‹ Lazare Hoche, 1793-1797;Chapitre 42 sur 67 · CO · texte numérisé non relu

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dans le corps d'officiers de l'escadre de Brest par l'émigration et les désastres de Quiberon, et il re'ussit à mettre' proniptement la ilotte sur un pied formidable.

Le corps expe'ditionnaire devait être formé de plusieurs divisions de l'armée de l'Océan, que rendait 5 disponibles la pacification de la Bretagne et de la Vendée, et qui furent dirigées sur Brest : Hoche y joignit'^ deux légions, qu'il nomma légions des Francs : il composa la première^ des officiers et des soldats les plus résolus,* audacieux-^ jusqu'à la témérité ; il forma la 10 seconde, il faut^ le dire,"^ d'éléments indignes, et c'est* un reproche pour sa mémoire^. Détestant l'Angleterre, partageant'" de tristes préjugés et regardant, en haine du gouvernement britannique,'^ le peuple anglais" comme le suppôt de ministres perfides et d'une odieuse'- aristo- 15 cratie, tous les moyens lui semblaient permis'* pour'* abaisser et pour'* désoler cette fière* nation : il agit en conséquence et fit'" entrer dans cette seconde légion tout ce qu'il put'® ramasser de gens perdus, de bandits et de massacreurs, et il la init^ sous le commandement d'ur. 20 chef étranger connu'' par sa sauvage énergie.* Cette légion devait aborder en Angleterre pour abuser l'ennemi sur la véritable destination de l'escadre portant'^ le corps expéditionnaire : elle eut l'ordre de débarquer à l'embouchure de la Saverne, de se porter 25 de nuit sur Bristol, d'incendier cette ville et de semer la dévastation dans les campagnes environnantes •.^'•' puis de se rembarquer pour jeter plusieurs (îetachements sur diflférents points du littoral en portant partout la mort,-" le ravage et l'incendie, attirant ainsi sur elle et 30

* La premières pensée de la composition de cette légion infernale appartientîi au général républicain Labarrolière,, qui en fit22 l'objet d'une note dont23 Carnot se sernt34 plus tard dans une instra tion rédigée par lui pour l'établissement d'une choiiannerie en Angleterre. On en trouvera quelques extraits à la fin du volume, Appendix D. 35 Hoche en obtint22 communication et eut le tort d'en faire usage dans la comp >sition de sa seconde légion des Francs et dans les instructiona qu'il lui donne.

Voyez, pour de plus amples renseignements à ce sujet, un intéressant écrit de M. le général marquis de Grouchy, publié sous ce titre : Le 40 général de Grouchy et l'Irlande en 1796.

retenant en Angleterre une partie considérable des forces britanniques,' tandis que l'expédition cinglerait vers la côte irlandaise.^

Le Directoire avait envoyé à Hoche de pleins pou- 5 voirs pour diriger à sa volonté l'expédition qu'il préparait avec tant'^ d'ardeur et déjà vingt mille^ hommes de troupes étaient réunis à Brest, prêts* à s'embarquer en novembre 1790. Mais l'état de la marine laissait beaucoup à désirer : le dévouement et l'activité du

10 nouveau chef donné à la flotte de Brest n'avaient pu'"' suppléer à tout^ ce qui lui manquait encore. Les approvisionnements n'étaient pas faits': les vides énormes que l'émigration et ses suites désastreuses" avaient ouverts^ dans les rangs des ofl&ciers,* étaient

15 mal comblés ; beaucoup- d'officiers nouveaux'" manquaient d'expérience et avaient à combattre," à leur bord, l'indiscipline et l'insubordination, et cet état de choses créait sans cesse de nouveaux'*' obstacles.

Hoche, irrité de tant^ de délais, apprend.^ que l'Irlande

20 est en pleine révolution, il entend dire'^ que les insurgés ont expulsé de Tile dix mille^ Anglais envoyés pour les soumettre.'* Son sang bouillonne, il ne mesure pas le danger : il a promis'^ de secourir'® les deferiders irlandais ; il n'attendra pas la flotte ; il partira" seul, et il écrit'^ au

25 Directoire : "J'ai donné ma parole que j'irais'* trouver ce brave peuple, je dois la tenir. ^ Permettez-moi^' de partir'' avec une frégate, vous m'enverrez,^ cet hiver, tel secours que vous jugerez convenable. Je demande une frégate, parce que l'escadre n'est pas prête-^ à sortir^* et

30 que, tandis qu'un peuple généreux et confiant brise ses fers, on nous fait' ici les scènes les plus désagréables . . . Les généraux-^ Villaret et Morard de Galles ont bien voulu-* promettre'' de me seconder : je compte sur leur parole. . . "t

35 * Lors d'une premières" risit* que firent" ensemble Hoche et l'amiraJ Villaret dans le port de Brest où mouillaient beaucoups de navires désemparés, Hoche s'informa de ce qu'étaient devenuszs les officiers qui les avaient glorieusement commandés.» Villaret répondit : " Perdus pour la France, morts» à Quiberon ! "

40 t Lettre de Hoche au Directoire, 3 novembre, 1796.

