‹ Lazare Hoche, 1793-1797;Chapitre 6 sur 67 · Js.B · texte numérisé non relu

Js.B

corps' par leurs camarades dans la grande salle de spectacle du Châceau : le roi et la- reine tenant' le jeune dauphin dans ses bras,^ parurent* dans cette réunion bruyante ; leur vue excita des cris d'enthousiasme : des 5 cocardes blanches^ furent distribuées et l'on* prétendit que les emblèmes tricolores et populaires' avaient* été foulés aux pieds. Le bruit de ce banquet se répandit dans Paris et y produisit^ une fermentation extrême ; l'arrivée des régiments, leurs dispositions hostiles, la crainte des

10 complots de la cour et surtout la disette tirent''' éclater un soulèvement redoutable. Une fille stins mœurs, Tliéroigne deMéricourt, donne le signal, le 5' ' octobre, en''' parcourant'^ les rues avec un tambour ; une horde de femmes la suit'* en''^ demandant du pain et en'^ poussant d'affreuses'* vocifér-

15 ations. Autour'-^ d'elles accourt''' de toutes parts une multitude furieuse'"; c'est'' sur Versailles que veut'**marcher cette foule désordonnée et un nommé Maillard, ancien huissier, '^ offre'-*'de l'y'-' conduire.'^^ Retenue^^ pendant sept heures par La Fayette, elle^* part'-^ enfin et jette'^* l'épouvante dans^'

20 Versailles. Un premier engagement avait eu lieu'-* entre les gardes du corps et cette foule désordonnée, quand La Fayette arrive pour la contenir, '■^^ à la tête de la garde nationale parisienne'^* ; sa présence ramène la sécurité et aux appi'oches de la nuit le calme se rétablit. Tandis

25 que™ chacun se livre au sommeil, quelques hommes du peuple trouvent une des grilles du Château ouverte'" ; ils entrent en'''' appelant leurs camarades ; l'alerte est donnée et un combat s'engage entre eux et les gardes du corps de service, dont'^- plusieurs se font'" tuer héroïquement à

30 leur poste en'- criant : Sauvez la reine! Marie- Antoinette, avertie du péril, s'élance de son lit et se réfugie auprès du roi. La Fayette vole à leur secours : il pénètre avec ses officiers et quelques grenadiers de la garde nationale soldée dans la royale résidence envahie : le sergent-major

35 Hoche était parmi eux, il contribua à repousser les envahisseurs : sa conduite fut remarquée, et le général lui donna des louanges.*

* Mémoires de La Fayette, tome ii., second récit des événements d'octobre.

Hoche cependant, nous l'avons' vu," avait embrassé Jivec ardeur les principes d'vme révolution qui suppri- /nait les privilèges et abaissait les obstacles devant'^ le mérite : mais son bon sens, anii^ de l'ordre et de la discipline, répugnait à l'anarchie et aux^ fureurs démagogiques : 5 ses vives^ sympathies pour la cause de l'égalité civile et de la liberté ne l'avaient" dépouillé ni de sa droiture, ni de son respect, ni de sa pitié, et il avait vu- un abominable attentat dans la violation de la roya,le demeure par la jiopulace. Hoche d'ailleurs avait un sentiment pro- 10 fond de l'honneur et du^ devoir : il se souvint,* le (î'" octobre comme au 14^" juillet, que la vraie place du soldat est en face de l'émeute et non au milieu d'elle, que son liouneur consiste à garder sa consigne et son drapeau, et que si, en des cas extrêmes, il peut" briser son^''^ épée, 15 il lui est toujours interdit'' de la tourner contre ceux qui la lui'^ ont confiée" pour'^ les défendre. Il se sentait'® la force de grandir par ses services, d'acquérir" tous'* les grades par des voies légitimes ; il eût* rougi de s'élever par la révolte ou par la trahison. 20

Progrès de la Révolution.— Premières défaites et victoires. — Hoche à l'armée des Ardennes.

Louis X'SnE." et sa famille avaient été conduits^" à Paris entre les piques" de la multitude qui avait envahi leur 25 palais à Versailles dans les journées du 5'"e't du 0'" octobre : il vivait^^au palais des Tuileries, plus prisonnier''^^ que roi,^* sous l'étroite surveillance de la garde nationale parisienne,"^ contraint"® à s;inctionner une série de mesures en opposition avec sa conscience, et la Révolution suivait^^ 30 son cours. Révolution sociale autant que politique, elle menaçait-* en Europe comme en^' France tous'* les intérêts liés à l'ancienne^^ constitution féodale de la société. Les princes français*" et les émigrés répandus dans les cours étrangères,*^ les remplissaient de leurs 35 plaintes et aussi de leurs terreurs et de leurs espér-

lO P.IOGRAriIIii..

ances. Ils montraient tous' les rois atteints^ ou menacés en la personne^ de Louis XVI. et la France gémissant* sous la tyrannie de quelques démagogues, et ils ijromettaient^ téin^rairement un soulèvement général 5 de la nation en faveur du roi si les armées étrangères'® franchissaient les frontières du royaume.

