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Bientôt elles se séparèrent; l’une d’elles resta unie, l’autre se divisa. Bons anciens, n’eussiez-vous pas vu là un présage significatif de ce qui doit arriver après la pacification ?
La situation de Hoche devint alors très-pénible. La 5 paix, dictée en quelque sorte par les insurgés et par Cormatin, représentant de l'agence royaliste en Bretagne et en Vendée, donna au parti qui voulait continuer l'insurrection et la guerre une confiance exagérée en ses forces. ‘Il n’y eut pas, écrivait alors l’adjudant général Savary, un seul insurgé des deux côtés de la Loire, qui ne s'imaginât avoir fait grâce à la République.” * Une telle présomption engendra le mépris pour les autorités républicaines et pour les forces du gouvernement, et de graves excès furent commis en beaucoup d'endroits avec l'audace que donne la certitude de l'impunité,
Les nombreux représentants en mission dans l’Ouesi, la plupart gens médiocres, faibles et vaniteux, n'étaient d'accord que pour s'attribuer le mérite d’avoir délivré la République d'un fléau exterminateur et pour se donner comme les principaux auteurs de la pacification ; ils étaient divisés sur les moyens de la consolider : les uns voyaient ces moyens dans des mesures rigoureuses, les autres dans des concessions nouvelles. Ils agissaient en conséquence, et chacun à son point de vue particulier, donnant des ordres contraires et subftituant partout leur autorité À celle des généraux,
disposant des troupes à leur fantaisie, incapable d’or-
ganiser rien de durable, également impuissants à combattre l'anarchie et à contenir la rébellion. Déjà de toutes parts s’élevaient des plaintes contre les généraux
et les fonctionnaires hors d'état de réprimer les désordres et de prévenir les actes violents et audacieux
d’une foule d’insurgés qui, au mépris de la pacification, Parcouraient en armes les campagnes, f et souvent même :
* Lettre au général de Grouchy.
+ Sous prétexte de calmer les esprits encore agité: les chefs parcourant les paroisses, mettaient en réquisition les hommes
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uis seize jusqu'à quarante ans. L'heure de la messe était
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10 public comme coupable par les représentants dont il avait lui-même tant à se plaindre,
Le Comité, jugeant de la situation sur les rapports erronés de la plupart des représentants en mission dans l'Ouest, et entretenu par eux dans une dangereuse
15 illusion sur les dispositions des esprits en Bretagne et en Vendée, accueillit leurs plaintes contre Hoche et lui adressa plusieurs dépêches remplies de rémontrances et de reproches amers. Profondément blessé et consumé de chagrin, Hoche répondit cependant au Comité d’un
20 ton calme et digne: “La Position d’un général dont l’armée est divisée en pelotons de soixante, quatre-vingts Où cent hommes sur une surface de quatre mille lieues Carrces, n’est assurément pas brillante : elle est bien malheureuse si, en redoublant tous les jours d'efforts
25 pour bien servir son Pays, il est accusé de faiblesse et de négligence par le gouvernement auquel il est
dévoué, tandis que ses ennemis l’accusent hautement de mettre trop de rigueur dans sa conduite... Je n’ai pas craint jusqu'à ce jour de dire la verité ; vous avez 3° PU Vous en convaincre par les ennemis que je me suis faits: je pourrais répondre à ceux-ci; mais je ne donnerai pas aux ennemis de ma patrie le spectacle d’une lutte avantageuse pour moi, il est vrai, mais Scandaleuse pour la République.”
35 Cette lettre, à laquelle le Comité ne répondit pas, fut
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celle du railliement. On se rendait en armes à l’é
passait des revues avec cocardes et panaches blancs ** Vive le roi.” (a)
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suivie pour Hoche de Quelques jours d’une anxiété douloureuse et qui se révèle dans Sa Correspondance intime avec le général Le Veneur, son ancien chef et son ami. ‘“... Je suis las, écrit Hoche, d’être ainsi ballotté.… Te ne puis rester plus longtemps soumis au € Caprice des événements. Sachez quels reproches on me fait. Est-ce d’avoir dit Ja vérité? Je la dirai toujours. Hélas! il y a un an, j'étais au fond d’un cachot bien humide pour l'avoir dite : cela ne m'a pas corrigé... Que m'importe, après tout, que les hommes ro me rendent justice, si ma conscience ne me reproche rien. Heureux habitant du Morbihan, qui ne vis que Pour adorer Dieu, j’envie ton sort; que ne suis-je à ta place !...” Hoche apprend alors que le général Jourdan, le vainqueur de Fleurus, est comme lui menacé d’une disgrâce ; il 6: frémit d'indignation et de douleur, “Eh quoi! ditil, l'intrigue l’'emportera toujours! Jourdan, le plus pur de nos généraux, Jourdan est méconnu!” A cette nouvelle, le découragement s'empare de son âme, il songe à résigner son commande- 20 ment, Il aspire À vivre loin des intrigants, loin des hommes, dans la retraite, auprès de sa compagne. Mais bientôt il se relève, il Songe à sa patrie et redevient luimême : “Je me dois à elle tout entier, écrit-il À son beau-frère ; ah! puissé-je la servir autant que je l'aime ! 2 + Va, quoi que fasse l'envie, elle ne nous abattra point, Nous avons pour défense le souvenir de ces belles journées dans lesquelles nos armes fixtrent la victoire, Nos juges sont les soldats de Fleurus et de Wissembourg. La gloire ne met pas à l'abri de la pro- 30 SCription, mais elle immortalise le proscrit, et monter les degrés de l'échafaud, c’est parfois gravir ceux du Panthéon ! ” *
Hoche ne fut pas destitué: mais il perdit le commandement des côtes de Cherbourg, qui fut donné au 35 général Aubert du Bayet. Il ne commandait plus alors en titre que l’armée de Brest, mais ses collègues du Bayet
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* Lettre citée par M, Bergounioux, Vie de Lazare Æoche,
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et Canclaux s’accordèrent pour témoigner à ses avis une
déférence puisée dans le sentiment intime qu'ils avaient
tous deux du mérite de Hoche et de la supériorité de ses talents.
