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reçu des témoignages de conimise'iation et qui avait allégé pour eux les charges de la guerre.
Le corps fut reçu avec honneur à Braunfels par le priiice souverain, qui l'attendait sur la place publique^ à 5 la tète de toute sa maison. Lorsqu'il passa au pied des remparts fameux^ de la citadelle d'Elirenbreitstein gardée par les Autrichiens, il fut salué par toutes les batteries de la place et par le feu de la garnison rangée en bataille sur lés glacis. Le gouverneur sortit^ des portes pour le
10^ recevoir et conduisit* le corps jusqu'aux bords du Rhin, entre une double haie formée par les soldats de France et d'Autriche. Le convoi traversa ensuite Coblentz, puis se dirigea® vers les hauteurs de Pétersberg où® une partie de l'armée était sous les armes pour le recevoir.
15 Là un simple monument, qu'un grand poëte a célébré dans des vers immortels, renfermait les restes de Marceau.* Cette tombe modeste pour laquelle Hoche avait souscrit de ses deniers quelques jours avant^ sa mort, réunit les deux héros. Le corps de Hoche y fut
20 descendu après avoir reçu les adieux^ de ses compagnons : Le Fèvre, Championnet, Grenier rendirent'" hommage à leur général dans un langage militaire, simple et vrai : après eux un grenadier s'avança,^^ présenta l'arme devant^ le cercueil, y déposa une couronne de chêne, disant^ :
25 "Hoche, au nom de l'armée, reçois cette couronne;" et il pleura. Ses larmes exprimaient mieux qu'aucune parole les sentiments de tous.
Hoche n'était plus, mais il vivait''* dans le cœur de ses soldats et de ses concitoyens : toute la France se sentit'*
30 * Ce que lord Byron a diti2 de Marceau peutis a beaucoupio d'égards être appliqué à Hoche à quii" le poëte a également rendu hoinmag:e. " Prés de Coblentz, sur une rianteis colline est une pyramide simple et modeste couronnant le sonunet d'un monticule verdoyant : sous sa base repose un héros Rapide et triomphant fut son jeune essor.
35 Tous l'ont pleuré, amis et ennemis, et l'étranger, qui s'arrête ici pour méditer, peutis à bon droit prier jiour le repos de son esprit généreux, car il tut le meilleur champion de la liberté. Il fut de ceux, trop peu nombreux,2 hélas, qui n ont point franchi les justes bornes qu'elle assigne aux guerriers qu'elle arme de son glaive. Son
40 âme demeura sans tache ; c'est pourquoi les hommes ont pleuré s*ir lui." (Lord Byron, Childe-Harold, chant III, lvi, lvii.)
frappée en lui, et la douleur publique' se fit' jour au milieu des honneurs funèbres que le gouvernement rendit en grande prompe à sa me'moire,*le l^r^octobre suivant,* à Paris. Tous les corps de l'Etat, le peuple et l'armée furent conviés par le Directoire au champ de Mars pour 5 cette fête funèbre dans laquelle l'illustre Daunou prononça^ l'oraison funèbre du héros, et fut l'éloquent interprète des douleurs de la patrie.
Telle^ fut la brillante et trop courte carrière de Lazare Hoche, qui excita l'admiration de tous, même de ses 10 ennemis, et qui obtint* la gloire la plus^ enviable à l'âge où les plus illustres commencent à peine à attirer sur eux l'attention. Il eut à un degré éminent ce caractère par-' ticulier aux grands hommes de paraître'*' toujours supérieurs à leur situation : plus^^ il montait plus il semblait 15 grand, et l'on^'^ est d'accord powr reconnaître^" que sa fortune, s'il eùt'^ vécu, "n'aurait eu d'autre limite que celle que le devoir lui eût^* tracée'® et qu'il se fût^^ marquée''' à luimême. Sa vie entière'® porte le cachet de la vraie grandeur : en la contemplait, l'âme s'élève et se sent'^ portée 20 à l'oubli de soi, au dévouement, aux grandes actions. Ses traits les plus sailLmts furent la loyauté, la magnani-, mité, l'ardent patriotisme, le culte de l'honneur, et une activité dévorante"^" pour laquelle le repos était une intolérable soufl'rance. A ces grands traits il faut'" joindre^^ le dé- 25 sintéressement d'une ambition qui n'eut jamais pour but que l'avantage de son pays, une bonté compatissante'^" aux maux^^ des mallieureux,'-* une intégrité qui ne comprenait^ pas qu'il fùt'^^ possible de n'en pas avoif. " Tu me recommandes," écrivait-il-* à sa jeune femme, " de songer à la 30 fortune de notre enfant : je lui'-* laisserai un nom sans tache : c'est tout ce que je lui dois."*
Jamais général ne posséda mieux le cœur de son^^ armée: "'Aime," disait-iP" souvent, "si tu veux être aimé : " c'est ainsi, c'est en aimant ses soldats qu'il en 35 était devenu^^ l'idole. Son bien était le leur, et sa générosité n'avait point de-^^ bornes : ' ' Tu aurais dans ta
*• Lettre communiquée par sa fa ille.
