‹ Lazare Hoche [microforme] (volume 3)Chapitre 14 sur 49 · SORTENT SERR · texte numérisé non relu

SORTENT SERR

bretons et à exercer un grand ascendant sur les chefs insurgés ‘ent les principaux survivants, après le grand désastre des Vendéens au Mans et à Savenay, étaient, nous l’avons dit, Stofflet et Charette.

5 Puisaye, présent partout, veillant à tout, fut le véritable organisateur de la chouannerie ; exhortant à attaquer les postes isolés, à enlever les détachements républicains et les convois de vivres et de munitions, à s'emparer des caisses publiques ; créant sur une foule de points, avec

10 le secours des prêtres, des moyens de résistance et nouant habilement toutes les trames de l’insurrection. Les armes et les munitions faisant défaut, Puisaye se rendit à Londres dans l’automne de 1794, pour obtenir l’assistance et la coopération du gouvernement anglais, et 1l 15 icjut à la même époque des pouvo':5s très-étendus de Monsieur, comte de Provence qui, depuis la mort du son frère, prenait le ‘itre de régent du royaume.* Puisaye entretint de Londres une correspondance active avec les chefs insurgés de la Vendée, de la Bretagne et de l’Anjou, zo et il eut, dans les pays insurgés, pour principal instrument Desotteux, baron de Cormatin, qui prit le titre de major général des armées catholiques dans l'Ouest. Trois armées républicaines, après la révolution de thermidor, occupaient les départements où l'insurrection 25 s'était propagée, l’armée de l'Ouest en Vendée, sous le général Canclaux, celle de Brest en Bretagne et l’armée des côtes de Cherbourg disséminée dans le Maine et la basse Normandie. C'était celle-ci dont, en septembre 1794, le général Hoche avait reçu le commandement, 30 auquel le Comité de salut public ajouta plus tard celui de l’armée de Brest: ces armées réunies ne dépassaient pas quarante mille hommes, forces tout à fait insuffisantes pour occuper cent cinquante lieues de côtes le long d’un pays accidenté, coupé de ravins, privé de routes, hérissé 35 de forêts, et dont la population, tout entière hostile, était exaltée tout à la fois par la passion religieuse et par une haine inextinguible pour la cause révolutionnaire, celle-ci

* Ce prince, frère puîné de Louis XVI, fut appelé au «rône en 1814 et régna sous ie nom de Louis XVIII.

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échelle étant inséparable à ses yeux d’un exécrable système de grand Spoliation, de tyrannie sanglante et de terreur. taient, ritable uer les , ins et er des IT.

, AVEC jouant Hoche dans ies départements de l'Ouest. — Amnistie et première armes pacification, 5 adit à Hoche trouva son armée des côtes de Cherbourg dans assiste un état de désorganisation complète : les soldats, dissé- , til minés par détachements dans les villes et les gros lus de bourgs, avaient perdu l'habitude de la discipline et des SE exercices militaires : ils se croyaient tout permis, vivaient 19 4 de pillage et se répandaient dans les campagnes vec les insurgées, beaucoup moins pour rallier leurs habi- Anjou, tants au gouvernement républicain que pour s’y livrer spl à tous les désordres et y commettre les plus odieuses itre de exactions. Hoche comprit que son premier devoir r . Sur les côtes de l'Océan, comme l'année précéon de dente dans les Vosges, était de réorganiser l’armée, d'y eu réveiller le sentiment de l'honneur et du devoir, et pour vue cela de tenir les soldats réunis autour du drapeau, sous ee les yeux et sous la main de leurs chefs. Il les retira, 29 cet la dans ce but, des villes et des bourgades où ils étaient embre cantonnés, obligeant celles-ci de veiller à leur propre “Hene sûreté, et il forma, dans les campagnes, un grand 1 celui nombre de camps retranchés renfermant chacun deux ou ssAIenL trois cents hommes qu'il tint constamment en haleine. Il 25 Isantes les occupa, durant le jour, aux travaux de leurs reg d es tranchements, et la nuit à de fréquentes excursions pour hérissé dissoudre tout rassemblement armé, prévenir les surprises Stat de lennemi et pacifier les campagnes. Lui-même RER donnait l’example, ne prenant aucun repos, veillant à 30 celle-ci tout, marchant souvent à pied, le fusil sur l'épaule, à travers les forêts et les champs, comme un simple rône en

