‹ Lazare Hoche, 1793-1797;Chapitre 41 sur 67 · Exe · texte numérisé non relu

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n lui restait à l'administier et à le maintenir' en paix, n donna à ces soins quelques mois'' d'un gouvernement doux, habile, e'quitable, exempt de faiblesse comme de violence et, tandis que les hommes exaltés de tous les partis dénonçaient* son* administration comme provo- 5 quante' et oppressive,® il levait partout l'état de siège, abdiquait les pouvoirs extraordinaires dont^ il était investi et renonçait^ volontairement h la dictature. Il plia au joug de l'ordre légal les royalistes comme les républicains, et rétablit l'autorité des lois dans les contrées mal- 10 heureuses® où.^ la force'" seule avait été souveraine durant quatre années. Ilneput^y'^^réussirsans rencontrer d abord, des deux parts, une vive® résistance dont' il eut cruellement à souffrir,'* et pour la cinquième fois il offrit'^ sa démission,* que le Directoire refusa en lui accordant de 15 nouveaux'* témoignages de sa contiance et de son* estime. Hoche reprit'' courage et continua son œuvre sans cesser de tourner ses regards vers le toit domestique, de soupirer après les joies de la famille. Un enfant lui était né'®: Hoche était père''' d'une fille qu'Q nomma Jenny, et sur 20 laquelle il veillait à distance avec une sollicitude passionnée : il exigea qu'elle fût'® nourrie par le sein maternel, et au plus fort de sa dernière'^ lutte en Vendée, la veille même de la prise de Charette, il écrivait'^" à sa femme : "Qu'il doit être touchant le tableau de mon Adélaïde 25 caressant, allaitant ma Jenny ! il manque à mon bonheur : n'en jouirai-je pas bientôt?"! D'autres lettres écrites-" durant son* adioinistration pacifique, nous le montrent si profondément convaincu''" de la nécessité de faire-^ respecter la loi, qu'il veut^^ que sa femme en soit'® pénétrée 30 autant que lui: "Sois toujours bien républicaine," lui écrit-U, ' 'non en parlant politique, mais en ne souffrant'* pas qu'on avilisse,'® chez toi ou en ta présence, les lois constitutionnelles,-^ et en pratiquant les vertus." J II ne comprend'' pas la liberté sans une haute moralité, une répub- 35

* Lettre de Hoche au Directoire, avril 1796.

t Correspondance manuscrite de Hoche. Lettre du 21 mars 1796, communiquée par sa famille.

X M., 3 mai

lique sans des àiues fortes et viriles. " La tienne doit s'agrandir," dit-iU à sa femme, "et ton époux doit t'avoir donne' la portion d'énergie qui te convient.^"*

Hoche agissait^ comme il parlait^ : toujours ferme et 5 digne, juste avant tout,* aimant mieux conque'rir' les cœurs par des bienfaits que par la violence. Il imposait, sous les peines les plus rigoreuses,^ le respect des proprie'te's et des personnes, et en même temps il rétablissait le culte dans tous les lieux^ soumis* à son autorité. Avant

10 Bonaparte, il proclama la tolérance religieuse" et rouvrit^** les églises. Tant^^ de soins intelligents, tant" d'activité, de prudence et de probité portèrent leurs fruits et réussirent à gagner au général Hoclie l'estime et la confiance des populations de l'Ouest ; sa parole loyale était respectée

15 comme la loi vivante^^ et les habitants préféraient une simple promesse de lui à tout^^ engagement contracté avec le gouvernement ; les prêtres surtout se montraient reconnaissants'' et lui étaient dévoués: " Dieu lui-mêm«>," écrivait" l'un d'eux, "satisfait'* de ce que vous avez fait'®

20 pour le soutien de sa religion, pour la conservation de ses ministres, qui sont vos frères, écoutera favorablement les prières que nous ne cessons" de lui adresser pour vous, et vous comblera de ses bénédictions."!

Hoche réconcilia ainsi les départements de l'Ouest

25 avec la République : il pacifia la Bretagne et la Vendée, et c'est sa plus grande gloire. N'ayant pu'® le vaincre^^ par les armes, le parti royaliste essaya de le^" gagner ; avant de s'adresser à Bonaparte, il rappela à Hoche le rôle de Monck en Angleterre et fit^' briller à ses yeux^- l'épée de

30 connétable, que Hoche repoussa noblement, sans dédain comme sans jactance. Fidèle à la République et rejetant les avances de ses plus ardents adversaires, il éclairait d'autre part le Directoire sur leurs intrigues, d'un style persuasif et respectueux, bien différent du ton

35 menaçanf^^ dont-* parlera plus tard à ce même gouvernement le héros de brumaire. Plaidant pour quelques patriotes et signalant les dangers de la réaction thermi-

* Id.

