Yi'ir sa Vie par Renaud Pôle
Baïf. Le séjour qu'il fit avec celui-ci à Rome dut compter parmi les joies de sa jeunesse: plus lard, écrivant à Budé, il aimait encore à s'en souvenir 1 .
Au reste, ce voyage des deux amis avait un motif particulier, que nous révèle Louis Le Roy, dit Regius, dans sa Vie de Budé. Seul, ou guidé par un Grec besogneux et ignorant, Budé avait entrepris l'élude du grec ancien, que personne ne savait en France. Lascaris, attiré à Paris par Charles VIII et retenu par Louis XII, lui donna une vingtaine de leçons. Ce fut une révélation : ce précieux secours et un labeur acharné produisirent des progrès merveilleux. Budé devait consacrer sa vie entière à ces études grecques, pour lesquelles Lascaris lui-même attestait qu'il avait fait autant en France que jadis Cicéron en Italie*. Et, en effet, l'homme qui dans ce temps a représenté chez nous à la fois la science et la passion de l'hellénisme, c'estBudé. Il y eut là pour lui comme une fonction, presque un sacerdoce, en même temps qu'un privilège dont il se montrait jaloux avec transport. Christophe de Longueil eût désiré que Budé lui enseignât le grec. Il le supplia ; Budé refusa obstinément. Que faire alors? S'adresser à l'homme qui avait dirigé Budé luimême, à Lascaris, qui se trouvait à Rome depuis l'élévation de Léon X. Longueil proposa à Baïf de se rendre ensemble à Rome. On s'y instruirait, et, au retour (car les projets de la jeunesse visent très loin), on se vengerait du refus de Budé en lui disputant sa suprématie. Ils partirent pleins d'enthousiasme 5 .
De ce récit de Le Roy, il convient de rapprocher ce que dit
1. Christophori Longolii... Epistolarum libri IV. Florence, 1524, fol. 81, v\
2. Témoignage rapporté par Lazare de Baïf: « Budaeus... vir de quo dicere solet Janus Lascaris, quod olim de Tullio dixit Apollonius». (De re vestiaria, I.) Le Roy cité le propos d'après Baïf, qu'il appelle « vir amplissimus atque eruditissimus ». G. Budaei viri clariss. Vita per Ludoyicum Regium. Paris, 1540, p. 12.