Ainsi fut préparée en 1791 la première^® coalition" entre les souverains allemands qui compromirent Louis XVI. en' proclamant la solidarité de leur propi-e cause avec la

10 sienne* et rendir.ent sa situation plus périlleuse® et plus cruelle. '"

Après une malheureuse® tentative de la famille royale pour" gagner la frontière et son'' arrestation à Varennes, la déchéance du roi fut proposée : mais l'Assemblée

15 constituante repoussa la motion comme inconstitutionnelle'": elle foi'ça'- le roi à garder sa couronne, elle le scella sur son trône, et, en même temps, elle, lui enleva tout pouvoir, tout moyen de régner.

Déjà les Prussiens avançaient,'^ nos armées reculaient

20 deviint'* eux et la France était entamée. A chaque progrès de l'ennemi répondait, au sein de la multitude dans Paris, un surcroît de fureur contre le roi et la reine, trop malheureux'^ et trop menacés pour n'être pas soupçonnés de complicité secrète'*^ avec ceux qui s'annonçaient''' comme

25 marchant* à leur délivi'ance, et accusés, non sans fondement, d'entretenir'* des relations avec les princes de leur famille armés pour leur cause. Déjà la populace, dont"* d'ardents^" démagogues entretenaient'* la fureur, faisait^' la loi à la Commune ou municipalité de Paris, et dominait

30 l'Assemblée : au 20'- juin 1792, elle fit^' irruption aux Tuileries et abreuva le roi d'outrages ; au 10''' août, elle renversa le trône en égorgeant'-'^ ses défenseurs : Louis XVI. et sa famille furent incarcérés au Temple. Cependant l'ennemi avançait'^ toujours : Longwy fut pris'-'* et

35 Verdun investi. Le courroux ^iopulaire ne connut'-'^ plus de''''' bornes ; il s'enflamma contre les nobles et les prêtres suspects de''' former des vœux^* pour le succès des armées étrangères.'" Plusieurs milliers d'infortunés, appartenant^® aux anciens ordres privilégiés, furent

40 arrachés de leur domicile et entassés pêle-mêle dans

les prisons de Paris. Le 2' septembre enfin, jour* d'exécrable mémoire, '^^ la plus vile populace, encourage'e par le concours des autorités municipales et par la complicité tacite du ministre de la justice Danton, se rua sur les prisons et massacra prescj^ue tous les prisonniers avec 5 une épouvantable barbarie.

Mon but n'est pas de raconter ici les scènes sanglantes de nos troubles civils auxquels Hoche, à cette ép<.que, demeura complètement étranger : il m'a falkv^ cependant rappeler en peu* de mots ce qui était indisperi- 10 sable â dire^ pour faire® comprendre' la situation générale ^ du pays au moment où son* héroïque figure commence^ à paraître^" dans la grande lutte entre l'Europe et la France envahie.

Les armées étaient alors l'asile de toutes les gloires de 15 la patrie. D ns aucune autre classe de la nation le sentiment de l'égalité ne fut plus pur, parce qu'il n'y en avilit aucune où il s'unit^^ mieux^^ à la plus stricte équité, et qu'il était naturel et juste que la patrie se montrât" reconnaissante" et généreuse'^ envers ceux qui donnaient 20 leur sang pour elle.* Là, le pur enthousiasme de la liberté était entretenu'® dans les cœurs comme aux pi'emiers jours, parce qu'aux armées l'idée de la liberté s'alliait heureusement avec celle de l'aûranchissement du sol national : cette idée, réveillant" les sentiments les 25' plus généreux, n'avait encore rien perdu de son prestige, et elle fit'- sur nos frontières ce qu'elle a fait'* partout, elle enfanta des prodiges d'héroïsme et de dévouement. L'amour de la liberté ainsi confondu avec le patriotisme, fut exalté encore davantage'® dans l'âme des soldats par 30' -l'abolition des servitudes féodales qui avaient pesé d'un poids si lourd sur leurs familles, et, lorsqu'au chant terrible de la Marseillaise, ils se ruaient sur les Mrmées de l'Europe soudoyées par les rois, ils croyaient-*' bien véritablement courir,'^' non-seulement au secours de la 35 patrie menacée, mais au&si à la délivx'ance des peujDles encore soumis'-'- au joug féodal et qu'ils nommaient leurs

* Avant la Révolution, le brevet d'officier n'était accordé, sauf de trèsrares exception», qu'au priNilége.

frères. Voilà pourquoi la Révolution, malgré tant* de violences et de crimes, demeura toujours populaire dans nos armées rajeunies composées de volontaires : et c'est ainsi, qu'après de premiers échecs, elles devini-ent^ invin- 3 cibles.* \

