‹ Lazare de BaïfChapitre 9 sur 79 · L. Pillart, op. cit., II · texte numérisé non relu

L. Pillart, op. cit., II

2. A. Bexon, Histoire de Lorraine. Paris-Nancy, 1777, p. 234.

3. École française de Rome. Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1886, p. 271 274 (Pierre de Nolhac, Inventaire des manuscrits grecs de Jean Lascaris).

4. Vat. lat. t 4103, ff. 89-90. Voir plus loin, Pièce justificative n 9 L

pagne, afin de rejoindre le roi de France prisonnier. Il s'agit donc de novembre 1525. Ainsi le cardinal était venu de Lorraine à Lyon, et Baïf avait suivi son protecteur. Il nous apprend qu'il fait partie depuis peu de la maison de celui-ci, que la faveur du cardinal alla le chercher chez lui alors qu'il s'y attendait le moins, que le voilà transformé en homme de cour, avec une bonne pension et des loisirs, consacrés à l'étude du grec. Quelle aubaine! Mais il était temps. Depuis trois ans, Baïf n'avait pas touché une drachme, « comme si la pauvreté constituait le lot naturel, non seulement des Grecs et de la Grèce, mais encore de tous ceux qui aiment et étudient les lettres grecques ». Tout cela sur un ton à la fois déférant et affectueux. « Adieu, père, » dit Lazare en terminant. C'est aussi le nom dont il saluait son maître au début de la lettre, « et non sans raison, s'écriait-il, ô toi à qui je dois plus qu'à un père, car celui-ci ne m'a donné que la vie du corps, et toj, tu m'as sauvé de la barbarie en m' hellénisant avec tendresse : eiU^vivtffôei;, goO [/.à^isra dxouSdcÇovToç, 6 rcpiv iy<«) 7ravTà7ca<jw êx6eêapêapo>|/ivoç xoct &o xal àxociSeutftcj: SiaXeXco-

êyjjjivo; ». « Au reste, dit M. de Nolhac, il a raison de demander pour son style l'indulgence du maître, car les barbarismes, les termes impropres, les incorrections de tout genre y foisonnent. » En réalité, si Baïf se fait à lui-même le reproche de barbarie ou plutôt d'ingratitude, à^àpiGTo; tiç elvai *al jîàpêapo;, c'est à raison, non de son style (renseignement de Lascaris y a porté remède), majs du retard qu'il a mis à écrire à son professeur pour lui exprimer sa reconnaissance. Je veux bien, comme on le dit encore, que la lettre porte « toutes les marques de la précipitation dont parle l'auteur, des hésitations, des ratures, des surcharges, et qu'elle n'offre aucune ponctuation ». Mais sur le style même et sa correction, d'excellents juges me déclarent que le grec de Baïf n'est pas

moins remarquable par sa pureté que par son élégance, et qu'il fait honneur du même coup à l'élève et au maître.

On ne passa pas en Espagne, la captivité du roi ayant pris fin peu après, et Baïf put venir se reposer aux Pins, comme le raconte Jean-Antoine. L'année suivante, il publia son premier ouvrage, cette dissertation De re vestiaria promise et attendue. Il la dédiait au cardinal de Lorraine. On s'entretint bientôt du traité De vasculis, qui devait suivre. En septembre 1528, Erasme écrivait à Germain Brice : « Lazarus Bayfius dédit nobis elegantissimo libello gênera vestium, brevi daturusvasa culinaria 1 >n Dans son Dialogus ciceronianus, qui parut cette même année, il présageait à Baïf la plus haute destinée dans la carrière des lettres (et Ton sait si le grand homme ménageait ses éloges) : <c Superest Lazarus Bayfius, qui unico libello de Vestibus, eoque non magno, magnam laudem meruit, summamque spem de se praebuit, si quo coepit cursu pergat, in litterarum stadio*». Enfin, il adressait à Lazare lui-même (toujours en 1528, à la fin) une lettre par laquelle nous voyons que Lazare hésitait, pour publier son second ouvrage, entre Bâle et Paris. Erasme penchait pour Paris, peu désireux, à ce que je suppose, de corriger les épreuves de son jeune correspondant. « Si mavis istic edi libellum tuum De vasculis culinariis, eo quod adsis, et frons occipitio fit prior, probo.... Ne pilus quidem vasculorum acceptus est. Scribam ubi recepero. » Le cardinal de Lorraine avait hâte de voir le nouveau traité : « De vasculis amplector bonam voluntatem Reverendissimi Cardinalis ». Erasme, en répondant avec civilité aux protestations respectueuses du débutant, le félicitait d'avoir trouvé un si puissant protecteur : « Gratulor tuis studiis istum Maecenatem, non minus benignum

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