‹ Lazare Hoche, 1793-1797;Chapitre 46 sur 67 · nU · texte numérisé non relu

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bientôt sa haute raison, son cœur ferme et loyal reprenaient^ l'empire et le ramenaient, dans le droit chemin, à son but ve'ritable. Il eut quelques-uns des préjuge's de son temps et de sa situatioiî personnelle-' : il lit'' des 5 fautes, il risqua de mettre* lui-même en pe'ril la liberté de son pays en croyant^ la servir** : il se trompa, mais de bonne^ foi ; ses intentions restèrent pures. La liberté qu'il aimait d'un amour plus sincère qu'éclairé lui demeura chère,' et les grands principes de 1789 lui

10 furent toujours sacrés. Mais l'expérience lui manquait comme à tous : avec le temps, il aurait reconnu^ les véritables conditions d'existence de la liberté au sein d'un grand peuple : Hoche eût^ compris^ qu'elle ne peut avoir d'autre fondements que le respect des droits de

15 tous, de l'ordre légal et de l'opinion publique sérieusement exprimée : jamais il n'eût'-' préféré son propre avantage au bien de sa patrie, jamais non plus il n'eût* élevé sa fortune sur les ruines de la liberté. Il était de la race de ceux qui revivent,"^ pour l'honneur de

20 l'humanité, sous la plume de Plutarque, il appartenait^' à la grande famille des Cimon,i'^ des Phocion, des Paul- Emile, des hommes par qui^^ les Républiques subsistent ou qui meurent" avec elles.

em.

DK LAZARE HOCHE. I23

appe:xdix.

La Terreur à Paru, par M. de Lamartine.

PLUS de huit mille^ suspects encombraient les prisons de Paris un mois avant la mort de Danton. En 5 une seule nuit on y jeta trois cents- familles du faubourg Saint- Germain : tous les gi-ands noms de la France historique, militaire, parlementaire, e'piscopale. On'^ ne se donnait pas l'embarras de leur inventer un crime. Leur nom suffisait,* leurs* richesses les dénonçaient,^ leur rang 10 les livrait. On e'tait coupable par quartier, par^ rang, par fortune, par parente', par famille, par religion, par opinion, par sentiments pre'sume's ; ou plutôt^ il n'y avait plus ni innocents ni coupables, il n'y avait plus que des proscripteurs et des proscrits.* Ni 1 âge ni le sexe, ni la 15 vieillesse ni l'enfance, ni les infirmite's qui rendaient toute'-' criminalité naturellement impossible ne sauvaient'^ de Taccusation et de la condamnation. Les vieillards paralytiques suivaient^' leurs fils,'- les enfants leurs pères, les femmes leurs maris, les tilles leurs mères. Celui-ci 20 mourait'^ pour son nom, celui-là pour sa fortune ; teP* pour avoir manifesté son opinion, tel pour son silence, tel pour avoir servi'-^ la royauté, tel pour avoir embr;issé avec ostentation la République, tel pour n'avoir pas adoré 3Iarat, tel pour avoir regretté les Girondins, tel 25 pour avoir émigié, tel pour être^*^^ resté dans sa demeure, tel pour avoir atiamé le peuple en^^ ne dépensant pas son revenu, tel pour avoir affiché un luxe qui insultait à la misère publique.^® Raisons, '*' soupçons, prétextes contradictoires. cout-° était^ bon. Il suffisait* de trouver des 30 délateurs dans sa section, et la loi les encourageait^* en

leur donnant une part dans les confiscations. Le peuple, à la fois dénonciateur,' juge et héritier des victimes, croyait- s'enrichir des biens confisqués. Quand les prétextes de mort manquaient aux proscripteurs, ils épiaient 5 des con.spirations vraies ou simulées dans les prisons. Des espions déj^uisés sous l'apparence de détenus,* provoquaient des confidences, des soupirs vers la liberté, des plans d'évasion entre les prisonniers, les inventaient quelquefois, puis le révélaient à l'accusateur public. Ils

