‹ Lazare Hoche, 1793-1797;Chapitre 39 sur 67 · SI · texte numérisé non relu

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Hoche poursuivait^ cependant avec constance son plan de pacification ge'nërale et s'attachait a prévenir- ou à punir indistinctement tous les excès commis^ soit* par les royalistes, soit* par son' arme'e ou par les patriotes. Il provoqua ainsi les plaintes de tous ceux dont^ il con- 5 tenait' les fureurs, il s'attira leur haine et se vit* de nouveau, en Vende'e comme en Bretagne, dénoncé, accusé par tous les mécontents. Plusieurs fois,^ accablé d'une responsabilité immense, poussé au désespoir et se sentant^*' faiblir : ' ' Je puis^ braver les boulets, " disait-il,^- 10 "mais non l'intrigue,"* et il offrit" de resigner ses pouvoirs. H montrait en toute^* occasion, par son exemple, que le véritable amour do la liberté est inséparable dune haute moralité, de la parfaite estime de soi-même. Pauvre, il poussait le scrupule jusqu'au point oii le désintéresse- 15 ment devient- une vertu i-are. L'historien de la Révolution a dit'^ de lui: "Ce jeune général qui aimait^'^ les plaisirs, qui était à la tète d'une armée de cent mille^^ hommes et qui disposait du revenu de plusieurs provinces, manquait cependant quelquefois du nécessaire. 20 Ses appointt^ments, payés en papier, se réduisaient^* à rien : il manquait de chevaux, ^^ de selles et de bi'ides, et il demandait l'autorisation de prendre,-^ en les payant, six selles, six brides, des fers de cheval,'-'^ quelques bouteilles de rhum et quelques pains de sucre, -^ dans les magasins 25 laissés par les Anglais à Quiberon : exemple admirable de délicatesse, que nos généraux"^^ républicains donnèrent sou\ent, et qui allait-- devenu-- tous les jours plas rare. " f

Hoche ne connaissait^ du pouvoir que le fardeau, que la responsabilité qu'il impose : il soupirait après les 30 douceurs de la vie de la famille. Les lettres qu'il écrivait^* à cette époque, peu-^ de mois'-* après les sanglantes scènes de Quiberon, peignent'^ ses inquiétudes, ses tendres préoccupations pour sa femme et pour l'enfant qu'elle porte en son sein. En les lisant,^' on voit* comme 35 il savait-* se dérober aux graves soucis de son vaste commandement pour entrer avec sollicitude dans les détails"^

* Rousselin, Cùrre>,pondance de Hoche, 16 janner, 1796. t Thiers, Histoire de la Récolution, liv. XXXII.

intimes et dans les soins les plus^ minutieux* de la paternité • qui s'annonce. Cette noble indépendance, cette liberté d'action quil aime, cette dignité de caractère, tous ces biens pre'cieux qu'il estime à si haut prix, il les veut* aussi 5 pour son enfant. Dès le berceau, tout doit tondre à ce but. "J'exige," dit-il* à sa femme, que mon enfant n'ait^ point de maillot : il ne faut^ pas qu'U soit^ serré dans des langes comme dans un étau. . . ni lisière, ni bourrelet : laisse-le" marcher sur les* pieds et sur les* mains, sur une

10 couverture, en hiver dans la chambre, en été dans le jardin. . Parle-lui* raison en naissant^°; qu'il te respecte" et t'obéisse" sans te craindre^- ; qu'il t'aime parce que tu es sa mère et non pour des bonbons : que jamais surtout il ne sache" qu'il y a des êtres qui battent'* leurs enfants ;

15 le mien ne doit pas être avili." *

Peu^^ de jours après, c'est à sa femme qu'il donne d'intelligent-s conseils pour elle-même : il s'occupe de compléter son'° éducation comme il s occupera plus tard de celle de son enfant à naître. '° Il dirige ses lectures, il lui enseigiae

20 à arrêter son'" attention et sa l'éflexion sur ce qu'elle lit,'' et la familiarité du langage ajoute à sa précision : " Tu ne dois pas. dit-U,* être un perroquet qui n'entend rien à ce qu'il répète: lis'* peu et analyse beaucoup. . dis'* beaucoup'' de choses en peu'^ de mots : tu le vois,'^ je te traite en ami :

25 je crois-' en avoir le droit, certain que je suis l'auteur dont^ tu retiens'-' le plus volontiers les préceptes." Sa tendresse s'épanche plus loin avec effusion, et l'enjouement se mêle sou* sa plume à la gravité plus que sérieuse^* d'un homme qui a trouvé des mécomptes dans la gloire, et

30 des épines sous les lauriers. "Tu vas'-' bientôt être mère," écrit-il,^ " qu il me sera doux d'embrasser la mère et l'enfant ! que'* de caresses je prodiguerai à l'un et à l'autre ! qui plus que moi-' sait''® aimer ? Pour avoir l'air et le ton mélancoliques, est-il un cœur plus sensible que le mien ?

35 Xon sans doute : de longs malheurs, de grandes pertes ont pu-'' donner à ma tigure, à ma conversation un ton morne et pensif, mais je retrouverai le bonlieur dans tes

* Correspondance manuscrite de Hoche, 21 septembre, 1795, Lettre communiquée par sa famille.

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