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de furieuses^ tempêtes durant trois semaines, et ne rentra à Brest qu'après une absence de plus d'un mois : il trouva la flotte hors d'e'tat de reprendre" imme'diatement la mer et ajourna à d'autres temps sa grande entreprise doutre-Manche.^ * 5
Ainsi furent de'truites* par la destinée toutes les espérances que Hoche avait conçues' d'une expédition préparée avec tant^ de soin et à si t^rands frais. Il en conçut la plus amère^ doulem* : mais bientôt il obtint^ du Directoire un commandement sur le Rhin, à la hauteur de son" 10 ambition et de son génie, et fut nommé, en janvier 1797, général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse.
vn.
Hoche général en chef de l'armée de Sambre-et-ileuse. Can:pa^e de
1797, sur le Rhin. j^g
Sambre-et-Meuse ! nom glorieux et cher aux coeurs français^" ! que de souvenirs il rappelle" ! combien® d'exploits fameux,^ combien* de victoires ! ! Wattignies, Wissembourg, Fleurus ! la^* Belgique conquise,^* le Rhin soumis,^' le Danube menacé ! L'armée de 20 Sambre-et-Meuse, dans laquelle'*' l'armée de la JMoselle avait été fondue, avait fait'^ toutes ces grandes choses : elle était composée d'hommes héroïques, endurcis aux fatigues, aguerris à tous les périls., en état de délier l'Europe. L'enthousiasme ne s'était pas éteint dans leurs 2ô cœurs, l'amour désintéressé de la liberté enflammait
* La seconde léfrion des Franc? coramar.dt'e par le v.'oloncl Taie, après avoir débarqué eu Aiigrleterre, selon les Instructions qu'elle avait reçus,^ fut bientôt er.veloppée par des forces superieuresai* et faitei' prisornière de guerre. Le j,'ouveriiement ang-lais.io ayant apprisî 3() de qupîs indignes éléments elle était coinpos<?c, pensa qu'il renarait service à la Franc»; en la retenants sur ses pontons ; il la fitis" donc rembarquer et la rendit toutsn entière" k la France d'où elle avait été vomie sur la côte britannique. 10
encore l'âme des soldats et de leurs chefs, et ces chefs étaient Le Fèvre, Grenier, Richepanse, Ney, Championnet, et beaucoup' d'autres, prédestines comme ceuxci à une glorieuse^ renommée. Cette armée avait été 5 conduite-' l'année précédente (1796) par Jourdan au cœur de l'Allemagne jusqu'aux frontières de la Bohême ; puis elle avait été refoulée en arrière, avec celle de ^loreau, par les habiles manoeuvres de l'archiduc Charles, et, après avoir perdu deux batailles, elle s'était repliée* sur
10 le Rhin. Jourdan, à qui^ ses revers n'enlevaient rien de sa gloire, mais pour qui l'heure du repos était venue, "^ avait demandé sa retraite et avait été remplacé par Beurnonville : c'est à celui-ci que Hoche fut donné pour successeur.
15 L'armée de Sambre-et-Meuse occupait alors, sur le Rhin, les positions avancées de Dusseldorf et de Xeuwied et s'appuyait à droite sur l'armée du Rhin commandée par 5loreau, tandis que Bonaparte ayant en face Alvinzi, se préparait à détruire,^ à Rivoli, la dernière'
20 armée qu'eat^TAutriche'' en Italie. Telle'^était, en janvier 1797, la situation des armées françaises^^ à la veille de tenter un efl'ort décisif pour dicter la paix à l'Autriche.
