‹ Lazare de BaïfChapitre 55 sur 79 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

dits protestants, venus de Strasbourg à Haguenau, comme Jean Sturm, qui, vingt ans plus tard, se vantait encore de ces relations 1 , comme Nicolas Gerbel, un des plus zélés propagateurs des études classiques en Allemagne. Ce dernier, écrivant à Joachim Camérarius, son ami, déplorait de ne pouvoir lui répéter de bouche les entretiens philologiques qu'il avait avec le savant diplomate : « Utinam coram mihi liceret refèrre tibi, quae Hagenoae cum doctissimo viro D. Lazaro Bayfio de Historicis Graecis, deque elegantissimo loco institutionum de pub. lud. sub finem, ubi vulgo inXerolopho legitur, egimus* ». Pendant ce temps, le fils de Gerbel adressait gravement à l'ambassadeur un dessin de sa main, avec une lettre latine, d'une latinité bien intentionnée et encore un peu bégayante, qui nous montre comme les premières armes d'un jeune humaniste 3 .

La tiédeur trop sincère de Baïf envers les intérêts de la Réforme allemande inquiéta le cardinal Du Bellay, qui l'avait désigné au roi pour cette ambassade. Du Bellay obtint du roi l'envoi secret d'un autre député, muni des mêmes instructions que Baïf, et à l'insu de celui-ci. C'était le protégé et le familier du cardinal, Jean Sleidan, le futur historien*. Baïf revint en France 5 . S'il faut en croire Sleidan, celui-ci tenait du car-

1. Lettre de J. Sturm à F. Hotman : Calvin, Opéra, t. XVIII, 494.

2. 1" juillet 1540, lettre de Nicolas Gerbel à Joach. Camérarius. Tertius libellus epistolarum H. Eobani Hessi et aliorum quorumdam virorum... editus autore Joachimo Camerajuo. Leipsick, 1561, N 1.

3. Voir plus loin, Pièce justificative n° XIL Cette lettre existe en copie manuscrite à Strasbourg, aux Archives de Saint-Thomas (Epistoîae ad historiam ecclesiasticam saec. XVI. pertinentes). J'en dois la communication à l'obligeance de M. F. Blumstein, Conservateur de la Bibliothèque municipale de Strasbourg.

4. Relation de Bucer aux conseillers de l'électeur de Saxe : Archives de Weimar. Voir Moses, op. cit. y p. 50; Baumgarten, op. cit., p. 8.

5. Catalogue des Actes de François / er , t. IV, p. 155 : du 12 novembre 1540, mandement au trésorier de l'épargne « de payer à Lazare de Baïf, ancien ambassadeur en Allemagne et en Roumanie, 484 livres 15 sous à titre de remboursement ». On donnait habituellement le nom de Roumanie à tout le pays occupé par les

dinal Du Bellay que le roi reçut Baïf avec colère, en lui reprochant de n'avoir pas cherché à rassurer les protestants au sujet des édits. Sleidan raconte même, toujours d'après Du Bellay, la scène suivante : Baïf s'étant rendu chez le roi pour lui dire que le pape réclamait une copie du discours prononcé par lui à Haguenau, le roi aurait répondu qu'il ne trouvait pas bon que Baïf donnât ce discours, et que, « d'ailleurs, il avait cru remarquer que les protestants n'y avaient pas trouvé grand plaisir 1 ». Ou Du Bellay et Sleidan ont inventé ces faits un peu étranges, ou il n'entrait que de la politique dans ce désaveu de commande : la suite de notre récit prouvera assez que Lazare de Baïf ne perdit pas la faveur du roi.

Son ambassade avait eu un grand éclat, dû en partie au prestige personnel de l'ambassadeur. Les biographes et les panégyristes de Bonsard font ressortir les avantages qui résultaient pour son instruction d'un tel voyage, accompli avec un tel homme. « Il commença, dit Binet, à pratiquer avec jugement les meurs et façons estrangeres, à observer curieusement les choses plus remarquables, et faire son proffit de toutes. Il apprit en peu de temps la langue alemande, ayant l'esprit capable de toutes disciplines, qu'il façonna beaucoup en la compaignie d'un si scavant personnage, que les plus doctes d'Alemaigne recherchoient, non tant pour le rang qu'il tenoit, que pour sa doctrine singulière 1 . » Bonsard, dans son Elégie à

Turcs. Ici, l'expression signifie que Baïf est allé en Allemagne, chez le roi des Romains, Ferdinand d'Autriche. Cf. B. N., Mss, Fr., Clairambault 1215, fol. 79 : « Lazare de Baïf, conseiller du Roy, naguères son ambassadeur en Allemagne devers le Roy en Romanie et autres princes et seigneurs dudit pays... ».

1. 4 octobre 1540, Sleidan à Bucer; 16 octobre 1540, Sleidan à Jean Sturm. Voir Baumgarten, op. cit., p. 15 et 20.

2. Cl. Binet, Discours de la Vie de Pierre de Ronsard. Paris, 1586, p. 6. Cf. Veillabd, Pétri Ronsardi laudatio funebris. Paris, 1586, fol. 12. — Golletet, Vie de Ronsard (Voir P. Blanchemain, Œuvres inédites de P. de Ronsard. Paris, 1855, p. 27).

Remy Belleau, véritable autobiographie, se félicite aussi de ce que l'ambassade de Baïf lui ait fourni l'occasion d'apprendre l'allemand 1 . Il ne lui fallait pas longtemps ! Très peu après, on le trouve à Turin, chez Guillaume Du Bellay-Langey, gouverneur du Piémont (avant octobre 1540, puisqu'il y rencontra Rabelais, qui en partit à cette date).

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