Voir plus loin, Pièce justificative n° F
3. F. Aub£»t, Le Parlement de Paris de Philippe le Bel à Charles VII (1314- 1422). Son organisation. Paris, 1887, p. 110.
Et précisément nous trouvons le nom de Baïf mêlé à un incident qui eut pour cause la violation de cette règle. En Tannée 1536, le roi avait nommé conseillers clercs les sieurs Bertrand Le Lièvre et Jacques Desligneris, tous deux mariés. Le Parlement s'émut d'une dérogation aux vieux usages. Connaissant le crédit de Lazare auprès du roi, il le chargea d'aller présenter des lettres de remontrance à François I er , qui se trouvait alors dans la petite ville de Crémieu en Dauphiné. Le roi renvoya Baïf au chancelier. Celui-ci aurait pu invoquer des précédents f ; il déclara ne pouvoir revenir sur la nomination du second des deux conseillers, nomination signée « en faveur du cardinal Du Bellay et du sieur de Langey, son frère, qui faisoient beaucoup de services au Roy ». Pour l'autre conseiller, on l'avait pourvu d'un office de conseiller laïque : la question ne se posait plus à son sujet. Le chancelier promettait qu'on pourvoirait de même son collègue, « de sorte que l'ordre de l'institution des conseillers de ladite Cour seroitmis en son estât ». Baïf rendit compte de sa mission au Parlement réuni en audience solennelle, le 20 mars 1536 (a. s.), et le Parlement en fit mention sur le registre de ses arrêts*.
Baïf mit à profit les loisirs que lui laissaient ses nouvelles fonctions. En août 1536, il fit imprimer par Robert Estienne son traité De re navali (avec les deux traités précédents, et le Discours de Telesio, De coloribus*, le tout en un seul volume. II
1. F. Aubert, Le Parlement de Paris de Philippe le Bel à Hharles VII (1314- 1422). Son organisation. Paris, 1887, p. 56, 1 16.
2. Archives nationales, X lA . Registre 1539, fol. 172. Voir plus loin, Pièce justificative n° VI.
3. Antonii Th^lesii Consentini libellus de coloribus y précédemment imprimé à Venise en 1528. Sur Antoine Telesio de Cosenza, qu'il ne faut pas confondre avec son neveu Bernardin, voir N. Toppi, Biblioteca napoletana. Naples, 1678, p. 32. — F. -G. Frettag, Adparatus litterarius. Leipsick, 1752-1755, t. II, p. 1040. — Cf. Epistolae clarorum virorum. Venise, 1556, ff. 111, 113, 114, 115. — (J. Grutkr), Delitiae poetarum italorum. Francfort, 1608, t. II, p. 1154 sqq.
dédiait le De re navalik François I er , le Devasculis au chancelier de France Antoine Dubourg ; le De re vestiaria conservait sa dédicace au cardinal de Lorraine). L'ouvrage obtint un grand succès et classa l'auteur parmi les érudits de premier ordre. Dans un recueil d'épigrammes publié en cette occurrence par un poète peu connu, Yulteius (Voulté? Faciot? Visagier?), je relève deux distiques De libro Bayfii :
Romanas vestes docuit qui serica fila, Yestibus est liber pellibus exiguis.
Le sens n'est pas des plus clairs, mais on saisit l'allusion» Et ensuite :
Gratia tam parvi non est ingrata libelli, Perpetuum hoc solo nomine nomen habes 1 .
Yulteius ne vise que l'opuscule sur les vêtements. Les Hymnes du poète Jean Salmon, dit Maigret ou Macrin, qui virent le jour à la même date, fournissent le complément de cet éloge. Dans une longue pièce adressée à Baïf, Macrin salue en lui à la fois la lumière du Parlement, « lumen supremae Curiae », et le restaurateur des études en France par ses savantes disquisitions, et notamment par ses illustrations nautiques :
Débet disertus causidicus tibi, Débet juventus, Lazare, gallica, et Si nosse cui curae est biremes Usa quibus pelago vetustas *.