Le Directoire n'accorda point la permission dcmande'e par le jeune et ardent géne'ral. Un mois s'e'coula encore après lequeP Hoche, perdant tout à fait patience, céda au de'couragement, et écrivit^ au ministre de la guerre : "Après bien^ des travaux,* je me vois^ contraint® 5 de renoncer à mon^ entreprise, notre de'testable marine ne peut' et neveut^rien faire. ^'^ J'offre^^au gouvernement les seize mille^ hommes que j'ai re'servés^^ pour l'expédition ; attendre plus longtemps serait les exposer à pe'rir de faim et de misère. Obtenez,^^ je vous en supplie, 10 que je ne les quitte^^ pas: je les conduirai^® oà l!on^" voudra^ en qualité de général divisionnaire, et quel que soit^ l'homme sous lequeP on me placé, '^ soyez convaincu^® que je remplirai mon devoir. " *

Les directeurs à qui cette lettre fut soumise^^ l'accueil- 15 lirent-" mieux'-^ que la précédente. Ils avaient peu'-' de confiance dans le succès de l'expédition, quoiqu'ils eussent'-^ donné à Hoche tout pouvoir pour agir : en lutte avec les conseils législatifs, ils méditaient un coup d'Etat pour affermir leur autorité chancelante,-* et déjà ils avaient jeté 20 les yeux"^ sur Hoche comme sur l'homme le plus propre à seconder leurs vues, osant compter sur son dévouement absolu à la cause républicaine et sur l'attachement de l'armée pour sa personne.-® Ils le virent^ donc avec une secrète-^ satisfaction renoncer de lui-même à une entreprise 25 difficile qui, selon toute'-^ apparence, le tiendrait-^ éloigné au moment où^" ils prévoyaient^^ qu'ils auraient besoin de lui, et après avoir hésité dix jours, ils décidèrent que l'expédition n'aurait pas lieu et appelèrent Hoche à Paris. Il était trop tard : lorsque l'ordre du Directoire 30 parvint à Brest, déjà Hoche s'était ravisé ; la confiance lui était revenue,^- "son cœur de flamme avait tout entraîné : la flotte avait appareillé depuis deux jours et faisait^ voile pour l'Irlande.

L'armée expéditionnaire était forte^ d'environ quinze 35 mille''^ hommes. L'avant-garde était sous les ordres du général Lemoine : Grouchy, le plus ancien des généraux*^

* Lettre de Hoche au ministre de la guerre Petiet, 8 décembre, 1796.

lOO BIÙuKAPHlE.

divisionnaires, commandait le corps de bataille, et le général Hurty l'ai-rière-garde ou la réserve. La flotte comptait dix-sept vaisseaux, treize frégates, treize bâtiments inférieurs, en tout quarante-trois voiles : Morard 5 de Galles la commandait en chef, ayant sous ses ordres le major général Brueix et les trois contre-amiraux^ Richery, Bouvet et Nielly.

La baie de Bantry, en Irlande, fut le point de rallie-, ment marqué à tous les capitaines dans des ordres

10 cachetés qui ne devaient être ouverts^ qu'en jjleine mer, et l'ordre du jour du général en chef contint^ des instructions détaillées et précises pour opérer un deT^arquement immédiat. Hoche et l'amiral Morard de Galles montaient ensemble une frégate très-légère,* la Fraternité,

15 afin d'être en mesure de se porter rapidement sur tous les points où leur présence serait nécessaire.

L'ordre d'appareiller fut donné dans la nuit du 15^ au 16^ décembre, par un temps sombre et favorable. A la sortie du port, quatre vaisseaux^ se heui-tèrent et eurent

20 des avaries : l'escadre en fut retardée et contrainte'' de mouiller, cette nuit même,^ dans la rade extérieure,^ dite^° de Camaret, La nuit suivante," elle appareilla de nouveau, et son départ fut marqué par un pi-emier et terrible sinistre : le vaisseau le Séduisant, de soixante-quatorze

25 canons, donna sur un roche, dans les ténèbres, au passage du Raz, et s'abîma sous les eaux.'^ De treize cents'^ hommes qui le montaient, quarante-cinq seulement furent sauvés et recueillis'* sur la côte. Les autres bâtiments réussirent à gagne/ le large, sans rencontrer les

30 croisières anglaises.^® Les ordres furent décachetés, et toute l'escadre se dirigea'* sur la baie de Bantry, en Irlande. •

Mais alors, comme toutes les fois" que, depuis l'époque de la conquête normande'^ une invasion de l'étranger avait

35 menacé l'Angleterre, son heureux destin détourna d'elle le péril. Jamais ce fait n'a été plus saisissant que sous la Révolution et l'Empire ;* et, pour peu qu'on veuille'^

* Je ne connaisis rien de plus concluant à cet égard que l'exposé faitso par M. Thiers des causes, aussi nombreusesîi qu'extraordinaires, 40 qui firent23 échouer la fameuseai expédition projetée à Boulogne.

