‹ Lazare de BaïfChapitre 24 sur 79 · fol · texte numérisé non relu

fol

— Oi) —

de lui-même se réduit à forl peu de chose. Il habite « près de Saint-Marc. Bien que le dedans [du logis] ne soyt pas bien basty à la françoyse, toutesfoys y a belle rive, belle veue et assez beau jardin 1 » (rare avantage a Venise, s'il en était alors comme aujourd'hui). Il apprend à connaître les plaisirs du pays : « I/ambassadeur d'Angleterre m'a mené en ung festin en ceste ville veoyr baller les vénitiennes, qui est une chose fort gorgiase et pompeuse, mais j'en suys desja saoul* ». Il assiste à une procession, et il la décrit au roi 3 . Il consulte un devin qui fait merveille en prédisant l'avenir par l'inspection de la cire fondue : « Je lui ay demandé du Roy et de vous, écrit-il au cardinal de Lorraine. Il m'a dict que la couronne imperialle est due au Roy... et m'a dit en oultre que, le pape mort, vous estiez pour lui succéder.... » Les pratiques de cet homme l'amusent tellement qu'il voudrait s'y voir initier : « Si je puys tant faire par manière de passetemps, je apprendray son art de luy, non pas pour en user, mais pour en racomplcr à mon retour au Roy et à vous. C'est une des choses miraculeuses que je vis jamais. Je croy que c'est ce que les anciens appeloient Hydromentie. Car la cyre fondue en un vesseause mect dedans un verre plein d'eau froidde, et pardessousfaict cinquante deux mille figures par lesquelles se veoit le passé, présent et avenir du personnaige dont est question. Monsieur de Boury a veu comment cela se faict, auquel a dict tant de vérité que nonobstant que me mocquasse de luy, je esté contrainct d'y aller pour scavoir que c'estoit *....» Quant à la prophétie ci-dessus rapportée, elle ne pouvait choquer le cardinal, et il semble en avoir favorisé la propagation en Lorraine, car on en trouve

i. fol. 57 i.

Page 1