, ibid.

t Lettre du curé de Lesviére à Hoche.

dorieune,^ Hoche écrivait" au ministre : "Pourquoi violer les lois et faire^ juger militairement quelques malheureux^ exalte's ? Ils m'ont proscrit* : je ne puis'' être taxe' de partialité en leur- faveur, mais je parle pour les principes : . ."^ est temps. De'fiez-vous de ceux qui, avec 5 des formes élégantes et polies, vous donnent le change sur la situation de la République, et qui désignent les patriotes aux poignards des assassins en les peignanf comme des terroristes .... Si l'Hôpital et Sully, animés du bien public, osèrent dire® la vérité à leur roi, à leur 10 maître, sans doute vous pardonnerez à un soldat républicain d'avoir imité ces grands hommes dans leur simplicité."

Hoche était alors à l'apogée de sa gloire et de sa fortune : le Directoire reconnut^ les services qu'il avait 15 rendus^" et lui donna la récompense la plus enviée'^ à cette époque où^ le luxe, inséparable des invasions et des conquêtes, n'avait point altéré les mœurs de nos arme'es, et où les généraux'^ conservaient encore quelque chose de la simplicité antique : il décréta qu'il serait fait" don à 20 Hoche, comme récompense nationale, de deux magnifiques chevaux'^ et d'une paire de pistolets d'honneur,* et proclama que l'armée de l'Océan et son chef avaient bien mérité de la patrie.

Expédition d'Irlande.

La pacification de la Bretagne et de la Vendée enlevait à l'Angleterre l'espérance de triompher de la République en s'appuyant sur les provinces de l'Ouest. Cette puissance voyait^^ au contraire cinquante mille^^ 30 hommes disponibles désormais pour quelque redoutable

* Voyez aux pièces justificatives Appendix C.

entreprise contre elle-même, et Hoche avait, depuis l'époque de sa brillante défense de Dunkerque, conçu la * pensée d'une descente sur les côtes d'Angleterre ou d'Irlande. Le moment d'exécuter ce grand projet 5 semblait venu,^ et c'était en'^ Irlande qu'il voulait^ porter le premier coup à la puissance britannique.''

L'Irlande alors opprimée était un foyer permanent d'insurrection, et l'association de defenders ou Irlandais unis préparait un soulèvement général contre l'Angle- 10 terre. Cette association, appuyée d'une part sur la sympathie de toute la population catholique et d'autre part sur une armée française,* pouvait^ atteindre® son but, qui était de séparer l'Irlande de l'Angleterre : elle appelait les Français'^ à son aide et promettait^ à l'expédition 15 projetée par Hoche de^ grandes chances de succès.

La France couvrait'" alors ses" frontières de jeunes républiques, et Bonaparte saisissait les imaginations par ses merveilleux'^ exploits en Italie. Hoche, retenu^^ par les pénibles soins de la pacification de l'Ouest, avait 20 suivi^* de son'^ ardente pensée le vainqueur d'Arcole à travers tous ses champs de victoire : " Glorieux jeune homme," s'écriait-iP" en se frappant le" front, "que je te porte envie ! " Il brûlait de faire^^ d'aussi grandes choses, et de trouver un champ de gloire digne de son génie : il 25 projetait donc de révolutionner l'Irlande, de la transformer en république ; puis de passer en Angleterre et de la frapper au cœur. Il fit'* adopter son projet par le gouvernement qui, après s'être concerté avec les chefs des révolutionnaires irlandais,* prépara à Brest une 30 grande expédition donf-'^ Hoche eut le commandement.

Par suite du traité de Saint-Tldephonse, qui établissait avec l'Espagne une alliance offensive'^' et défensive," la marine espagnole* unie à la marine française* permettait® de disputer l'empire de l'Océan aux Anglais : mais les 35 forces maritimes de la France et de l'Espagne étaient dispersées dans toutes les mers : leur réunion demandait un temps considérable, et l'ardeur impatiente de Hoche n'admettait^ point de longs délais. Il redoubla d'activité, et puissamment^^ secondé par le ministre de la marine 40 Truguet, il se hâta de combler les grands vidps faits '^

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