‹ Lazare Hoche, 1793-1797;Chapitre 5 sur 67 · fi · texte numérisé non relu

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la' justice et de l'humanité qu'il se laissait entrainer au delà des bornes. Hoche avait en horreur la' délation et la' perfidie : pour ces causes, un caporal de son régiment s'était rendu odieux à ses camarades, et il était en même

5 temps redouté de tous pour sa grande habileté à l'escrime. Hoche le provoqua en duel, reçut de lui un coup de sabre qui lui partagea^ le'^ front, et lui enfonça son''^^ arme dans le^ corps jusqu'à la garde.*

Une autre fois, un de ses plus braves camarades et

10 son ami ayant été tué dans une rixe populaire, Hoche, brûlant* de le venger, courut" au logis du meurtrier, et ne le trouvant pas, il saccagea* sa maison. L'afiaire fut envenimée : Hoche, traduit' en jugement et condamné à une détention rigoureuse, fut tenu* au cachot trois

15 mois, pri^é d'air et de jour, nourri au pain et à^ l'eau, sans habits de rechange. Il en'" sortit," les vêtements en lambeaux, rongé de vermine, exténué, demi-mort. Il dédaigna, un peu plus tard, de tirer une facile vengeance de celui dont'^ le rapport exagéré avait provoqué un

20 châtiment si cruel, et il se montra aussi prompt à oublier ses propres injures qu'à venger celles d'autrui.

Ces infractions à la discipline contribuèrent sans doute autant que sa grande jeunesse à rendre, au début, son avancement lent et difficile. Il comptait cinq ans de

25 services lorsque s'ouvrit'* la célèbre année 1789, et il était encore simple grenadier'* aux gardes françaises. Quelques mois plus tard, il fut fait'* caporal. Déjà il était remarqué de tous"' par sa démarche militaire et son air martial que relevait encore la cicatrice qui partageait® son

30 front. Comme il détilait dans une revue, en tète de son'^ escouade, une fenmie de haut rang, arrêtant sur lui ses regards, s'écria : Quel'® beau général on ferait'* de cet" homme ! Les événements alla-ient'-" faire,'* d'une exclama-

, tion irréfléchie, une xmrole prophétique, et ce qui eût^'

35 paru-' tout à fait improbable et même impossible lorsqu'elle fut prononcée, devint'^* bientôt une réalité, un témoignage éclatant, entre tant"* d'autres signes extraordinaires, d une révolution profonde accomplie dans les mœurs et d'une complète'^ rénovation sociale.

Causes et préludes de la Révolution française. — La Bastille. — Journées d'octobre.

Pour bien' apprécier, à cette époque et dans la suite, le caractère et la'- conduite de Hoche au début de la 5 Révolution, il est indispensable^ d'exposer brièvement,* mais avec précision, le principal objet de cette ç;rande crise qui transforma si profondément^ la société française,® et dont' les résultats se firent** sentir^ dans les'** contrées les plus reculées'^ de l'Europe.'"' 10

Ses auteurs voulaient'^ la réforme d'innombrables abus nés'* du régime féodal, du'^ pouvoir absolu de la couronne et de'^ l'inégale répartition des charges publiques'®* : ils demandaient'^ l'égalité civile et la participation du pays à l'établissement des impôts et à la confection des actes 15 législatifs.'* Ces résultiits étaient désirés de la''' portion la plus éclairée de la noblesse, de la majorité du clergé, et surtout de la bourgeoisie et des'-^ classes ouvrières'^ : ils ne"" pouvaient-' cependant être obtenus-- sans heurter de nom-, breux^' préjugés, sans blesser une foule d'intérêts, ni sans 20 déraciner violemment'-- des habitudes invétérées et dos usages séculaires dans lesquels-* le roi, sa famille, sa cour et une très-grande partie-^ des privilégiés voyaient'-® des droits acquis" et les seules garanties possibles d'un gouvernement sage et régulier. "- 25

D'autre part, une multitude d'écrits célèbres avidement lus-' avaient fait® pénétrer les nouveaux"'' principes de régénération politique et sociale-* fort avant au sein des niasses. Ces publications, tout en s'adressant à la- raison publique'® et aux sentiments généreux,'" avaient éveillé 30 aussi de dangereux^' instincts, des passions aveugles et violentes,^® surexcitées par le souvenir de longues^'- souffrances, et que les lumières de l'expérience ne pouvaient^' encore ni diriger^' ni contenir.^- A force d'entendre chaque^* jour déclamer contre les lois en vigueur, contre 35

'^ Lc-3 impôts onéretix et vexatoires de la.taille et des corvées ne tombaient que sur les non nobles ou roturiei-s.

exe.

les privilèges et les autorités établies, et revencTlquer pour tous/ des libertés, des droits, des pouvoirs, il était impossible qu'une multitude d'hommes ne fussent^ bientôt portés à confondre leurs droits avec leurs désirs, ô la^ liberté avec la licence, l'horreur de l'oppression avec la haine de toute discipline, et il était a j)révoir* qu'il naîtrait^ d'une situation si complexe de® grands périls et des difficultés sans nombre. Ces prévisions furent de beaucoup dépassées par les faits.

