‹ Law, son système et son époqueChapitre 7 sur 29 · M. Gautier, sous-gouverneur de la banqué'de France · texte numérisé non relu

M. Gautier, sous-gouverneur de la banqué'de France

en recouvrèrent 5000. Jamais placement n'avait été aussi profitable.

Avec Tarrière-pensée de constituer comme un réservoir de capitaux destiné à alimenter toutes les affaires, il devenait fort difficile de conseiTer la clause qui avait fait la fortune de la banque , celle qui consistait à payer en espèces conformes à la monnaie légale ayant cours à l'origine de l'établissement. 100 livres au point où était l'argent en 1719 (c'est-à-dire au marc 60) n'eussent valu que 90 francs en monnaie de nos jours, tandis que la même somme en argent de banque ( c'est-à-dire au marc 40) représenterait 135 francs. Un calcul de proportion devenait nécessaire à chaque transmission de billets . Évidemment il eût été impossible de populariser l'usage du papier dans ces conditions. On décréta donc que le numéraire de banque consisterait à l'avenir « en livres tournois d'une valeur fixe et invariable, quelles que dussent être les variations futures de la monnaie métallique. »

Ce changement suscita chez les hommes de bon sens un pressentiment défavorable à la nouvelle institution. Pour soutenir le papier aux dépens des écus, on attribuait au premier une valeur fixe, en insinuant que l'argent monnayé serait remanié arbitrairement. Or, le billet promesse ne pjeut avoir qu'une valeur relative à la somme qu'il re-

présente en écus. La prétention d'immobiliser le cours du papier , en modifiant le prix naturel des métaux précieux, est un non-sens.

Le crédit ne s'établit que par la persuasion et ne subsiste que par la liberté. Law en était plus persuadé qu'aucun autre; et cependant, entouré d'ennemis, obligé de satisfaire ces impatiences d'enfants gâtés qu'ont presque toujours les princes absolus , il entrait malgré lui dans une voie fatale ,. où il ne pouvait se soutenir que par l'arbitraire et l'abus de la force : c'était marcher à la ruine. Un nouvel arrêt du conseil institua dans plusieurs grandes villes des succursales de la banque, avec deux caisses , l'une pour convertir à vue les billets en argent, l'autre pour recevoir l'argent offert en échange des billets*. Le même édit ordonnait que, sur les places où des succursales seraient établies, les monnaies d'argent ne pourraient entrer dans les payements que pour une somme inférieure à 600 livres , le reste devant être payé en billets ; que, même pour une somme inférieure, les billets ne pourraient y être refusés. Détense était faite aux entrepreneurs de messageries ou de roulage de transporter des espèces d'or et d'argent dans les

1. Cette expérience fut faite seulement à Lyon, la Rochelle, Tours, Orléans et Amiens. On évita d'établir des bureaux de ce genfe dans les villes de parlement, où des manifeslations hostiles étaient à craindre.

villes à succursales , à moins que ce ne fût pour le compte et avec l'autorisation de la banque. Au fond la ^ mesure n'avait rien de bien menaçant , j)uisque la personne payée en billets pouvait les porter immédiatement à la banque, qui les convertissait en écus. Il s'agissait seulement de faire entrer dans les habitudes du public l'usage des valeurs de crédit. Cette atteinte portée à la liberté n'en était pas moins de mauvais augure : c'était même une maladresse au point de vue commercial. Il est infiniment probable que l'on présenta plus de billets au remboursement que si le cours en avait été parfaitement libre. '

Les leçons d'agiotage.

Le prestige dont Law avait besoin pour ses vastes projets tenait beaucoup à la promesse qu'il avait faite publiquement de relever et de souteriir au pair les billets d'État. Il fallait pour cela un tour de force, mais on s'y attendait. L'affaire de la compagnie d'Occident languissait depuis une année. Les actions s'étaient classées, parce qu'elles étaient payables en papier dont on ne savait (jue faire; mais elles étaient écrasées sur la place par la concurrence de l'antisystème et les intrigues des frères Paris. Tout à coup Law communiqua à la hausse une impulsion irrésistible en achetant au

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