‹ Lazare Hoche, 1793-1797;Chapitre 17 sur 67 · Exe · texte numérisé non relu

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trente-trois du parlement de Toulouse, allant' à la mort du même' air qu'ils marchaient^ autrefois dans les ce're'monies publiques/ J'ai vu^ trente fermiers généraux^ passer d'un pas calme et ferme ; les vingt-cinq premiers

5 négociants de Sedan, plaignant,' en^ allant" à la mort, dix mille^" ouvriers qu'ils laissaient sans pain. .. J'ai vu tous ces généraux que la victoire venait'^ de couvrir de lauriers qu'on changeait'^ soudain en cyprès : aucune*'* plaijite ne sortait** de leur bouche ; ils marchaient en silence

10 comme frappés de stupeur, et ne savaient'^ que mourir*^ . . Dans ces boucheries d'hommes qu'on appelait fournées plusieurs fois des" générations entières'^ont été absolument détruites*^ en un jour : le respectable Malesherbes, âgé de plus de quatre-vingts"" ans, fut traîné à la mort, à la tête de

15 sa famille entière*'' ; il périt avec sa sœur, sa fille et son gendre, et lafille et le gendre de sa fille. Quatre Brienne'* furent tués à la fois. Dans d'autres fournées, on voyait* réuni ce que la nature avait de plus aimable : quatorze jeunes filles de Verdun,* d'une candeur sans exemple, et qui

20 avaient l'air de jeunes vierges parées pour une fête jiublique,^' furent menées ensemble à l'échafaud. Elles disparurent'^ tout à coup et furent moissonnées dans leur printemps : la cour des femmes avait l'air, le lendemain de leur mort, d'un parterre dégarni de fleurs par un

25 orage... Vingt femmes du Poitou, pauvres paysannes, furent également assassinées ensemble... Il y avait,'* dans les pi-isons de Paris, une foule d'artisans, d'ouvriers agricoles, d'hommes insignifiants et nuls, arrêtés dans les départements et confondus à la Conciergerie avec ce

30 qu'il y avait de plus illustre ; l'obscurité de leur vie, leur misère ne les protégeaient*' pas ; pour un aristocrate, on comptait dix patriotes. " t L'affreuse'^ loi des suspects enveloppait comme d'un réseau toute la population de la France ; les amis des suspects, leurs pai'ents, leurs

35 * Elles étaient accusées d'avoir dansé dans un bal donné à Verdun par les Prussiens. La plus âgée avait dix-huit ans.

t Mémoires de Riouffe. Voyez aussi aux pièces justificatives, Appendiv A, le tableau du régime de la Terreur tracé par M. de Lamartine dans son Histoire des Girondins, t. VIII., p. 121-123.

serviteurs étaient eux-inênies suspects : on be'nis&ait alors les maladies les' plus cruelles et les blessures qui donnaient au moins une chance d'e'chapper, Mt-ce'- par la mort, à réchafaud ; le beau-père de'^ Hoche fut arrétt' et jeté en prison comme coupable' de lui avoir donné 5 sa fille; son beau • frère, le général Debelle, déclaré suspect pour lui appartenir* de trop près, se -lança* au milieu des ennemis à Fleurus, et tomba dans son sans;, atteint'' de sept blessures : " Dieu soit béni !" s'écria Hoche en l'apprenant,' "ces blessures sont un 10 bienfait du ciel ! "

Il cherchait à la • Conciergerie un adoucissement à ses peines et l'oubli de ses m.aux® personnels dans le commerce d'une société chois-ie, dans les entretiens d'hommes et de femmes distingués à divers titres, 15 attendant comme lui leur arrêt de mort, et qui, divisés d'opinion, étaient unis par le sentiment de leur commune misère. C'est là que Hoche connut* l'aimable duchesse d'Aiguillon, Madame de Fontenay, qui bientôt après fut Madame Tallien, et Joséphine de Beau- 20 harnais, appelée à de si grandes destinées, et avec laquelle il s'était déjà rencontré à la prison des Carmes. Huche demandait aussi au travail des distractions forcées ; il rédigeait'" des mémoires," et avait trouvé le moyen de correspondre avec sa femme, à laquelle il 25 ne cessa de prodiguer les témoignages de l'amour le plus délicat et le plus tendre.'- C'est pour elle qu'il souffre'^ et quil s'inquiète. Apprenant' l'arrestation de son beau-père, il lui écrit'* : " Pourquoi un hasard funeste m'a-t-iP* placé sur ton chemin ? Si je ne t'avais pas 30 rencontrée,'^ tu serais heureuse au sein d'une famille honorable. Pardonne-moi": je ne prévoyais'^ pas ce que je t'apportais de tourments et d'ennuis."* Il ne tremble pas pour lui-même, et jamais peut-être il ne montra plus de'* véritable grandeur qu'à l'époque où il 35 se voyait-*^ ainsi dans tout l'éclat de sa gloire, précipité jusqu'au fond de l'abîme. Il conserva dans les fers et dans l'attente du supplice tout la liberté de son esprit,

* Lettre citée par Bergounioux. — Vie de Lazarf Hoche, p. 68.

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