Ces échecs étaient inévitables au début de la Révolution. Les officiers, ajDpàrfenant''^ alors, la plupart, à l'ancienne'^- noblesse, ils formaient une classe distincte de celle des soldats, et il y avait dans l'armée deux castes

10 divisées d'intérêts et d'opinions : le chef se défiait des soldats, le soldat n'avait aucune confiance dans ses chefs, de là une complète'' désorganisation en face de l'ennemi et de nombreux revers. Beaucoup* d'officiers avaient déjà quitté leurs régiments pour suivre" les princes dans

15 l'émigration : une foule d'autres les imitèrent^'' dans la suite ou furent expulsés par leurs soldais : ils furent remplacés dans tous les grades depuis le sous-lieutenant jusqu'au général, par des hommes sortis® des rangs, et ceux des anciens officiers généraux," nobles la plupart,

20 qui conservèrent leurs commandements, La Fayette, Beurnonville, Custine, Biron, Dumouriez,t Kellermann, avaient tous adopté les principes de 1789, et continuèrent à servir® avec ardeur et dévouement la cause révolutionnaire. L'harmonie commença" donc à se rétablir

25 entre les chefs et les soldats, et nos armées remportèrent alors levu's premières^^ victoires.^*

Elles avaient vaincu^'' sous Kellermann à Valmy, sous Custine à la frontière du Rhin, sous Dumouriez à Jemmapes ; la Belgique était conquise'^ et l'ennemi repoussé

30 sur tous les points, lorsque le supplice de Louis XYI,'* lun des princes les plus vertueux qui aient'^ honoré le trône et que la constitution déclarait inviolable, excita au plus h.iut degré l'horreur publique,'® enleva à la Révolution

* La Révolution leur criait : " Volontaires. p.ry llourezi 7 pour délivrer tous les peuples vos frères."

Contents, ils disaient! 8 oui !

" Allez, mes vieux soldats, mes généraux imberbes ! " Et l'on 19 voyait 2 0 marcher ces va-nu-pieds 21 superbes Sur le monde ébloui. — V. Hcgo.

40 t Dumouriez était d'une anc'enne2 2 familîe parlementaire.

Ifl. 56.

i>£ LAZARE HucHli. I3

une foule de cœuio qui lui étaient' jusque-l\ demeurés* de'voués. et décupla le nombre de ses ennemis en Europe et en Fmnce. Ce funeste résultat de l'attentat du 21' janvier est selon moi le plus irrécusable argument contre une doctrine perverse qm pose en principe que les actes 5 viulents et criminels des terroristes étaient indispensables pour assurer le triomphe de la Révolution française : on n"a jamais fait* a celle-ci un tort plus grave, une plus ' cruelle^ insulte qu'en* supposant que les gi-andes idées et les nobles sentiments dont" s'inspirait à son deTjut 10 l'Assembiée constituante aient^ été, quatre ans plus tard, sans cause sérieuse,* complètement éteints'" dans les âmes, et a ce point oubliés, qu'il fût nécessaire de suppléer en 1793 par la Terreur à l'élan et à l'enthousiasme généreux de 1789. S'il est vrai cependant, s'il est impossible 15 de nier qu'on obtint" par elle des ressources que ie dévouement n'aurait plus données,'^ il n'est pas moins" vrai et il importe de dire'* que la cause de la Révolution avait été déjà compromise^ et perdue aux yeux'® de la masse des honnêtes gens par beaucoup d'excès'^ et de crimes £0 commis'* en son nom et entre lesquels le- supplice do Louis XVI. '^ fut le plus odieux. L'indignation qu'il inspira multiplia les dangers autour''*' de la Convention naciunale, et elle fut ainsi entraînée dans une voie nouvelle^' de violences et de fureurs où il lui devint'" chaque 25 jour plus difficile de s'arrêter.* La coalition précédente

* La Révolution prîtes un caractère nouveau après les mas^a'^res de septembre et le supplice du roi, et lorsiiiron songe que le Comité de saî .t pulilic, créé en 1793, fut conduit?! de violence en vio'ence et de crime en crime, jusqu'à menacer indistinctement de la hache révciu- 3O tioinaire tout le monde sans distinction de classe, de sexe et d'.itre, ju-qu'à trancher les tètes les plus illustres et les plus vénérées jusqu'à iijinioler les vieillards, les femmes, les jeunes filles, les p. us pauvres comme les plus riches, les amis de la Révolution comme ses ennemis, charriés en masses à l'échaîaud, ces beaux vers de Rsfcine, adressés par 35 Burrhus à Xéron, reTiennentK à la mémoireî5 :

. . . n vous fatidra26 courir2" de crime en crime,

Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés,

Et :aver dans le sang vos brasi" ensancrlantés :

Vf us allumez un feu qui ne pourras? s'éteindre, 10 ^

Crainf de tout l'univers, il vous faudra26 tout craindre,»

Toujours punir, toujours trembler dans vos projets,

Et pour vos ennemis compter tous vos sujets.

— Britannicut, acte rv., scène iii.

Page 1