Gémit, Nouvelles Lettres..., p
5. G. Chevalier, Inventaire analytique des Archives communales d'Amboise. Tours, 1874, p. 11. (Lettres-patentes données, le 17 mai 1542, à « Moustier- Ramé », qu'il faut identifier, je pense, avec Montiéramey, aujourd'hui département de l'Aube, arrondissement de Troyes.)
4. Acte de vente signé de Baïf, le 29 septembre 1544. B. N., Mss, Fr., 26650 (t. 166 des Pièces originales, Dossier Baïf, pièce 6). Cf. Catalogue des Actes de François I", t. IV, p. 668.
5. B. N., Mss, Fr., Ibid. et pièce suivante. Voir plus loin, Pièces justificatives, n» XIII et XIV.
6. J. Bodchet, Les Exclamations... de la noble Dame amoureuse.... Paris, 1555, fol. 4 V.
gina d'ennoblir celle-ci par l'emploi de celle-là. En prévision d'une guerre prochaine, le roi avait décrété une capitation. Bouchet, « chargé de huit enfants » et âgé, dit-il, de près de soixante-neuf ans (voilà qui nous donne la date : 1545), apprit avec chagrin qu'on lui réclamait sa contribution, sous menace de contrainte. Il adressa à Baïf une supplique rimée, véritable demande en remise ou modération d'impôt :
Comme aujourd'huy descendois du Palais Las et fasché, non tant de mes pas laidz Que du deffault d'oppulente practique, Fuz arresté par un sergent publicque.
Lequel me dist : Regardez ce papier; Ce que je fais, non pour le coppier, Mais pour entendre et lire l'escripture, Et la lisant, je trouvay d'adventure :
A cinq escutz est taxé Jehan Bouchet ; Et congnoissant que cela me touche*, Luy demanday : Pourquoi ? qui feit response, Que c'est le Roy, qui faict à tous semonce, J'entends à tous, dist— il, qui ont pouvoir De luy prester argent, pour se pourveoir Encontre ceulx qui luy cornent la guerre....
Si faudra il payer, ou qu'on vous livre (Dist le sergent par grand affection) Sur tous voz biens briefve exécution....
Remarquez qu'en parlant à Baïf, Bouchet implore autant l'humaniste que le magistrat compétent pour statuer^ sur^ sa requête :
Vous suppliant, treshonnoré seigneur, Qui des Latins et Grecz estes l'honneur, Et des François aussi la perle fine, Que la pitié de vous vers moy s'encline, Et me veuillez de ce rolle effacer, Et de l'emprunct entièrement trasser,
A celle fin que par esprit ma plume Puisse en repos travailler sur l'enclume D'invention, et des Muses suyvir Les doulx labeurs. . . *.
En 1544 (quatre ans, dit Jean-Antoine, après avoir fait choix de Toussaint comme précepteur), Lazare de Baïf remplaça celui-ci par Daurat. Certes, Jean-Antoine aimait « le bon Tusan ». Mais il salue avec enthousiasme le jour où il passa sous la discipline de Daurat*. Ronsard, de son côté, a célébré en termes dithyrambiques 5 un enseignement dont il avait partagé le bienfait, je dois dire dans quelles circonstances.
Pendant le voyage d'Allemagne, Lazare de Baïf avait apprécié Ronsard. Plus âgé de huit ans que Jean-Antoine, l'ancien page du duc d'Orléans n'avait pas reçu une éducation classique, comme celle du fils de l'ambassadeur, et il songeait à se mettre sérieusement à l'étude des lettres anciennes. La mort de son père, survenue cette même année 1544, lui procura à cet égard toute liberté, et Lazare de Baïf lui ouvrit sa maison, et lui permit de venir prendre part chaque jour aux leçons que Daurat donnait à Jean-Antoine. « Ronsard, dit son biographe, se desroboit de l'écurie du Roy, où il estoit logé aux Tournelles, pour passer l'eau et venir trouver Jean Dorât. . . . Dorât demeuroit lors vers l'Université, chez le seigneur Lazare de Bayf, maistre des requestes ordinaire de l'hostel du Roy, et enseignoit les lettres grecques à Jean-Antoine, son fils 4 . » Le quartier qu'on appelait l'Université couvrait une partie de la rive gauche. Plus précis, Golletet nous apprend que la maison
1. J. Bouchet, Les Généalogies, Effigies et Epitaphes des Roys de France... avecq 1 plusieurs aultres opuscules. Poitiers, 1545, fol. 142 v°.