Le nom de Hoche, du brillant vainqueur de Wissembourg, avait été reçu par l'armée de Sambre-et-Meuse
25 comme le présage de nouvelles'^ victoires, et elle accueillit'^ avec transport son nouveau général. Un grand changement s'était opéré en lui depuis trois années. Il avait encore le même'® dévouement à la révolution et à la République, et son cœur de flamme brûlait toujours pour
30 la gloire et pour la patrie : mais mûri avant l'âge par l'habitude du commandement, à la fougue impétueuse,^ à la brillante parole du général de l'ancienne'^ armée de la Moselle avait succédé une dignité froide et un langage laconique : il avait senti'*' le besoin d'imposer davantage'^
35 le respect à des chefs plus anciens qui lui-° et ^éjà illustres, devenus-' ses subordonnés, avec lesquels-^ il se montrait'^' ditme, froid, réservé, et ne s'épanchait plus que dans l'intimité.
Une disposition nouvelle'^ et dangereuse,^ trop habitu-
40 elle'^ aux chefs militaires, le mépris de l'autorité civile
et de la bourgeoisie, trouvait momentanément accès dans son cœur ; d'autre part, pour e'tablir en France un gouvernement libre et stable, il avait peu^ de confiance dans l'intervention de la multitude par le suti'rage universel : * en perdant beaucoup d'illusions il 5 sentait' aussi parfois s'aôaiblir son respect pour le re'gime le'gal, et les faits qu'il avait alors sous les yeux^ étaient peu propres à lui inspirer d'autres pensées. Son- armée manquait du nécessaire dans un pays conquis' oii® des commissaires nommés par les conseils législatifs se 10 gorgeaient" de la substance des populations administrées par eux. Hoche obtint^ que le Directoire se mit" audesssus de la loi pour^'^ destituer, sans le secours des deux conseils, ces commissaires prévaricateurs. Il prit'^ en main de sa propre autorité, la direction suprême sur 15 tout le territoire occupé par son* armée, et il en rendit l'administration directe à ceux qui l'avaient avant la conquête, aux baillis et même aux chapitres diocésains : Hoche institua, pour^" les surveiller, une commission supérieure'- composée d'hommes d'une grande probité, 20 qu'il déclara inamovibles et il afferma les impôts dont'* elle était chargée d'assurer le recoiivrement. Les services publics furent dès lors assurés : le soldat fut nourri, habillé, chaussé aux dépens des provinces conquises.* Hoche remonta sa cavalerie et son* artillerie : il offrit" 25 même des vivres à son collègue Moreau dont'* l'armée en manquait et il mit'^ la sienne en état de remporter de nouvelles'® victoires.
Henforcée par trente mille" hommes de l'armée de l'Océan, elle présentait un effectif magnifique de quatre- 30 vingt mille'" soldats. Hoche divisa son* infanterie en trois corps : il confia la droite à Le Fèvre, la gauche à Championnet, le centre à Grenier. Il rassembla sa cavalerie en grandes masses groupées selon les armes. Il mit'^ à l'aile droite les chasseurs sous Richepanse : 35 Klein commanda les dragons à l'aile gauche ; Ney les
* "Le peuple qui souffre.w" écrivait-ilis au Directoire, "est toujours désireux d'un mieux quelconque, et il croîtis le trouver en changeant Bans cesse." Voyezso à la fin du volume les notes E et F.
Io6 BIOGRAPHIE
hussards au centre, et d'Hautpoul la grosse^ cavalerie formant^ la réserve.
Hoche voulait* franchir le fleuve à la fin de mars en combinant ses mouvements avec ceux de l'armée du 5 Rhin commandée a sa droite par Moreau. Cette armée n'était pas prête* encore. Moreau, fidèle à ses habitudes, ne voulait* agir que lorsi^ue ses troupes seraient parfaitement approvisionnées et pourvues' de tout le matériel de guerre indispensable en campagne. Elles ne r^'tîiient
10 pas et manquaient aussi de bateaux^ pour passer le Rhin. Hoche, impatient et brûlant de combattre,^ envoya à Moreau un équipage de pont, et le fit^ avertir que, le 17*° avril, il opérerait le passage du fleuve, avec ou sans son concours, et qu'il attaquerait les Autrichiens.
