‹ Lazare Hoche, 1793-1797;Chapitre 38 sur 67 · Vil · texte numérisé non relu

Vil

otages, les bestiaux' et les grains, sauf une partie prélevée à titre d'impôt et dépose'e dans les magasins de l'arme'e. Hoche avait recommande' aux officiers de traiter les habitants avec une extrême douceur, de s'entretenir" avec 5 eux, de les bien traiter, de les envoyer même quelquefois à son quartier général, et de leur faire^ quelques présents. Il avait prescrit^ aussi les plus grands égards pour les curés. " Les Vendéens," disait-il,' "n'ontqu'un sentiment véritable, c'est l'attachement pour leurs préties.

10 Ces derniers ne veulent^ que protection et repos ; qu'on leur assure'^ ces deux choses, qu'on y ajoute'' même quelques bienfaits, et les affections du pays nous seront rendues." La ligne que Hoche appelait ligne de désarmement devait envelopper la basse*" Vendée circulairement,

15 s'avancer peu à peu et finir par l'embrasser tout- entière.-''' En s'avançant^^ elle laissait derrière elle le pays désarmé, réconcilié, et le protégeait" contre le retour des chefs insurgés qui ordinairement punissaient'* par des dévastations la soumission à la République et la remise des

20 armes. Deux colonnes mobiles la précédaient pour combattre'^ ces chefs et les saisir s'il était possible, et bientôt en les resserrant toujours davantage,'* elle devait les enfermer et les prendre'® inévitablement. " *

Hoche soumit" son plan de pacification au Directoire,

26 qui l'approuva. On nommait ainsi le nouveau pouvoir exécutif qui avait succédé en France au règne sanglant de la Convention et du Comité de salut public, t Les directeurs appelèrent Hoche à Paris pour'* se concerter avec lui et lui conférer de nouveaux'^ pouvoirs.

30 Le réaction thermidorienne-" était alors dans toute sa violence à Paris, ainsi que dans les principales villes :

• Thiers, Histoire de la Révolutiv française.

t La France s'était (ionné,si à cette époque, une . constitution nouvelle, 22 celle ne l'an III. Cette constitution mcttaitss fin k l'exis-

35 tence de Cor.'cntion nationale : elle plai;ait24 le pouvoir légrislatif dans deuN conseils celui des Cinq-Cents et celui des Anciens, et le pouvoir exdciitif dans iin Directoire composé de cinq régirides qui furent: La Reveillére-Lepcaux, Barras, KcwbcII, le Tourneur et Siéyés bientôt renipUacé par Carnot. Ils entrèrent en

40 loiictions le 27 octobre 1795 (4 brumaire an IV.)

partout l'autorité, soutenue' par le sentiment public, fermait les clubs des jacobins et des sociétés révolutionnaires, et voyait^ se rouvrir* les salons où,* à côté de généraux^ illustres, de publicistes distingués et des hommes politiques qui avaient contribué ou aplaudi 5 à la révolution de thermidor, se rencontraient déjà quelques hommes appartenanf^ à l'anciene" aristocratie et qui, proscrits^ sous la Terreur avec leurs familles, ne se montraient cependant pas hostiles au régime nouveau. Le salon de la belle^ "Madame Tallien (née'° Cabarus) 10 était le plus célèbre comme le plus fréquenté. Hoche y" parut''^ et y" fut l'objet de l'attention générale : ses grands services, son génie, sa jeunesse (il avait à peine vingt-huit ans), étaient autant de'^ titres à l'admiration, et il y ajoutait encore par son grand air,'* par la dignité 15 naturelle" empreinte'^ dans toute sa personne,'® et par la noble simplicité de ses manières. "La loyauté de Hoche," dit'" son biographe déjà cité, " la sincérité de son dévouement à la République, ne permettaient'^ à personne'® de redouter pour elle ce bras glorieux, quelque'^ 20 puissant qu'il fût. -° On ne surprenait,-' dans ses discours, aucune de ces paroles auxquelles'-^ se devine le général qui sera porté à la tjn-annie par la popularité. Ce-® n'était pas un de ces hommes qui éblouissent, dont^" la domination s'exerce par l'entraînement, et qu'on suit^® 25 comme pris-'^ de vertige, dans l'arène oii Dieu leur a permis'* d'étonner le monde."* Il inspirait surtout et au plus haut degré la confiance : on reconnaissait,^® dans tout sa conduite, un sentiment profond d'honneur et de moralité, exception rare à toutes les époques et plus 30 particulièrement dans celle qui suivit'-® le règne de la Terreur : chacun sentait^^ que la cause de la République était en siireté dans ses mains. Le Directoire s'honora en sachant^ le comprendre,^' et ne se montra point jaloux de sa gloire : il approuva toutes les mesures proposées 35 par Hoche pour pacifier la Bretagne et la Yendée ; il lui confia les trois armées des côtes de Brest, de Cherbourg et de l'Ouest, qui n'en formèrent qu'une sous le

* Bergounioux, Essai sur la vie de Lazare Hoche, p. 244-245.

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nom d'armée des cotes Je l'Océan, et à ce grand commandement militaire il unit les pouvoirs civils les plus étendus. Jamais homme, depuis 1789, n'avait eu dans sa main une autorité plus grande : Hoche reçut avec 5 modestie ce témoignage d'une confiance si absolue, et ne s'en montra point enivré. Sa renommée était sans tache : elle était la plus haute et en même temps la plus pure de l'époque; "Hoche enfin était considéré comme le plus glorieux représentant de la République et son 10 plus ferme soutien."*

Après un séjour d'un mois à Paris, Hoche retourna dans l'Ouest pour achever^ d'exécuter ses nouveaux^ projets d'après lesquels une armée tout^ entière* devait envelopper graduellement les provinces insurgées pour* 15 les désarmer. Son vaste plan d'opération devait être suivi® d'abord en Vendée, puis en Bretagne, et il appartiendrait^ à Hoche de déterminer le moment oîi* la soumission des 7-)ays insurgés yjermettrait' d'y^*' substituer, au régime militaire, le régime constitutionnel et légal. 20 Hoche se rendit d'abord à Angers et reconnut^' qu'il avait été fort mal suppléé^^ par le général "Willot, qui avait tout^'' compromis^ en l'absence de son chef. L'indiscipline'* était'^ rentrée dans l'armée ; Charette avait franchi la ligne de désarmement et se montrait de 25 nouveau redoutable : d'autres chefs avaient repris'* les armes ou menaçaient" de les^® ressaisir.

Tout'^ changea'^ de face à l'arrivée de Hoche et, poui assurer l'exécution de son plan de désarmement et de pacification, il comprit'^ qu'il lui fallait'^** d'abord abattre" les 30 chefs survivants''''' et surtout Charette et Stofflet. Celui-ci, surveillé de prés en Anjou et sur le point d'être réduit'^ a l'impuissance, avait recommencé la guerre. Hoche ne lui laissa pas le temps de rallier ses forces : les colonnes républicaines, partant'-* de divers points, l'enveloppèrent 35 de toutes parts, lui firent'^ éprouver coup sur coup deux défaites et le traquèrent dans les bois.^*' Stofflet trahi, dit-on, ''' par quelques-uns des siens, fut livré aux républicains et conduis'* à Angers, où il fut jugé militairement et fusillé.

* Id., ibid.

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