‹ Lazare Hoche, 1793-1797;Chapitre 44 sur 67 · Exe · texte numérisé non relu

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il voulut' rendre à ses adversaires menace pour menace et, ayant réuni ses ge'ne'raux- dans un banquet patriotique pour fêter l'anniversaire du IC août, dernier jour^ de la monarchie, il but' à la Re'publique, et dit® : ' 'Amis, la j^aix va' être signe'e : mais, je ne dois pas vous le dissimuler, â vous ne pouvez"" vous dessaisir encore de ces armes terribles par lesquelles* vous avez tant^*' de fois'^ fixe' la victoire. Avant de le^- faire,.'^ peut-être aurons-nous^* à assurer la tranquillité' inte'rieure'^ que des"" rebelles aux lois de la Re'publique essaient'" de troubler." 10

Hoche n'alla pas plu& avant dans cette voie : déjà le mort était dans son sein, cette mort prématurée qui met'® les belles" actions des gens de bien en sûreté et à couvert des revers de la fortune.* Il avait senti-'' à Brest, l'année précédente,-' les premières-"- atteints dun mal inconnu qui 15 redoubla d'intensité à Wetzlar : il tomba bientôt gravement malade, et le bruit se répandit qu'on l'avait empoisonné, n était, aux yeux" des rovalistes le plus résolu et le plus vaillant champion du gouvernement républicain : comme tel, il était en butte à de criminelles'-* attaques et 20 il avait précédemment"' échappé, comme par miracle, à un assasin soudoyé par ses ennemis : f on savait'^ sa vie trèsmenacée, et dans chaque nouvelle'^ crise d'un mal qui semblait inexplicable, on croyait^^ voir^ les indices d'un attentat contre sa personne. '"'^ 25

Déchiré par une toux sèche,^ brûlé d'un feu intérieur et dévorant, il était en proie à une irritation nerveuse^' et tombait dans des spasmes dont^- il sortait^^ épuisé. Il languissait dans cet état si douloureux lorsqu'il apprit^* l'acte violent du 18' fructidor exécuté contre les conseils légis- 30 latifs par les trois directeurs. Barras, La Reveillère- Lepeaux et Rewbell. Cette nouvelle impatiemment^ attendue et dont^- il ne prévit'*' point les suites, lui causa

* Plutarque, Pélopidoë.

t Revenant36 un soir du spectacle à Rennes, comme il rentrait dans 35 son hôtel, un coup de feu fut tiré sur lui presque à bout portant et ne l'atteig-nits" pas. On saisit l'assasin qui avoua son crime et désigna pour son complice un ancien chef de chouans. Hoche sollicita inutilement leur grâce, ils périrent sur l'é'^hafaud.

Il6 BIOGRAPHIE.

la joie la plus vive' et lui rendit des forces. Le Directoire cependant avais eu recours à d'odieux^ moyens pour re'ussir dans son^ entreprise * et s'était condamné à une longue^ série d'actes tyranniques, sans pouvoir s'arrêter 5 jamais dans la légalité, jusqu'au jour peu éloigné^ où,' à son tour/ il tomba, victime méprisée du coup d'Etat de brumaire, t Hoche ne pressentit" point cela, et salua avec enthousiasme la liberté qu'ij croyait' sauvé<>parla journée de fructidor, tandis qu'elle était iiTévocableni?nt perdue.

10 Peu^ de jours après, le Directoire destitua le général Moreau, qui avait perdu sa confiance, et donna son* armée au général Hoche, qui réunit ainsi le commandement des deux armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin. Mais ses forces l'abandonnèrent de nouveau : en proie

15 au feu qui le dévorait, il se disait^*' revêtu, '^ comme Hercule, de la robe empoisonnée du Centaure. Son médecin, Poussielgue, lui ordonnait un repoa nécessaire : mais, pour cette nature ardente, dont'^ l'action était l'élément naturel, le repos était une fatigue plus qu'un soulagement.