15 Ceux-ci, sous les ordres des feld -ma réchaux" Warneck et Kray, avaient accumulé de formidables moyens de défense entre Mayence et Dusseldorf : la tête du pont devant Neuwied était hérissée de batteries et d'obstacles : dans les environs, toutes les maisons étaient crénelées et
20 de distance en distance, des redoutes armées de pièces de gros calibre défendaient la position que Hoche se disposait*- à enlever.
Le 17 avril, Championnet reçoit l'ordre de sortir'^ de Dusseldorf, de passer la Sieg et de prendre" à revers les
25 Autrichiens. Il obéit : Warneck, instruit*^ de ses manœuvres, concentre ses forces à Dierdorf, pour l'écraser ; mais il affaiblit ainsi, en face de Hoche, le corps du maréchal de Kray, qui défendait Xeuwied. Le gros des forces françaises,*^ dans la nuit du 17 au 18,
30 se mr'ssa à Andemach, et avant" le jour, l'armée franchit le fleuve à Neu'wied et se forme dans la plaine. Sur le point d'être attaqué, Kray parlemente et demande une amnistie. Hoche exige que la célèbre fortresse d'Elirenbreitstein lui soit** rendue, et que l'armée
3r» autrichienne'* se retire^^ derrière la Lahn, conditions qu'une armée vaincue''^'' pouvait-'* seule accepter. Kray les rejette, •^'■' ordonne le feu et cou\Te-* la plaine de boulets et d'obus. L'armée française"' s'ébranle alors ; rien ne résiste à son choc : les lignes de l'ennemi sont forcées,
40 sa cavalerie culbutée, ses formidables redoutes sont
DE lazarp: hoche. 107
tournées et enlevées à la baïonette. Hoche poursuit^ vivement les Autricliieus jusque dans les montagnes : puis il marche sur Dierdorf pour porter secours à Champioiiuet : celui-ci avait pas.-^é la Sieg la nuit précédente'- et enlevé les hauteurs d'Ukerath et dAltenkirchen. 5 Roche rencontre sur son chemin, près Dierdof, un corps autrichien'^ de réserve d'environ huit mille* hommes : il l'attaque et le met'' en fuite, tandis que, sur la droite, Le Fèvie enfonçait* aussi l'ennemi et le poursuivait^ Tépée dans les reins jusqu'à jNIontabauer. 10
Telle® fut la journée du 18-^ avril (29 germinal), dans laquelle'** les Autrichiens," forcés dans leurs retranchements, furent refoulés au delà de la Lalin et sur le Mein, après'- avoir perdu huit iiiille* hommes, sept drapeaux, ^^ vingt-sept bouches à feu" et soixante canons. Les 15 Frani-ais" prirent^^ aussitôt position iï Dierdorf, Altenkirchen et Montabauer.
La victoire n'était pour Huche qu'un stimulant, elle l'excitait à courir^^ à de nouveaux triomphes : vainqueur à Neuwied à la tête d'une armée de 86.000 hommes, il se 20 sentait" de force à repousser les Autrichiens jusqu'au D'inube. Déjà, refoulant Warneck devant lui, il lui avait livré plusieurs glorieux"* combats et prenait^- les dispositions nécessaires pour lui couper la^° retraite et le séparer de l'Autriche. Son avant-garde, commandée 25 par Le Fèvre, marchait"' rapidement sur Francfort : elle avait franchi la Xidda et se préparait'-' à attaquer la place et à charger l'ennemi quand un courrier arriva, porteur des préliminaires de paix signés par Bonaparte à Leoben. 30
Hoche suspendit sur-le-champ sa marche victorieuse, '•'renonçant'-^ à la gloire presque assurée de contraindre^* une armée autrichienne^ à déposer les armes : il ne laissa percer que la satisfaction de voir-' arrêtée l'effusion du sang, et il écrivit-^ au Directoire pour la lui^' témoigner : 35 "Après avoir fait,'^" dit-il,'^ "trente cinq lieues en quatre jours et triomphé dans trois batailles et cinq combats, l'année de Sambre-et-Meuse a accueilli^ la nouvelle de la paix avec la plus vive^-' émotion."