grenadier à la tête des colonnes. Il faisait observer,

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dans ces excursions comme dans les camps, la plus rigoureuse discipline, punissant la maraude sans merci, ordunnant de bien traiter les habitants inoffensifs ou soumis, compatissant à ‘eurs misères et cherchant, par tous les moyens, à faire passer les nobles sentiments Ge son âme dans celle de ses officiers et de ses soldats: ces sentiments se retrouvent tous dans l'ordre du jour qu'il publia, le 9 novembre 1794: on croit y entendre un écho du langage des hommes de l'antiquité : “ A la voix de ia patrie, disait Hoche, l'homme libre s’arme et court défendre ses foyers, sans chercher à imiter l’esclave de la tyrannie qu’un vil intérêt ou la crainte du châtiment fait mouvoir ..… Le républicain qui ne connaît pas de maître, mais qui chérit ses devoirs, et dont la discipline sevère consiste dans l’ardent amour de son pays, les observe partout ; 1! protége les faibles contre l'oppression des forts, fait ‘especter rigidement les propriétés, console les malheureux et les aime tous. J1 fuit la volupté et l’ivresse ; elles dégradent l'âme: ii ne connaît pas d'autre parure que l’entretien de ses armes et de son vêtement : il n'affiche pas les vertus, mais elles lui sont chères, il les pratique: il est vainqueur, ou il périt honorablement.”*

On sent, dans ce langage mâle et fier, l'accent de la vérité: ce ne sonc prs là des phrases de convention, bonnes pour la circonstance et dont on ne se souvient plus après les avoir dites ; on y entend la voix du chef de guerre, du citoyen et de l'honnête homme ; Hoche est à tout entier. Il exhortait mieux encore par l’exemple que par les paroles et pratiquait, en toute occasion, ce précepte dont il avait fait sa devise: Jes non verba. (Il faut agir et non discourir.) En se montrant à propos ind ulgent et sévère, toujours soigneux de la discipline, attentif à pourvoir aux besoins “matériels des armées et plus encore à soutenir et à relever leur sens moral, toujours cimple et toujours digne, il sut conquérir plus rapidement peut-être qu'iucun général le respect enthousiaste et l’amour de ses soldats, dont il était la

* Rousselin, Corresp. de Hoche, p. 109.

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père, et il disait vrai lorsqu'il écrivait avec enjouement, à cette époque dé sa vie : ‘* L'armée de la Moselle était une grande fille que j'aimais comme une maîtresse : celle-ci est une enfant chérie que j'élève pour en faire hommage à la patrie.”

Hoc' 3 se trouvait, lans l'Ouest, au milieu de la chouannerie, dans cette guerre de haies, de chemins creux et de surprises nocturnes, faite par un ennemi le plus sorvent invisible: il étouffait sur ce" théâtre si triste et si étroit pour un homme d’un si grand cœur et d’un si beau génie, Il se faisait violence au dehors, mais il s’'épanchait dans sa correspondance intime : on l’y voit tressaillir d’allégresse au bruit des succès de son ancienne armée de la Moseile, devenue armée de Sambre-et-Meuse, ‘Je désire, écrivait-il, qu'on s'y souvienne qu’autrefois j'y servai aussi” En apprenant la grande victoire de Jourdan à Fleurus, il écrit avec une m.destie charmante: “Si je ne craignais d’être importun, j'adresserais quelques lignes à Jourdan: mais l’écolier a .-il en ce moment le droit de distraire le maître? Continuez, braves et anciens ami, à soutenir votre nom: lorsque la postérité fouillera votre correspondance, peut-être une lettre de moi, qui se trouvera là par hasard, témoignera de votre amitié et me fera échapper au naufrage de l'oubli.”

Cependant il ne néglige aucun de ses devoirs dans le champ épineux et restreint où il est condamné à agir: il s’y voue tout entier et il déploie, dans les instructions qu’ ‘:..ne à ses officiers, les qualités du vigilantcapitaine et ‘er de l’homme politique, “Ne me‘tez, dit}, à la Us colonnes que des hommes parfaitement disciplinés, en état dr se montrer aussi vaillants que modérés et d’être méucurs autant que soldats ;” il leur recommandait d'acquérir une parfaite connaissance des lieux, de s’aboucher et de se lier avec les paysans pact fiques, de les rassurer, de gagner leur affection par des procédés bienveillants et sincères, tout en lutt’nt de Stratagèmes ct de finesse avec les chouans. ‘“ Mettons en œut’e, ‘lt1l, humanité, la vertu, la probité, la force,

la ruse même au besoin, et toujours la dignité qui con-

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