq mille noms, et on recommença les poursuites , en choisissant quelques victimes pour intimider les autres, et les déterminer au sacrifice de lem* richesse. Est-on curieux de savoir comment la justice procédait? l'avocat Barbier l'explique en peu de mots : « On entre chez im homme ; on met le scellé dans toute sa maison : oïl lui prend ses bijoux, sa vaisselle d'argent et tout ce qu'il a. » Une vague terreur paralysa les affaires, et il se joua aux yeux du public la plus lamentable tomédiè. Nombre de

gens riches et bien repus se proclamèrent ruinés , et s'étudièrent à présenter l'aspect de la misère. Le hasard fît découvrir une somme de 500000 livres en or dans un grenier où il n'y avait qu'im grabat et deux chaises en paille.

Les spectacles el la misère.

Par im contraste assez frappant pour que tous les chroniqueurs l'aient remarqué, jamais on n'avait vu les théâtres aussi fréquentés et aussi brillants que pendant ces jours d'épouvantable détresse. Marais écrit à la date du 20 novembre : « J'ai été à la comédie qui se jouait sur le théâtre du Palais-Royal, où Baron représentait le Comte cVEssex. n y avait un monde prodigieux, malgré le malheur du temps. Les femmes étaient pleines de pierreries (on venait d'en permettre l'usage, et elles s'en couvraient de la tête aux pieds); les hommes avaient des habits magnifiques et superbes. Le régent parut avec sa maîtresse, d'un côté ; M. le duc, de l'autre, avec la sienne.... Qui ne voit que cette salle de théâtre croit le royaume bien riche ; mais, au sortir de là, la pauvreté est bien effective. »

De 60 000 hvres, les recettes de l'Opéra montèrent à 740 188 livres en 1720. Il est vrai que le goût du bal masqué fit explosion en cette année. On peut considérer comme l'inventeur des bals de l'Opéra ,

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un canne , que Ton nommait en religion lé P. Sébastien. C'est lui qui imagina d'élever le plancher du parterre au niveau de la scène, afin de former de tout le théâtre une grande salle de danse. Cet ingénieux mécanisme fut inauguré par un premier bal le 2 janvier 1716. La grande vogue se déclara trois ans après. « Au milieu de cette misère, dit encore Marais en novembre 1720, on a ouvert le bal de rOpéra , qui se fait publiquement depuis trois ans, et où Ton donne 6 livres par personne. Le bal dura jusqu'à sept heures du matin. Il y a été beaucoup de monde la nuit de la Saint-Martin ; et on a fondu les billets de la banque, en perdant presque le tout pour aller danser, lorsqu'on meurt de laim chez soi. Voilà le Français et les Parisiens! »

Et cependant la misère publique paraissait tellement irrémédiable, qu'elle touchait au désespoir. En voici un exemple cité par Buvat. Le 16 décembre , le curé de Saint-Eustache , présidant une assemblée de charité, envoya un secours à une famille qui venait de lui être recommandée. La personne chargée de cette pieuse mission ne recevant pas de réponse, fît enfoncer la porte. «< En entrant dans la chambre, on fut bien étonné de voir le mari pendu, sa femme et trois enfants égorgés. On trouva dans cette chambre seulement six sous de monnaie, et pour 200000 livres de billets de banque, que Ton disait provenir du remboursement

des rentes sur Thôtel de ville. On enterra cette malheureuse famille, la nuit suivante, au cimetière des Innocents, sans autre recherche. »

Départ de Law. — Sa fin.

La situation de l'homme que l'on rendait responsable de toutes ces souffrances était devenue intolérable. Sa tête , on le disait partout , devait être le gage de l'inévitable réconcihation entre le parlement et la régence. Une dernière épreuve trancha les irrésolutions de Law. Le 12 novembre, ayant paru à la banque , on lui jeta à la face les noms de voleur et de fripon. Il se retira la tête haute et le regard méprisant, ne songeant, plus qu'à préparer sa retraite.

Il possédait quatorze belles terres seigneuriales et de grands capitaux ; mais il devait énormément. Il chargea de sa procuration le grand prieur de Vendôme en le priant de faire en son nom une liquidation honorable. « Il était si peu attaché à ses biens , dit son apologiste anonyme *, qu'il les a offerts pour être distribués à ceux qui auraient perdu par ses opérations , et il ne voulait se réserver que 30 000 francs de rente. Cette offre fut admirée et rejetée , parce qu'on avait moins d'en-

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