10 inscrivaient* sur leurs listes de délation des centaines de noms de suspects qui apprenaient^ leurs crimes par leurs accusations : c'est ce qu'on apf)elait les fournée» de la guillotine. Elles faisaient" du vide dans les cachots. . . elles entretenaient'" la terreur, elles imposaient le sUenoe

16 au murmure. Chaque jour le nombre des charettes employées à conduire^ les condamnés à l'échafaud augmentait. A quatre heui-s elles roulaient^ par le pont au Change et la rue Saint-Honoré, vers la place de la Révolution. On prolangeait^ la route pour prolonger le

20 spectacle au peuple, le supplice aux victimes. . . c'était"" l'assassinat donné en" spectacle et en jouissance à tout un peuple.

{Histoire (lea Girondiiu, livre LVI^,)

Conclusions de M. Claude Desprez gur la capitulation dite de Quiberon.

"Cette capitulation dont^^ on ne trouve la trace nulle part, dit^ M. Des]>rez, sur quel fondement repose le bruit qui en'* est'' venu'" jusqu'à nous ? Sur des paroles que l'on'^ 30 prête à Sombrf uil après sa conférence avec un chef républicain. . . Xous aimons mieux en croire'*' Sombreuil lui-même. Deux fois'" il a parle de la capitulation sur la

foi de laquelle les émi'Tés avaient de'posé les armes : la première,^ c'est dans la letti-e qu'il écrivit' à l'amiral \Vanen ; voici en quels termes: " X'ayîint plus de ressources, jeu vins^ à une capitulation pour sauver ce qui ne pouvait échapper, et le cri ge'ne'ral de larme'e ma 5 re'poudu que tout^ ce que e'tait e'migre' serait prisonnier de guerre et épargne' comme les autres." *

La seconde lettre est datée d'Auray et adresse'e a Hoche : "Toutes vos troupes," lui dit' Sombreuil, ' ' se sont engaoje'es^ envers le petit nombre qui me ri ste, et qui 10 aurait ne'cessairement succoujbé ; mais, Monsieur, la parole de ceux qui sont venus^ jusque dans les rangs la leur donner, doit être chose sacrée pour vous. " t

On^ le voit,^ dans cette seconde lettre comme dans la première,' il n'est question que de cris de soldats ou tout 15 au plus de paroles sans autorité de quelques officiers. Cependant si Sombrueil eût''' traité avec Hoche ou même avec Humbert, il n'eût pas manqué de le rappeler et de sommer Hoche sur l'honneur de faire^' respecter les promesses qu'il en avaijb reçues.^-' La réponse de Hoche 20 à cette dernière' lettre de Sombreuil ne nous est^^ point parvenue,^* mais il fit^' insérer la lettre à l'amiral Warren avec ces lignes : " Je dois à l'armée de déclarer qu'il y a erreur dans la lettre que je publie : j'étais à la tète des sept cents^* grenadiers qui prirent^^ M. de Sombreuil et sa 25 division ; aucun^" soldat n'a crié que les emvjrés seraient traités comme prisonniers de guerre, ce que j aurais démenti'® sur-le-champ. "

A une si nette^^ affirmation nous n'ajouterons qu'un fait. Quelques moi.s'-'' plus tard, Hoche commandait 30 dans la Vendée. Un'-*' de ses divisionnaires, le général Bonnaire. fit^' fusiller des ennemis qu'il avait pris'-^ au château de Saint-Mesmin. On rapporta à Hoche que c'était après leur avoir promis^^ la vie. Hoche, sur-lechamp, le mit-^ aux arrêts. Mieux informé, il leva la 35 punition. . "Je pense," lui écrivait-il,-" "que vous ne trouverez pas mauvaise une sévérité exigée par l'honneur. ."

* Savan-. Le.'tre de Sombreuil à Vamiral Warren. t Souibreuil 11 Hoche, 2:1 juillet 1795.

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