Hoche adressa en même temps à sa femme ces 40
Io8 BIOGRAPHIE
simples lignes, pure expression' d'un cœur aô'ectueux et dans lesquelles,'' avec le héros, se rencontre l'éiDoux et le père: "La paix est faite,^ ma bonne* ami; ton mari vainqueur se porte bien et t'embrasse : prends* bien soin 5 de notre petit enfant." *
Les hostilite's étant*' suspendues entre la France et r^Lutriche, Hoche reporta sur l'Irlande son ardente pensée : c'est là qu'il veut' atteindre*^ et frapper le gouvernement anglais^ dans lequeP il voit^" toujours le plus
10 redoutable ennemi de la France. D'accord avec l'amiral Truguet, il prend* toutes les dispositions nécessaires pour créer un nouvel" armement plus formidable encore que le précédent. Les travaux'^ du port de Brest sont activés, les vieux^^ vaisseaux'* sont réparés, de nouveaux'^ sont con-
15 struits. "^ Hoche, quoique à distance, remplit toutes les âmes du feu de la sienne : il envoie^" au ministre de la marine les épargnes qu'il a pu^^ faire^ sur les contributions des pays conquis'®; puis il court^en"' Hollande pour s'entendre avec le gouvernement de la république batave,®
20 alors alliée de la république française,® et se concerte avec les principaux" officiers de terre et de mer pour une descente simultanée des troupes françaises,® et hollandaises sur les côtes d'Irlande. De retour dans son cantonnement du Rhin, Hoche dirige sur Brest un
25 nombreux détachement de l'armée de Sambre-et-Meuse et se rend enfin à Paris pour hâter les préparatifs de l'expédition nouvelle, ^^ et aussi, il faut^* le dire,-^^ pour seconder la conspiration de la majorité du Directoire contre les conseils législatifs et préparer avec eux le
30 coup d'État du 18*^ fructidor.
* Lettre communiquée.
VTII.
Coup d'état de fructidor.— Maladie et mort du général Hoche.
31 était impossible qu'un régime aussi affreux que celui de hi Terreur ne provoquât^ point une violente réaction d'une longue- durée, et que les hoinuies qui 5 l'avaient établi ne fussent^ bientôt en butte à la haine publique^ et à* l'horreur générale. Cette réaction, commencée le 9* thermidor 1794, continua dui-ant les années suivantes^ avec une violence toujours croissante,'^ entretenue- par une cause dont-^ les historiens n'ont pas tenu^° 10 suffisamment^^ compte. Le régime de la Terreur était^^ tombé, mais la plupart'^ de ceux qui l'avaient intronisé ne tombèrent pas avec lui : quelques scélérats avaient péri, mais le plus grand nombre des conventionnels qui les avaient soutenus^* de leurs votes restèrent-^ debout et 15 maîtres de la situation. La Convention survécut'^ une année à Robespierre, et lorsque enfin elle se retira de la scène, elle réussit à vivre^^ de nou\eau sous d'autres noms. Elle dif^ et parvint^" à faire^ croire^^ à une foule de républicains ardents et honnêtes, au général Hoche entre autre.s, 20 que la Révolution était incarnée dans les conventionnels, et elle fit-*^ violence à l'opinion publique^ en déclarant, par / les décrets de fructidor an III, que les doux tiers de ses membres feraient partie des nouveaux'-^ conseils législatifs dont' ils formeraient ainsi la majorité.* 25
Après la promulgation de ces décrets et la journée du 13* vendémiaire, t ou- la Convention mitrailla la bourgeoisie parisienne"^ qui les avait rejetéâ^* et qui protestait contre eux à force ouverte,-^ les deux conseils législatifs, celui des Anciens et celui des Cinq-Cents, formés pour les 30 deux tiers d'anciens conventionnels, cherchèrent une garantie contre la réaction en choisissant les cinq mem-
* Voyez mon Histoire de France, 12° édition, t. II., p. 323 à 324 t Ibid.