bourse 200,000 francs de plus, lui dit^ un de ses proches, si tu ne donnais au tiers et au quart tout ce que tu possèdes. — J'aurais un million de moins, répondit Hoche dans celle de mes amis, si j'en avais besoin." Pour 5 rencontrer à cet égard, parmi les lie'ros de l'histoire, un capitaine digne de lui être compare', il faut' remonter à du Guesclin dont^ j'ai raconte' la vie avant la' sienne, et avec qui Hoche eut de nombreux* traits de ressemblance : on admire en eux même ge'ne'rosité, même 10 héroïsme, même commisération pour les misérables, égale horreur des fripons et des sangsues du pauvre peuple. Ils eurent l'un^ et l'autre, devant l'ennemi, la parfaite possession d'eux-mêmes, le coup d'œil rapide et l'inspiration soudaine ; ils firent^ voir® un mélange égal de 15 circonspection pour préparer, de fougue pour accomplir, et, méprisant^ la routine, ils firent^ avancer l'art militaire et montrèrent l'instinct des grandes innovations, mères'" de la^^ tactique et de la stratégie modernes. ^^ Tous deux enfin eurent la bonne fortune de vaincre'* chaque fois 20 qu'ils commandèrent en chef et l'amer regret de mourir'* dans leur lit, après avoir passé leur vie au milieu des périls, et sur les champs de bataille.
Hoche eut sur Bertrand du Guesclin le grand avantage de naitre^^ à une époque de civilisation plus avancée, et 25 comprit^" la supériorité que donne la culture des lettres et les jouissances qu'elle procure. Bertrand ne savait" pas lire'* et ne s'en mit'^ jam.ais en peine : Hoche, au contraire, regretta toujours de n'avoir reçu dans son enfance qu'une instruction trop insuffisante, et il fit^° tout ce qui 30 était en son pouvoir pour en combler les lacunes. Il lisait,^' il étudiait dans les camps : les auteurs anciens et surtout les historiens de la Grèce et de Home eurent pour lui un puissant attrait : il trouvait dans leurs écrits une sève de vertu républicaine dont^ son âme intègre et 35 fière^^ se nourrissait avec délices, et il se sentait'-^ puissamment'^* attiré par ces figures héroïques, par ces grands chefs qui, en déposant leur glorieuse''"' épée, s'honoraient de conduire^^ la charrue. Il gagna beaucoup au commerce de l'antiquité : on s'en aperçoit surtout au style 40 de ses proclamations et de ses ordres du jour dégagés
DE TAZARE HOCHE. I2I
peu à peu de ce ton de'clanuUoire fort en itsage alors dans le langage officiel, pour' atteindre," d.-uis des furmes pures et se'vercs/ ù une e'ioqueiite pre'cision. Hoche an ire au goiit par 1 application d'un esprit délicat et d'un rare bon sens ù l'ëtude des grands modèles, et après 5 avoir, dans sa première* jeunesse, heaucoup lu" sans règle et sans choix, il apprit'' à distinguer, a choisir, et a donner d'excellents conseils à sa jeune'^ femme pour la guider dans ses lectures : il cliprch.iit à former son goût en e'clairant son esprit, et dans un temps où^ l'enthousi- 10 asme pour Rousseau e'tait à son apoge'e, Hoche ne donna point^ une me'diocre j'reuve de bon sens en se préservant de la contagion ge'ne'rale : il sut^" découvdr" l'exagèratioti, le paradoxe, le mensonge même à travers la magie d'un style trop se'duisant^-' et il prit'^ soin de 15 pre'munir sa femme conrre les pe'rils de cette lecture. Plusieurs lettres de lui sont remplies de de'tails'* délicats et charmants^^; toutes i-espirent la fierté d'une àme droite, forte, indépendante, et Ion'® voit^'' dans quelquesunes l'extrême importance qu il attachait, pour l'éduca- 20 tion des femmes comme pour celle des hommes à tout ce qui tend à développer de bonne'® heure dans les caractères la vitjueur, l'énergie et la sincérité.* Tout^^ en lui tendait au même but : les paroles, les écrits et les actes. Son caractère offre''"' au regard attentif, un type har- 25 nionieux et grand dans chaque partie comme dans 1 ensemble.
On y trouve aussi quelques ombres : Hoche eut toujours beaucoup-' de peine a faire-'-' violence à sa nature ardente, impétueuse,^* ennemie de toute'^* contrainte : im- 30 pressionnable autant que passionné, il passait rapidement d'une résolution à une autre quelquefois opposée, comme à l'époque de l'expédition d'Irlande qu'il abandonna un jour pour l'entreprendre'-^ le lendemain. II était sujet à des abattements d'esprit et à des défaillances 35 temporaires ; mais celles-ci provenaient"'' tantôt d'une erreur de son jugement, tantôt d'une irritation excessive^'' ou d'une déception douleureuse, ^^ jamais d'aucun vice:
* Voyez aux pièces justificatives la note G.