1. J. Vulteii Remensis Epigrammatum libri IV. Ejusdem Xenia. Lyon, 1537,
2. S. Macrini Hymnorum libri VI. Paris, 1537, p. 83-84. Voir plus loin, Pièce justificative n° F//, le texte entier de la poésie de Macrin en l'honneur de Baïf,
Macrin ne parle que de la Res navalu, l'œuvre principale et préférée de Baïf. Il le remercie au nom des Muses d'avoir lutté contre l'ignorance et la barbarie, comme Budé, « consorte Budaeo ». Une autre fois, il le mettait encore sur la même ligne que Budé 1 ; nul compliment ne pouvait plus sincèrement flatter notre humaniste.
Un an après le recueil de ses commentaires latins, Baïf adonna une traduction en vers français de Y Electre de Sophocle, « ladicte Tragédie traduicte du grec dudit Sophocles en rythme françoyse, ligne pour ligne, et vers pour vers, en faveur et commodité des amateurs de Tune et l'autre langue ». En même temps, il dispensait autour de lui les trésors d'une érudition qu'il avait fortifiée à Venise par la lecture et la méditation des textes manuscrits. En 1536, Robert Estienne fit paraître la seconde édition de son Thésaurus linguae lalzrwe. Dans la préface, il déclarait avoir recherché le secours des hommes les plus savants de son temps : « A doctissimo quoque aetatis hujus quidquid in hoc commentandi génère annotasset, et poposcimus, et accepimus... ». Et il les nomme dans cet ordre : Budé, dont il proclame longuement les mérites, Lazare de Baïf et Jacques Toussain ou Toussaint (Tusanus). De Baïf, il parle en ces termes : « Navavit operam et Lazarus Bayfius, vir clarissimus, si quid enim obscurum et implicatum occurrebat, ille qua est humanitate nobis aperuit et explicavit ». Singulière destinée des réputations littéraires! Yoilà de graves paroles, qui ne périront pas plus que le
1. S. Macrini.,.. Hymnorum selectorum libri III. Paris, 1540, p. 77 :
Il la [Gallia] Italorum nam studii aemula
Te [Guillaume Du Bellay], Lazarumque, et Longolium tulit,
Magnumque Budaeum, ac Siinonem
Villa cui nova nomen indit
Rabelais mentionne Simon de Villeneuve (III, 3). Sur les rapports de celui-ci avec Longueil, voir Longueil, op. cit., ff. 101, 105. 105 v°, 106 v°, 107.
monument au devant duquel elles sont inscrites ; et la postérité semble n'y avoir prêté nulle attention. Je place à la même époque la collaboration de Baïf et de Lambin, éditeur de Cicéron. (L'édition de Cicéron parut plusieurs années après la mort de Baïf, mais on connaît la lenteur proverbiale de Lambin.) En tête de son ouvrage, Lambin énumère les savants qui répandaient alors en Europe les lumières de l'humanisme, et, dans le groupe français, il cite Baïf. Plus loin, il dress*. une liste de tous ceux qui l'ont aidé, « qui eum aut conjecturis probabilibus, aut libris veteribus adjuverunt» :Budé d'abord, naturellement; immédiatement après, Lazare de Baïf; puis les autres. Il y a plus : Baïf se rendit utile à Budé lui-même. Il lui communiqua, pour une édition remaniée du De Asse, la vraie leçon d'un texte grec, service que Budé paya de ce précieux jugement : « Lazarus Bayfius, u traque lingua doctissimus, ut scripta ejus testantur 1 ... ».
On devine si, parmi ces travaux, il avait à cœur l'éducation de Jean-Antoine. Nous tenons de celui-ci qu'il savait à peine parler lorsque son père le mit entre les mains des meilleurs maîtres, et lui fit apprendre le latin et le grec :
Je ne fu pas si tost hors de l'enfance tendre La parole formant, qu'il fut soigneux de prendre Des Maistres les meilleurs, pour deslors m'enseigner Le Grec et le Latin, sans rien y épargner.
Le poète nomme au roi ses professeurs :
Charle Etiene premier, disciple de Lazare, (Le docte Bonamy), de mode non barbare M'aprint à prononcer le langage Romain :
Ange Vergece Grec, à la gentile main