20 II parut^^ cependant s'y résigner et se rendit à la foire de Francfort pour se distraire^' : il y fit'^ connaissance avec un empirique fameux qui promit'® de le guérir sans le condamner au repos : Hoche prit''' en secret ses remèdes, et son état fut bientôt désespéré. Il lut'® son arrêt dans les

25 yeux'^ de Poussielgue, se vit^° mourir^' et accepta doucement son sort.

Il voulut" revoir^^ une dernière^* fois ses amis, ses coml^agnons d'armes, et les reçut d'un air serein, tandis qu'au pied de son lit sa jeune^^ femme étouffait''^ ses sanglots.

30 II s'entretint^' une heure avec eux, les remerciant de leur

* Les principaux28 moyens auxquels les trois directeurs eurent recours pour prolonger leur autorité furent : la déportation à Cayenne de leurs deux collèn;ues, Carnot et Barthélémy, de cinquante-neuf membres des deux conseils législatifs et de quarante journalistes, la suspension

35 rfe la liberté de la presse, et la remise en vigueur des mesures révolutionnaires contre les émigrés et les prêtres.

t Ce jour-lù, 19 brumaire an VIII (10 novembre 1799), le général Bonaparte, récemment29 revenuso d'Egypte, expulsa le conseil des Cinq- Cents à Saint-Cl ud, mitsi en arrestation trois directeurs et cassa la

40 Constitution de l'an III. Il se flt32 éliress ensuite premier consul. Voyez mon Histoire de France, t. II, p. 365, 366.

affection, et s'efforçant^ même de sourire. Il parla aussi des aflaires publiques' et revint'^ sur le coup d'Etat de fructidor qu'il jugeait* toujours indispensable. Toutefois, mieux e'claire' au moment suprême, il reconnut^ qu'il e'tait heureux qu'aucun des ge'neruux-'' commandant en chef les 5 arme'es de la Re'publique n'eût^ participe' de sa personne'' à cet acte de violence, et qu'Augereau, en lexe'cutant par l'ordre des trois directeur?, eût'' paru^ obe'ir aux pouvoirs civils : une re'publique, dit-il,^ devait toujours être servie^ et non prote'ge'e par l'epe'e. 10

Ce dernier effort l'avait épuise' ; il congédia ses lieutenants, et vers le soir il s'endormit. ^^ Après quelques heures de repos, il s'éveilla en suffoquant. 11 ne parlait plus : il eut une crise terrible et, le 19'^ septembre 1797, il expira doucement entre les bras'^ de sa femme et du 15 général Debelle, son beau-frère.*

Hoche avait à peine atteint'^ vingt-neuf ans et sa renommée comme celle de son jeune et brillant rival, le vainqueur d'Arcole et de Rivoli, remplissait l'Europe. Qui pourrait^* dire'* la désolation de ses compagnons 20 d'armes, le désespoir de ses soldats ! L'armée entière'^ fit'^ àrson chef de magnifiques et touchantes'® funérailles. On décida qu'il serait enseveli à Pétersberg dans le camp retranché de Coblentz, à côté d'un jeune héros enlevé comme lui à la fleur de son âge, au milieu d'une glorieuse^^ 25 carrière et qui laissait un grand nom, le général Marceau.

Le convoi funèbre quitta Wetzlar le 21^ septembre et se dirigea* vers Coblentz. Les aides de camp de Hoche, les généraux'^ et tout l'état-major escortèrent le char, devant-' lequel'' étaient portés les étendards et les drapeaux^^ 30 en deuil. Le cortège s'avança' ainsi au son lugubre des tambours ■'•oilés et au glas funèbre des cloches mises'''* en branle par les habitants des villes et des bourgs qu'il traversait. Les paysans des environs accoururent^ en foule et firent^^ cortège aussi au général dont^' ils avaient 35

* On ouvrit28 son corps et l'onss trouva, dans l'estomac, quelques taches où l'on crut30 reconnaîtras des indices de poison, sufflsantssi peut-être pour légitimer des soupçons, mais trop faibles pour les confirmer.

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