IIO BIOGRAPHIE
" bres du Directoire chargé du pouvoir exécutif parmi les hommes les plus compromis^ aux yeux^ des royalistes, parmi les régicides.*
L'Opposition, vaincue* en vendémiaire, attendit son 5 succès des élections nouvelles' t et de la marche légale des événements : elle dominait dans le corps électoral, mieux composé alors qu'il ne^ l'a été peut-être à aucune époque de notre histoire. Les élections étaient à deux degrés, et les électeurs unissaient à l'autorité du nombre
10 l'autorité non moins nécessaire de la capacité présumée. Leurs choix'^ furent, en l'an IV, comme l'année précédente,' l'expression fidèle de l'opinion dominante,' celle de l'esprit de réaction contre les terroristes et les montagnards, et du parti constitutionnel et
16 modéré, ami^ des principes de 1789 et qui voyait^ avec effroi le pouvoir exécutif toujours entre les mains des conventionnels et des révolutionnaires. J
Les deux conseils législatifs, après l'élection du second tiers de leurs membres, furent donc composés.
20 en grande majorité, d'hommes qui, sans vouloir^*^ une
contre-révolution, voulaient'" cependant, avec la paix,
l'abcjlition des lois révolutionnaires encore en vigueur, §
^^ une liberté réelle" et l'épuration successivé'^^ et légale d'un
Directoire héritier de la Convention. ||
25 Les noms de quelques ardents royalistes étaient^^ sortis,^' il est vrai, des dernièi^es'^ élections. Ceux-ci, fidèles à la tactique constante des minorités, faisaient'® cause commune dans l'opposition avec la majorité constitutionnelle^' et. modérée, et cherchaient, par toutes
30 sortes de moyens, à faire" du bruit et à grossir leur im-
* On nommait ainsi ceux dontis les votes avaient envoyé Louis XVI à l'échafaad.
t Les conseils se renouvelaient par tiers tous les ans.
I De Barante, Histoire du Directoire, t. III.
35 § Ces lois fermaient les églises et proscrivaient!» les prêtres, elles décrétaient la peine de mort et la confiscation contre les émig^rés, et beaucoup20 d'autres mesures draconniennes.ii
II Voyez de Barante, Histoire du Directoire, t. III, et mon Histcire de France, t. II., p. 346-347.
portance. Ils n étaient en cela que trop bien secondes par tr^is directeurs, Barras, Rewbel et La Reveillère- Lepeaux,* et par leurs amis montagnards qui disaient^ hautement et publiaient dans leurs journaux,'- que l'opposition tout^ entière* était monarchique, que le 5 pouvoir allait' passer aux royalistes, quon allait' voir'^ reparaître^ les Bourbons et les aristocrates, et que c'en était fait* de la Révolution, t
Ces biuits menaçants,^ grossis par la peur, étaient crus,^° surtout à distance, par beaucoup^^ d'honnêtes gens 10 sincèrement dévoués à la Révolution, enthousiastes pour la liberté qu'ils voyaient® presque exclusivement dans l'égalité civile, dans''^ le maintien du régime républicain et dans l'indépendance nationale. Le général Hoche, nous l'avons dit'-^ était de ce nombre. 15 Parvenu'* rapidement, par son mérite, des derniers échelons jusqu'aux premiers, il avait toujours devant'" les yeux'* l'ancien ordre de choses où'" il risquait de végéter dans un rang obscur, les liens qui eussent'^ arrêté son essor et tous les obstacles qu'il eût"* rencontrés'^ dans une 20 société constitutée comme elle l'était sous le régime détruit. =0
Semblable en cela à la plupart des hommes qui n'ont dû leur élévation qu'à eux-mêmes, il n'aimait pas, en principe, et tenait'^' pour suspects les privilégiés, quels 25 qu'ils fussent, ^^ rois ou gentilhommes : J il voyait,''
* Ces trois directeurs formaient la majorité au sein du Directoire, 0Ù17 ils eurent pour opposants Carnot et Barthélémy ; ce dernier avait été récemment23 élu2-» par le parti modéré à place de Letoumeur. 30
t Dans son impartiale Histoire du Directoire, M. de Barante a présenté sous son véritable jour cette époque qui a été obscurcie par des historiens appartenantîs aux partis extrêmes les plus opposés. 26
l Dans la pratique de la vie, cette disposition flt27 souvent place 35 en lui à une affection trés-réelle pour des hommes appartenantzô à la classe des anciens i rivilégiés, surtout pour ceux qui servaient28 sous ses ordres, et nous avons vus aussi qu'il garda constaninient23 une amirié reconnaissantess au g-énéral comte Le Veneur dont-o il avait été l'aide de cauip. Il eut môme le bonheur, dans les dern'iers 4Q temps de sa vie, de rendre un service considérable à son ancien général et àsi son ami.
