CHAPITRE V
Lazare de Baïf reprend ses fonctions de maître des requêtes. L'affaire de Condom, 1541-1542. Baïf et la reine de Navarre. — Baïf commissaire en Languedoc et en Poitou, 1544 ; relations avec Jean Bouchet. — Daurat précepteur, chez Lazare * de Baïf, de Jean-Antoine et de Ronsard, 1544. Baïf traduit en vers français YHécube d'Euripide, 1544. — Sa renommée littéraire. Son crédit à la cour : Baïf et François I #r . — Sa mort, 1547. — Conclusion : Contribution de Lazare de Baïf à l'œuvre de la Renaissance littéraire en France.
Baïf recommença à partager son temps, comme avant son absence, entre les devoirs de sa charge de maître des requêtes de l'hôtel du roi et l'éducation de Jean-Antoine.
Vers la fin de Tannée 1541, son nom apparaît dans les démêlés de la reine de Navarre avec Erard de Grossoles, évêque de Condom, catholique exalté, qui se servait de la chaire pour propager les calomnies inventées en Allemagne contre François I er , et accusait la sœur du roi de favoriser l'hérésie des sacramentaires. Marguerite, de sa part, accusait le fougueux prélat d'avoir voulu la faire empoisonner 1 . Elle poussa avec le plus grand zèle ce qu'on appela alors l'affaire de Condom, pour l'instruction de laquelle le roi désigna Lazare de Baïf et un autre. En janvier 1532 (n. s.), elle écrivait à M. d'Isernay, intendant de la maison de Jeanne d'Albret : « Vous scavez comme le Roy a ordonné que MM. de Baïf et Bagie viendroient par deçà avec commission d'informer sur le faict de M. de
1 . F. Gémn, Lettres de Marguerite d'Angoulême, sœur de François /*', reine de Navarre. Paris, 1841, p. 371 sqq.
Condom, et autres choses concernant le proufict du Roy... * ». Je ne sais si Baïf fit le voyage que nécessitait cette enquête, car, dans la suite de la lettre, la princesse se plaint de « n'entendre point parler de la despesche de ladicte commission et encores moins du partement des commissaires », et, au mois de mai suivant, elle réclame encore l'envoi de Lazare de Baïf 1 . En ce même mois de mai 1542, on constate le passage de Lazare en Champagne, où il contresigne des lettres-patentes 5 . En 1544, il fut chargé de « l'aliénation, vente et engagement des domaines, gabelles, aides et impositions en la généralité de Languedoc* ». Même mandat, la même année, pour le Poitou 8 . Là, il dut connaître Jean Bouchet, qui, l'an d'après, eut recours à lui dans des circonstances assez curieuses. Jean Bouchet, procureur à Poitiers , écrivain fécond en prose et en vers, et l'un des premiers poètes qui s'astreignirent à l'alternance des rimes masculines et féminines* (mais après Octavien de Saint-Gelais, le premier de tous à notre connaissance), Jean Bouchet, très réputé en son temps, est surtout connu par une Épître en vers à Rabelais, où il se montre occupé de poésie par goût et de procédure par besoin. Avec Baïf, il ima-
1. F. Génin, Lettres de Marguerite d'Angoulème, sœur de François I 9 ', reine de Navarre. Paris, 1841, p. 380. Cf. Génin, Nouvelles Lettres de la reine de Navarre. Paris, 1842, p. 196.