10 Des prétentions exagérées, des actes imprudents et des excès" coupables provoquèrent de la part de là cour une réaction violente. L Assemblée nationale et constituante, formée des députés de tous^ les ordres et con- • voquée en mai 1789, avait été graduellement conduite* à

15 s'emparer de presque tous^ les pouvoirs ; après" avoir beaucoup fait*" pour répondre aux vœux'* du pays et aux nécessités de la situation, elle prit*- plusieurs résolutions téméraireset funestes'-' et voulut**que tous ses actes fussent'^ indistinctement acceptés et sanctionnés par la couronne.

20 Le roi Louis XVI. '® avait le pi-emier donné l'exemple des sages" réformes ; ses aspii'ations étaient pures, son cœur honnête et bon, mais il manquait de lumières, il était faible, irrésolu, et cédait facilement à des impulsions contraires. Après avoir fait"^ beaucoup de** concessions

25 qu'il jugeait'* opportunes et compatibles avec sa dignité, il s'effraya'" d'exigences nouvelles'''* qui lui'-^ parurent--' en opposition avec son devoir de roi, et essaya de lutter contre la violence du torrent révolutionnaire ; il ouvrit^* l'oi'eille'-^ aux ressentiments et aux'-^ ^ilaintes des membres

30 de sa famille, des courtisans et des privilégiés violemment'-' dépossédés ; et croyant"* voir'^" la"" France en périP' avec son trône, il eut recours à la force militaire pour''^ défendre les restes d'un pouvoir sapé déjà dans ses fondements ; des régiments furent appelés à Paris et à-*

35 Versailles.

La bourgeoisie et les meneurs de l'Assemblée nationale firent*" appel ''^ aux passions populaires et opposèrent à la menace des baïonnettes l'insurrection de la multitude. Les grandes questions qui agitaient les esprits

40 sortirent^* alors des débats pacifiques pour être livrées à

l'artitraire, à la force aveugle et brutale^ : de là surgirent de grands excès, ^ des crimes odieux, la guerre civile et toutes ses fureurs.

Le premier essai que^ la multitude fit* de ses forces fut l'attaque de la Bastille, forteresse^ redoutable, situe'e*^ à 5 l'extrëuiite' du faubourg Saint-Antoine : c'e'tait" là qu'étaient^ renferme's.' depuis des siècles, sur un simple ordre royal, ou lettre de cachet, la plupart de ceux c^ue le roi ou ses ministres jugeaient'" opportun d'arrêter et de retenir^' captifs en'-les dérobant à la justice des tribunaux^^ 10 o.rdiuaires légalement institués. La Bastille, pour cette cause, était regardée, non sans raison, comme le monument dun âge barbare, comme la citadelle du'* despotisme. Paris, dans'^ les premiers jours de juillet 1789, avait été le théâtre de rixes sanglantes entre le peuple et la 15 troupe ; le peuple demanda des armes, pilla la-sehal des Invalides, forgea^" des piques et, dans la matinée du 14,^® au cri de : A la Bad'Jle ! à la Bastille ! une immense colonne populaire courut^' attaquer cette forteresse occupée par une faible garnison de Suisses et d invalides. 20

L'attaque aurait'* échoué si trois cents^-gardes françaises-" ne l'eussent secondée.-' Jls accoururent'-'- avec des canons et marchèrent à la tête des colonnes. La Bastille fut prise,^'^ et des assassinats souillèrent la victoire populaire.

Une partie seulement des gardes françaises'-" avait été 25 entraînée dans l'insurrection de la miUtitude : Hoche fut de ceux qui demeurèrent .fidèles au drapeau. Caserne dans la rue Terte avec quelques conscrits formant'-* le dépôt de son bataillon, il ferma'--' la grille de son quartier, fit* de-^ grands elîorts pour^" empêcher qu'elle ne fût forcée 30 et défendit contre les assaut" de la populace déchaînée, les canons confiés à sa garde.

Les gardes françaises furent licenciés après la chute de la Bastille et répartis^* dans le& compagnies soldées de la garde nationale pour servir-^ sous les ordres du général 35 La Fayette. Hoche y^" entra, et il était sergent -majorai d'une de ces compagnies à l'époqtie des sinistres événements provoqués par l'arrivée de nouveaux^- régiments appelés à Yersailles dans les premiers jours d'octobre 1789. Une fête avait été donnée aux oflîciers de ces 40

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