‹ Lazare de BaïfChapitre 27 sur 79 · Dupuy 265, ff · texte numérisé non relu

Dupuy 265, ff

craignait que le mérite littéraire ne lui nuisît dans la pratique d'un état si nouveau, et ne lui nuisit dans l'esprit de ses supérieurs. « Monseigneur, écrivait-il à Montmorency, si mon parler sent ung peu trop les livres, il vous plaira m'avoir pour excusé, car je y ay esté nourry et ne me puis garder d'en tenir un peu, à l'aventure trop 1 . » Après tout, aimer l'élude, est-ce donc un crime, et vaudrait-il mieux, comme les autres, « souffler à l'arcquebuse, ou aller en bareque au grant canal*? » Le cardinal de Lorraine le rassura au nom du roi sur ses scrupules, et Baïf se mit au travail avec allégresse. En remerciant son protecteur de lui avoir fait connaître que ses services ne déplaisaient pas au roi, il ajoutait : « Je ne prins jamays si grand plaisir à mes livres comme je faiz de «présent à mectre peine de luy donner à congnoistre que les gens de lettres ne sont point tant inutilles in rébus gerendis et administrandiz comme le commun des hommes estime 5 ... ». Homme de lettres, il l'était avant tout, et n'eût voulu , dans aucune condition, cesser de l'être. Comme ambassadeur, que devons-nous penser de lui? Il n'eut ni l'occasion, ni l'ambition de jouer un grand rôle. Peu diplomate d'instinct et de vocation, il ne se défiait pas assez de ses propres idées, en quoi il lui arrivait, à son insu, de ne pas entrer dans les vues d'ensemble de la politique dont il ne gérait que des intérêts isolés. À l'heure où François I er cherchait à Constanlinople un point d'appui contre son trop puissant rival, Baïf s'en tenait sur les Turcs aux idées courantes, et rêvait d'une croisade générale 4 , chimère caressée parxle très grands esprits 5 , mais agitée surtout par la papauté,

i. B. N. t Mss, Fr., 20503, fol. 100.

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