dans les premiers, des tyrans, dans les seconds leurs soutiens naturels ou leurs complices, dans les privile'ges qui les avaient faits^ ce qu'ils étaient le plus grand obstacle à la liberté, et dans l'abo- 5 lition de ces privilèges la liberté même. Hoche confondait ainsi l'égalité avec la liberté : il ne s'était pas suffisamment- rendu compte^ des véritables conditions d'existence de liberté politique, seule garantie* de toutes les autres : il paraissait* ignorer que la représentation d'un
iO peuple ne saurait* être vraiment nationale qu'autant qu'elle est l'expression libre et vraie de la volonté publique^ : il oubliait enfin que la liberté ne subsiste qu autant que la loi règne, et que la loi n'est souveraine que si le législateur est inviolable.
15 Hoche considérait le sort de la République comme lié à la politique du Directoire qui tendait à révolutionner l'Europe et à maintenir^ les lois révolutionnaires qui proscrivaient' les émigrés et qui armaient le gouvernement de pouvoirs extraordinaires : à ses yeux,^" les vrais patriotes,
20 les seuls défenseurs de la Révolution et de la liberté, étaient les trois directeurs et leurs partisans qui voulaient'^ conserver à tout prix ces lois exceptioneîles^- ; tandis que ceux qui désirait les abroger et y^^ substicuer un régime légal et modéré étaient pour lui des royalistes, des adver-
25 saires de la liberté, des ennemis à écraser.*
Hoche vint^* à Paris, il fit^* part au gouvernement de ses aprjréhensions touchant les progrès du royalisme au sein des conseils législatifs, et dit^® qu'il était indispensable d'en^^ triompher au besoin par la force. Il se con-
30 certa particulièrement avec Barras et s'ofl"rit^^ avec son^^ armée pour seconder toute'-" entreprise violente des directeurs contre la majorité électorale et la puissance législative.'^^ Il dirigea, ^'^ de concert avec lui. deux de ses divisions commandées par Richepanse, sur Brest,' sous pré-
35 texte de les faire"'*^ concourir-* à une nouvelle^ expédition d'Irlande : il les fit^^ passer à peu^ de distance de Paris et les cantonna à La Ferté-Alais, en deçà des limites fixées par la constitution aux troupes qui ne seraient point
* Voyez aux pièces justificatives la note F.
appelées dans la capitale par l'autorité législative' même.-* L'arrivée de ces troupes aux environs de Paris, et à une distance prohibée coïncida avec un remaniement ministériel dans lequeP Hoche fut designé comme ministre de la guerre. 5
Le conseil des Oinq-Cexti: s'en émut*: il se crut* en péril, et déclara la constitution violée, si les troupes ne rétrogradaient jusqu'aux limites qu'elle avait fixées.*' Il s'éleva en même temps contre la promotion projetée de Hoche au ministre de la guerre, alléguant qu'il n avait 10 point l'âge légal pour les fonctions ministérielles,'' et il exigea® que le Directoire rendit* compte de sa conduite.