DE LAZARE HOCHE. lOI

réfléchir, la raison demeure confondue devant^ les obstacles sans nombre et tout à fait inde'pendants de la volonté' et du ge'nie de l'homme, qui, à diverses e'poques et durant huit siècles, se sont interposeV entre l'Angleterre et ses ennemis. Peut-êti-e alors est-iP permis* de 5 demander s'il n'entrait pas dans les myste'rieux^ desseins de cette Providence qui re'git les destine'es humaines, que la liberté fondée sur le respect des droits et de l'ordre légal, eût* quelque part en Europe un inviolable asile. 10

A peine cette flotte formidable fut-elle^ arrivée à la hauteur de l'île d'Oues.sant qu'une tempête souleva les flots et dispersa tous les navires. Le troisième jour, le vent tomba, et la plus grande partie de la flotte fut ralliée par le contre-amiral Bouvet et dirigée au point 15 désigné pour le débarquement, en face de la côte d'Irlande (comté de Cork) et à l'entrée de la baie de Bantry. Neuf navires manquaient, et parmi eux était la frégate qui portait les deux chefs de l'expédition. Hoche et l'amiral de Galles. 20

Cependant les circonstances étaient propices : les chefs de l'association irlandaise^ accouraient* et promettaient^ leur puissant concours ; aucune"^ force anglaise'' n'était proche et n'avait encore l'éveil : le temps était calme, tout'^ enfin favorisait un débarquement pour lequeP- 25 Hoche avait laissé par écrit des ordres formels.

En l'absence de Hoche, le commandement appartenait^-^ au général de Grouchy, le plus ancien des généraux^* divisionnaires. Celui-ci ordonna au contre-amiral

Bouvet, chef de la division navale, de mander à son 30 bord ses deux collègues, Richery et Xielly : il leur dit^" qu'il était dépourvu"^ d'instructions spéciales, pour le cas d'absence du général en chef ; mais il ajouta qu'il se conformerait aux ordres reçus et qu'il ferait^^ son devoir. Il commanda donc aux trois amiraux'^ de pénétrer au 35 fond de la baie de Bantry avec leurs divisions, et d'y^ opérer sans retard le débarquement prescrit^^ par le général Hoche.

Bouvet seul obéit : il entra dans cette baie, profonde^" de vingt-huit kilomètres, avec dix-sept bâtiments, portant'-' 40

sept mille' hommes d'excellentes troupes, et prif^ les premières^' dispositions ne'cessaires pour débarquer. "

Le vent s'eîeva de nouveau, le 23^ de'cembre, et fit^ craindre® à la flotte une tempête dans un mouillage peu 5 sur. L'amiral Bouvet crut" ses bâtiments en danger et jugea* le débarquement difficile, avec des troupes trop peu nombreuses^ d'ailleurs pour obtenir'" dans l'ile aucun re'sultat sérieux : voyant" en outre les amiraux^- Richery et Nielly se tenir, '^ avec leurs dix-neuf voiles, en dehors de

10 la baie et plus disposés à les^' ramener en France qu'à les'* débarquer en^^ Irlande, présumant enfin que la frégate qui portait Hoche et l'amiral en chef avait été capturée ou engloutie, ' Bouvet changea® de résolution et suivit'*' l'exemple de ses collègues. Bravant les comrnande-

15 ments, les menaces mêmes du général Grouchy qui, dans son ordre du jour du 24* décembre, prescrivait^^ un débarquement immédiat, l'amiral Bouvet donna l'oi'dre de couper les câbles, sortit^* de la baie et mit,^* avec ses collègues, le cap sur la France! La flotte fut de nouveau

20 dispersée par les vents, et le l«r* janvier enfin, quinze jours après^" avoir .quitté le port de Brest, remplie d'audace et d'espérance, elle y rentra, battue'^^ de la tempête et désemparée.*

Ce jour-là même,^^ Hoche et l'amiral, après"" avoir couru^

25 les plus grands dangers pour échapper aux croisières ennemies, entraient enfin eux-mêmes dans la baie de Bantiy. Hoche n'y trouva ni la flotte, ni son^* armée, et lorsqu'il apprit'^ qu'elles étaient venues,^ que l'armée n'avait débarquée, et que la flotte

30 l'avait ramenée'^^ en France, il fut saisi d'un aô'reux désespoir et voulut^® la suivre^® pour revenir'^ avec elle en Irlande : mais son bâtiment fut de nouveau assailli^ par

* Tous ces faits, appuyés de pièces irréfutables, ont été misis en lumière a\ec une parfaite clarté, dans la brochure écritesi par le

35 général marquis de Grouchy, pour défendre la mémoire^z du j,'énéral de Grouchy son père, à la conduite duquelss M. Bergounioux et d'autres historiens ont trop légèrement imputé l'insuccts de l'expédition d'Irlande. Le général de Grouchy, ramené en France malgré lui, dénoiiças-J au Directoire la conduite de l'amiral Bouvet, et provoqua sa

40 destitution, •

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