5 La situation des armées républicaines en Bretagne devenait très-critique: tandis que, d’une part, les chouans, dans la prévision d’une insurrection nouvelle, s’'entendaient pour accaparer les subsistances et pour rendre fort difficiles les approvisionnements des troupes
ro du gouvernement; d'autre part, les ordres les plus sévères interdisaient à celles-ci les réquisitions forcées et le maraudage: la disette se fit sentir, les chouans en profitèrent pour embaucher les soldats, qui désertèrent en grand nombre.
15 Hoche redoubla d’efforts et de vigilance, tout en se renfermant strictement dans ses instructions : 1l sut, l’aide des prêtres qu'il traitait avec beaucoup d'égards e et de bienveillance, organiser sur tous les points une police très-active, et prévenir ainsi par la rapidité de son action
20 beaucoup de désordres. Il acquérait en même temps chaque jour davantage la certitude d’un soulèvement prochain et général. Il se contenait cependant, résolu à ne donner aucune prise à ses adversaires et à s’ab-
stenir à l'égard des chouans de tout acte hostile jusqu’à
25 ce qu ’il eût en main des preuves irrécusables de leurs projets agressifs. Il ne perdait jamais de vue Cormatin, linfatigable instrument de l'agence royaliste: il le croyait aussi faux que présomptueux et 1l avait, en plus d’une occasion, répondu par le mépris à son insup-
30 portable jactance. Crrmatin humilié se vengea en
dénonçant Hoche aux représentants qu'il intimidait, et
se posa comme arbitre de la paix et de la guerre: “ Je n'ai qu'à faire un signe, disait-il, et toute la Bretagne est
à moi et debout.”
Hoche enfin obtint la preuve écrite et ardemment désirée du danger qu’il avait pressenti et de la conspiration flagrante de plusieurs chefs insurgés contre la République. Une lettre adressée au baron de Solilhac
et à deux autres officiers chouans, fut interceptée, elle it pour signature le nom de Cormatin et celui de
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Bois-Hardi, qui s'était acquis dans la guerre civile une grande céputation de vaillance et d'audace. Elle révélait leurs projets ultérieurs et annonçait la prochaine reprise de la guerre contre la République : aucun doute n’était plus possible. Hoche envoya cette lettre au Comité de salut public, et obtint, de quelques-uns des représentants en mission, l’ordre d’arrêter Cormatin et Bois-Hardi, signataires de la lettre, ainsi que les trois chefs à qui elle était adressée,
Instruit par Hoche, le Comité Prescrivit de ramener ro les hommes égarés, de protéger les hommes paisibles et d'exécuter la pacification à l'égard des cheïs royalistes Soumis de bonne foi, mais il ordonna aussi de pour- Suivre sans relâche les chefs qui l’auraient violée et de désarmer les communes.* Le Comité donna en même 15 temps à Hoche les pouvoirs nécessaires pour agir et Pour disposer seul des troupes placées sous ses ordres.
Cormatin et Solilhac furent arrêtés, Bois-Hardi et les deux autres chefs compromis résistèrent et périrent bravement les armes À la main. Les chouans com- 20 prirent que la République ne se contenterait plus d’une paix simulée. Ainsi avertis, ils reprirent leurs armes et se tinrent prêts à combattre : on annonçait la prochaine
annonça la reprise de la guerre dans son ordre du jour à
Marchez avec votre valeur accoutumée sur les rassernblements des rebelles : dissipez-les, désarmez-les ; mais 35 Épargnez le Sang, il a déjà trop coulé... Scrupuleux observateur de l'acte de pacification, j’accueillerai avec humanité et fraternité CEUX qui se soumettront de bonne
* Aïrêté du 20 juin 1705.
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foi... je poursuivrai les parjures sans relâche jusqu’à ce qu’ils aient mis bas les armes: c’est aux chefs des révoltés que je men prendrai particulièrement : ceux-là seront frappés sans pitié.” *
5 Ce fut le signal d’une nouvelle guerre: des colonnes mobiles parcoururent la contrée en tous sens et fon: dirent sur les rassemblements armés qu’elles dispersèrent; mais il s'en formait partout; en peu de jours la Bretagne fut en feu: les chouans accouraient se ranget
10 autour de leurs chefs : ils se dirigeaient en masse vers les côtes du Morbihan, et bientôt l’escadre anglaise, portant plusieurs régiments d’émigrés et de grands secours d'armes et de munitions, vint mouiller en face de la côte bretonne, dans la baie de Quiberon.