‹ Lazare de BaïfChapitre 6 sur 79 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Barf le poète, dans l'Épître à Charles IX qui précède ses Œuvres en rime •

Sire, grâces à Dieu, je nasqui fils d'un Père

Serviteur bien aimé du Boy vostre Granpere,

De ce grand Roy François à qui seul nous devons

Tout cela que d'humain et gentil nous avons

Des livres du viel tems. Mais à vous débonnaire,

Qui les entretenez d'un loier ordinaire,

Nous les devons encor. Luy père et créateur :

Et vous serez nomé des arts conservateur.

Ce mien Père Angevin, gentilhome de race,

L'un des premiers François qui les Muses embrasse,

D'ignorance ennemi, désireux de sçavoir,

Passant torrens et mons jusqu'à Rome alla voir

Musure, Candiot : qu'il ouït pour aprendre

Le Grec des vieux auteurs, et pour docte s'y rendre :

Ou si bien travailla, que dedans quelques ans

Il se fit admirer et des plus sufisans... '.

Marc Musurus, né à Rhétymno, dans l'île de Crète, vers 1470, élève de Lascaris, a édité Platon, recueilli Jes scolies de plusieurs comédies d'Aristophane, et collaboré à la publication des lettres de Cicéron imprimées par Aide en 1513. Après atoir enseigné le grec à Padoue, il se rendit à Rome sur les instances de Léon X, pour organiser, de concert avec Lascaris, ce célèbre collège grec du Quirinal, qui, destiné à servir en quelque sorte d'école normale de l'hellénisme, reçut à la fois des jeunes gens appelés à cet effet de Grèce, et d'autres appartenant à diverses nations. Lascaris fit le règlement de ce gymnase ; le grec y était enseigné par lui et par Musurus. Le passage d'Antoine de Baïf a pour nous cet avantage de nous fournir une indication sur la date du séjour de son père à

1. J.-Ant. de Baïf, Œuvres, éd. Marty-Laveaux. Paris, 1881-1890 1. 1, p. iv.

Rome. Lascaris fonda le collège du Quirinal en 1 5 1 6 l ; Musurus mourut peu après, en 1517*. Lazare de Baïf a donc compté parmi les premiers élèves du collège grec. D'autre part, il séjourna à Rome pendant assez longtemps : « dedans quelques ans », dit son fils ; « quinquennium », dit très précisément Le Roy. Or, je crois qu'il faut faire remonter le point de départ de ces cinq ans à une époque un peu antérieure aux années 1516-1517, car Longueil mourut à Padoue en 1522, après de nombreux déplacements et des péripéties qui ont dû remplir les trois ou quatre dernières années de sa vie. Les deux amis auraient donc vécu à Rome de 1514 à 1519 ou environ ; autrement dit, ils y seraient venus à l'époque même où Léon X, élevé à la papauté, appela auprès de lui Jean Lascaris. Les cinq ans écoulés, nos jeunes écoliers n'avaient pas oublié leur grand projet, et Longueil écrivit une lettre grecque à Budé, pour l'informer de leurs travaux, pour le mettre à même de juger des résultats, et pour lui recommander Baïf 5 . Budé répondit. Écoutons Le Roy : « [Longolius] graece epistolam ad Budaeum misit, jam tum sese homini arbitratus exaequatum. Cui Budaeus tam concinne et accurate rescripsit (exstat autem epistola), ut Longolium primum in admirationem summam adduceret, deinde etiam in desperationem. » Et Baïf découragé proposa à son ami d'abandonner une lutte sans espoir.

Celte réponse grecque de Budé, dont Le Roy disait qu'elle existait encore, on peut la lire dans la correspondance du grand helléniste*, monument si curieux pour l'histoire littéraire de ce temps, et qui attend encore une étude particulière. Budé

1. E. Legrand, Bibliographie hellénique. Paris, 1885, t. I, p. cxvm.

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