‹ Lazare de BaïfChapitre 40 sur 79 · Bibliothèque Barberini, XXXI, 43, ff. 192 et · texte numérisé non relu

Bibliothèque Barberini, XXXI, 43, ff. 192 et

3. P. de Nolhac, Nozze Cian-Sappa-Flandinet. Bergame, 1891, p. 303-307; Pietro Bembo et Lazare de Baïf. Voir plus loin, Pièces justificatives, n" . Il et IV.

s'écrie Baïf, me voilà payé royalement : « Persolvit vectigal mediusfidius non minus gratum mihi, quam si a Rege inaurarer ». La fin de cette lettre nous le montre heureux et naïvement fier, dit M. de Nolhac, de tenir une place dans la vie de confrères illustres, de qui il sent fort bien la supériorité littéraire. Il faut le croire entièrement quand il déclare tirer orgueil et profit de ces relations, qui lui permettent de sortir peu à peu du nuage de l'ignorance et de la barbarie : « Istis enim vestris lucubrationibus subinde permutandis missitandisque atque etiam lectitandis, sensim exuo et nationis barbarae et ignora tionis nubeculam, in diesque singulos ad litteras capessendas avidior sum, ne dicam capacior ». La réponse de Bembo existe dans la correspondance de celui-ci. Il remercie Baïf de son zèle et de la lettre qu'il a jointe au paquet de Sadolet, lettre dans laquelle il y a autant d'élégance que d'amabilité (disons trop d'élégance, pour être encore plus louangeurs que Bembo). Il renchérit sur le mot de Lazare ; lui aussi, il se trouve payé avec usure ; que dit-il, de l'usure? c'est de l'anatocisme * ! « Addito huic quidem foenori, quod mihi gratissimum est, etiam anatocismo, tuis scilicet ad me ipsum litteris » Il exalte les mérites propres de Lazare, trop modeste, en vérité, dans la façon dont il s'applaudit d'avoir commerce avec les deux illustres amis : « Nam quod ais hoc te nomine scriptisque nostris legendis, quae uterque nostrum ad te misit, nationis barbarae scriptionisque nubeculam sensim exuere, agnosco humanitatem et lenitudinem tuam, qui, quum sis veteres illos optimos latinitatis magistros praeclare jam in scribendo asseculus, dicas tamen te de nostris lucubrationibus capere quo juvere. Sed de hoc deque reliquis litterarum suavissimis partibus, quum una erimus, quod erit pro-

\ . Terme de droit : capitalisation des intérêts.

pediem. » Il termine en annonçant à Baïf qu'il vient d'être nommé historiographe officiel de la république 1 .

Dans la correspondance d'Érasme, il existe une longue lettre à Lazare de Baïf, écrite à Fribourg en Brisgau, le 13 mars 1531*. C'est une réponse. Lazare avait notifié son élévation au grand humaniste. Avec une affabilité un peu narquoise, celui-ci se réjouit de ce que les honneurs, en comblant Baïf, ne lui font point oublier ses amis. Surtout, il l'envie d'exercer ses hautes fonctions en un lieu si favorable aux études littéraires, « in urbe, praeter alias innumeras félicitâtes, etiam viris eruditissimis ac bibliothecis locupletissimis florentissima ». Dans l'enivrement de son bonheur, notre diplomate s'était vanté de goûter à Venise « otium cum dignitate ». Il a bien de la chance! Érasme, lui, pourrait prendre comme devise : « negotium absque dignitate ». Nulle morgue, du reste, et une modestie qui s'exprime en un latin d'une simplicité bien spirituelle. Érasme ne veut pas qu'on l'appelle grand : « Qui titulus haud quadrat in hoc corpusculum, minus in fortunam, minime in ingenium ». Érasme félicite Baïf de songer à devenir Irilinguis. (Bappelons-nous Budé, qui fondait -à Paris Tinslitulion qu'on appellera Collegium trilingue.) Il lui donne des renseignements sur des personnages vénitiens qu'il avait connus en Italie, sur Egnazio et sur Lazare Buonamici. Enfin, la lettre nous apprend que Baïf trouvait en lui un intermédiaire obligeant auprès de Froben, l'imprimeur bâlois, pour la publication de ses opuscules latins.

Car il travaillait. Ni la société ni la' correspondance des érudits ne suffisaient à son amour de l'érudition. 11 explorait les

1. Bembo, op. cit., p. 2G0-2fi1. Lettre du TO septembre 1550.

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