Ibid
4. Voir A. Samouillan, De Petro Bunello tolosano e jusque amicis. Paris, 1891, p. 9 et 55-56. L'auteur a omis une particularité intéressante de la vie de son per-
onnage, les rapports de Bunel avec le père de Montaigne, à qui il fit connaître la Theologia naturalis de Raymond de Sebonde. Voir Montaigne, Essais, II, 12, in princip. Bunel avait commencé par donner des espérances à la Réforme ; Calvin, dans son écrit De scandalis (1550), le traite en renégat. Voir Calvin, Opéra omnia, éd. Baum, Cunitz et £. Reuss, t. VIII, 20.
Sur Perrot, cf. A.-L. Herminjard, Correspondance des Réformateurs. Genève- Paris, 1866-1885, t. U, p. 164.
5. Loué par De Thou comme magistrat et comme humaniste ; devint conseiller au Parlement et président aux enquêtes ; enfermé à la Bastille à raison de ses opinions calvinistes, il y mourut en 1559. Sa vie est très peu connue, et le témoignage de Bunel en éclaire une période demeurée obscure. Cf. Eue et En. Haag, La France protestante. Paris, 1846-1858, t. VIII, p. 579 : « Depuis son arrivée à Paris [1526], un voile épais continue à couvrir la vie de Ranconnet jusqu'en 1559... ».
cium naturas exploraremus, quum alia pleraque periclitabamur, tum puerorum ludicram pugnam cum paguris in sicco repentibus spectabamus. . . l » . Un autre jour, arrive chez Baïf un certain Anianus Burgonius, jeune protégé de Jean Laski, et envoyé par lui en Italie pour perfectionner ses études. Baïf, en apprenant qu'il est français, ne veut pas qu'il ait une autre table que la sienne. Écoutons Burgonius, qui raconte cette heureuse aventure à son protecteur ' : « Venetiarum urbem advectus sum IV. Junii [1550J... atque hic intellexi Begis Galliae Oratorem esse Lazarum Baifium, quem, quum ego quidem mea non parum interesse putarem, vel ob ejus excellens ingenium eruditionemque non obscuram, vel ijuia eadem niihi cum illo erat patria, adii honorificisque verbis salutavi. Atque ille, ut sciscitando comperit me Gallum esse, Aurchiae [?] natum, perbenigne alloquutus, ut secum prandeam jussit. Pareo jussis. Multa ille inler prandendum ex me percontatur, ac primum unde et qua gratia hue venerim rogat.... Finito tamen prandio, monuit me, ut quotidie apud se capiam cibum. » Burgonius accepta. Non par lésinerie, certes ; n'a-t-il pas les libéralités de Laski? Mais quelle aubaine que l'intimité d'un si docte personnage ! « Ego hominis beneficium hactenus minime sum aspernatus, non tam ut vitarem sumptus (habebam enim amplum abs te acceplum subsidium), quam ut loquentem eum
1. Ex JEliani historia per Petrum Gyllium latini facti... libri XVI. De vi et natura ciîiimalium. Ejusdem Gyllii liber unus y de gallicis et latinis nominibus piscium. Lyon, 1533, p. 575. Pierre Gilles (1490-1555), très savant pour l'époque, malgré sa foi aveugle en Élien, raillé à tort par Rabelais (V, 31) pour son observation minutieuse, s'adonna surtout à l'ichtyologie, parcourut les côtes de la Méditerranée et de l'Adriatique, et offrit son ouvrage à François I er , qui le chargea d'une mission scientifique en Asie Mineure, où il dut, faute d'argent, s'engager dans les troupes de Soliman.
