‹ Lazare Hoche, 1793-1797;Chapitre 40 sur 67 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

ISs.

bras^ ! \r'y retrouverai également ma gaieté, perdue depuis bien- des années." *

Sa tâche en effet était triste : il tressaillait^ au bruit des combats livrés sur de lointaines frontières par ses compagnons d armes, ses glorieux^ émules ; il leur enviait 5 leurs victoires remportées contre des étrangers, sur le Rhin ou sur les Alpes, tandis (^u'il luttait, lui,^ contre des Farançais'' sur le sol sanglant de la patrie. Il compatissait doublement au malheur des vaincus, '^ mais il n'en poursuivait® pas moins sa tâche ingrate avec autant de con- 10 stance q»ie de vigueur.

De tous les chefs fameux* qui s'étaient fait^ un grand nom dans la Vendée, il n'en restait qu'un, le plus habile comme le plus indomptable. Charette luttait'" encore et, quoique suivi® seulement de quelques centaines d'hommes, 15 le prestige qu'il exerrait^^ sur les esprits était immense, et Hoche comprit^'- que le pays ne serait jamais pacifié aussi longtemps que Charette serait debout sur son sol. Il le lit'* relancer sans relâche par toutes ses colonnes, et confia principalement le soin de sa poursuite à l'adjudant général 20 Travot. Celui-ci ne donna ni repos ni trêve à ses troupes, traquant Charette comme une béte fauve : chaque fois qu'il croyait'* le saisir, Charette lui échappait, refusant toutes les conditions qui eussent'' sauvé sa vie, préférant la mort à l'exil, dur à lui-même, terrible à ses ennemis, 25 cruel aux traîtres, impitoyable aussi pour ceux des siens qui parlaient de paix et de soumission. Il fut enfin attiré dans une embuscade : la lutte suprême dura plusieurs heures, et Charette tomba épuisé. Un Allemand fit^*' alors une action admirable ; il prit" le chapeau de son général 30 et se fit^3 tuer à sa place, tandis qu'un des siens emportait Charette sur son dos à travers le bois et le cachait sous des ronces à l'entrée du taillis de la Chabotterie. Un déserteur le trahit pour obtenir'® sa grâce et le livra aux républicains : Travot accourait,^^ et ce fut à lui que Oha- . rette rendit son épée.

Travot traita son prisonnier avec les égards dus au

Ihid. Lettre du 12 octobre, 1795, communiquée par sa famille.

couiMge et au malheur. Es entrèrent, dans la ville d'Angers, côte àc'ite, s'entretenant' familièrement à travers^ le flot des populations Eiccourues^ à leur rencontre : un mouchoir tuclie' de sang entourait le front de Charette : 5 jaiïiais sa contenance n'avait e'te' plus tière^ ni son regard plus assuré. Transfe're' à Nantes, il y fut juge' et condamne' à mort. L'autorité militaire, au mépris des ordres formels de Hoche, souffrit' que Charette fût* impunément" outragé dans cette même ville oii,® l'année précédente, il

10 avait fait'-* une entrée presque triomphante. L'officier de l'escorte chargée de le'** conduire'^ au supplice le fit''' passer à dessein sous les fenêtres de la maison où s'était réfugiée" sa famille. Sa sœur parut^* à la fenêtre : Charette s'arrêta, leva les^* yeux'* et l'ecouragea'^ du regard et du geste.*

15 Parvenu^^ au lieu fatal, intrépide et calme devant la mort, il resta debout, commanda le feu ; puis s'affaissa doucement sur lui-même.

Sa perte consterna les royalistes et remplit de joie les républicains. Le gouvernement ordonna des réjouissances

20 publiques^^ : Hoche tit^ davantage'^" et rendit l'hommage le plus éclatant à la valeur de ce chef fameux, en ordonnant, le jour même oii il apprit^^ son supplice, que l'état de siège serait levé dans toute la Vendée.

Hoche passa ensuite avec son armée en Bretagne et

25 enveloppa cette province d un large cordon de troupes,

. depuis la Loire jusqu'à Gran ville. Les chouans étaient

hors d'état de lutter contre une si puissante étreinte : ils

lui opposèrent néanmoins une résistance opiniâtre, et se

laissèrent acculer à la mer avant de se soumettre. ^■^ Le

30 Morbilian enfin rendit ses armes : déjà Sapinaud avait remis^^les siennes : toutes les divisions royalistes suivirent^^ successivement cet exemple : Frotté négocia en basse^* Normandie et fut transporté avec les siens en Angleterre : Puisaye se voyant'-^ seul et sur le point d'être pris,^* s'em-

35 barqua pour Jersey. Hoche, maître du pays, y distribua ses cent mille^' hommes dans une multitude de petits cantonnements pour le surveiller et l'enlacer d'un réseau de fer, et il acheva ainsi de le^° soumettre. "

* Informé du fait, Hoche chassa cet oflBcier de» rang^ de l'armée, 40 eomme indigne.

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