Sur les cinq directeurs, trois seulement voulaient'" nn coup d'État contre les conseils ; les deux autres, Carnot et Barthélémy, s'y montraient contraires et persistaient à 15 vouloir^" demeurer dans la légalité. Carnot avait alors la présidence du conseil directorial : il somma le général Hoche de justifier, devant'' les directeurs réunis, son'^ absence de son'- armée, sa présence à Paris et les ordres donnés aux troupes qui avaient franchi la limite cunsti- 20 tutionne'.le." Hoche. allégua son ignorance : il dit'^ que le général Richepanse avait reçu l'ordre de conduire'* sa division à Brest, et qu'il ignorait sans doute aussi que La Ferté-Alais fût'' dans le rayon proliibé. Il avait compté sur Ban as pour'^ le défendre, et Barras garda le 25 silence. La Reveillère intervint'' et fit'* cesser cet interrogatoire sévère et pérUleux.'* Hoche n'étant pas soutenu^ par le gouvernement, voyant-' en outre le Directoire incertain et le coup d'Etat ajourné, fit'* rétrograder ses divisions jusqu'en Alsace, quitta Paris et revint^' dans son 30 quartier général, à Wetzlar.
Mais l'alarme avait été jetée dans la majorité législative' qui redoutait avec raison un coup d'État, et les adversaires de Hoche eurent recours à tous les moyens, même aux plus odieux,*^ pour ruiner son crédit et détruire^ 35
* En vertu de la constitution, il était interdits-» aux troupes de s'approcher, dans un rayon de douze lieues, de l'endroit 0Ù25 siégeaient* les ccnsçils législatifs, si elles n'étaient appelées par une loi
sa popularité. Le général Willot, son ennemi personnel, le dénonça^ ouvertement dans le conseil des Cinq-Cents comme aspirant au rôle de Marins ; un autre membre, Dufresne Saint-Léon, l'accusa de n'avoir versé dans le 5 Trésor public qu'une faible partie des sommes prélevées sur les territoires que son^ armée occupait, par la commission financièi-e^ qu'il avait arbitrairement instituée,* et il fit^ entendre que Hoche avait sans doute gardé le reste pour lui et pour son état-major. Hoche, il est vrai,
10 n'avait versé, qu'une partie de ces sommes dans les caisses .ie l'État ; il en avait réservé une autre partie pour les besoins éventuels du Gouvernement, et, avec le reste, il avait nourri et entreteim® ses soldats, préférant user de ces ressources plutôt^ que de recourir^ aux avides
15 fournisseurs et spéculateurs qu'il avait chassés* de son^ armée.
L'illustre général Jourdaii, membre des Cinq-Cents, ne put' entendre de sang-froid l'accusation calomnieuse^" dirigée contre celui qu'il considérait comme l'honneur
20 des armées françaises, ^^ et, bien qu'appartenant^ lui-même à la majorité menacée, il se leva indigné et dit^'^ : "Souvent les armées auraient péri de misère si les généraux'^ en chef n'avaient usé des contributions faites^* en pays conquis. '^ J'ai commandé cent cinquante mille^'"
25 hommes, et j'ai la preuve que le gouvernement payait à des fripons cent cinquante mille rations par^'^ jour, et que l'armée n'en^^ recevait que dix mille. ^^ Il fallait'* donc que les généraux^^ s'occupassent-" de faire^ vivre^^ le reste de l'armée. Il n'est au pouvoir de personne de me faire''
30 croire^' que le général Hoche aif^^ commis" un autre crime, et les coupables de son espèce ont droit aux remerciements de la patrie reconnaissante.^"
Cet éclatant témoignage, donné de si haut à son intégrité, rendit pour Hoche moins amère^ une calomnie
35 contre laquelle^^ il protesta soudain en demandant un jugement public. Mais les reproches injustes auxquels-'' il s'était vu'-'" en butte dans le sein des conseils législatifs dont^il avait excité les alarmes, l'irritèrent profondément.'* H crut^'' que la majorité avait résolu^ sa perte pour être
40 plus libre d'accomplir ses projets contre-révolutionnaires :