2. Les lettres d'Anianus Burgonius (Bourgoin?) ont été découvertes en manuscrit à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg par un érudit allemand, M. Dalton, qui les a publiées avec une notice sur leur auteur : Voir Evangelisch refomirte Blâtter. Prague, 1892, p. 111-114 et 124-128.
audirem multaque ejus dicta memoriae mandarem,et rriehercle hominem graece et latine bene doctum cognovi multumque fructum ex illius convictu reportasse rnihi videor. » Laski ne partageait pas cet enthousiasme, et il voyait avec déplaisir que le jeune humaniste s'installât en parasite chez l'ambassadeur. Jl fit des reproches à Burgonius, qui s'excusa. Ce Baïf était si aimable, et sa conversation si instructive ! ce Hominis enim doctissimi et humanissimi, qui me ad se saepius adiré volebat, voluntati morem gerebam nec invitus, quum praesertim non suspicarer te ea re offensum iri, et mihi jucundum esset tanti viri consuetudine ac sermonibus uti, unde non poteram non aliquid fructus et commodi domum reportare. » Parmi les repas que Laski lui reprochait, il en est un pour lequel Burgonius pouvait bannir tout scrupule. On venait de se mettre à table, le 12 juillet, lorsque parvint à Baïf la nouvelle tant souhaitée de la libération des princes français, jusque-là retenus en otage par Charles-Quint. Burgonius dépeint la scène. Baïf ne se possède pas de joie ; il oublie de manger et de boire ; il envoie ses domestiques colporter l'heureux avis chez les autres ambassadeurs, et le dîner ne s'achève pas. « Dominus Orator audito hoc nuncio tanta laeticia elalus est, ut cibi potusque sit oblitus ac statim famulos suos ultro citroque ad omnes oratores dimiserit, qui tam inopinatum gaudium nuntiarent. » Décidément Lazare ne mentait pas en écrivant au Grand Maître qu'il tenait table ouverte. En même temps qu'il offrait l'hospitalité à ses compatriotes, il était en relations avec les plus célèbres des érudits qui résidaient à Venise. Le 30 décembre 1530, Jérôme Aléandre écrit sur son Diario : ce Hinc visitavimus D. Lazarum, virum doctum, Oratorem Régis Galliae 1 ». Baïf rapporte quelque part un échantillon des doctes entretiens
1. II. Omost, Journal autobiographique du cardinal Jérôme Aléandre. Paris, 4895, p. 88.
qu'il avait avec Àléandrc 1 . Ailleurs, il citeËgnatius. Encore un savant vénitien dont il devait goûter la fréquentation : J. B. Cipelli, dit Egnazio ouEgnatius, disciple d'Ange Politien, était un ami de Budé, qui en parle souvent dans sa correspondance. Quant aux Grecs, il va sans dire qu'ils possédaient des droits tout particuliers à la faveur de Lazare. Au mois d'août 1533,DenysZannétinos, évêque catholique grecdeZéaejt Thermia, faisait copier un manuscrit théologique : Testimoniorum e S 1 Scriptura et SS. Patribus collectio de S. Spirilus a Pâtre et Filio processions*. Il offrit ce manuscrit à Baïf avec une dédicace où il proclame la bienveillance que celui-ci prodiguait aux Grecs. Il suffisait d'être Grec pour se voir bien reçu de l'ambassadeur, qui s'enquérait avidement si le nouvel hôte n'avait pas quelque manuscrit en sa possession. Cette dédicace paraît autographe 3 . A la fin du manuscrit, on lit la mention suivante : 'Ev 'EveTajdtv, mi tû àrco ttî; Gyy*aTa6à<re<o; tou Kupiou 7)(jwi5v 'Iy)(7oiî XptdTOii a^Xy', fcscra ty)v V toO a'jyo'jiToy
w.7)vo<;. napoc NtKoXàou 2o<ptavo0. Nicolas Sophianos, d'une famille noble de Corfou, avait été un des premiers élèves du collège du Quirinal, où il avait certainement connu Baïf. Employé plus tard par Mendoza à rechercher des manuscrits dans les monastères grecs, il publia une Description ou Carte géographique de la Grèce et une Grammaire de la langue grecque vulgaire, dédiée au cardinal de Lorraine, le protecteur de Baïf \ Quant à Zannétinos, son hommage n'était pas entièrement
1. « Et Yenetiis latini vocabuli vestigia vulgô retinent : vocant enim mozol, quasi modiol, propter affinitatcm d, cum z, ut nos admonuit vir egregie Iriplici lingua doctus Hieronymus Aleander Archiepiscopus Brundusinus. )) (De vasculis, in fine.)