IV
Quiberon.
Le comte de Puisaye avait enfin décidé le gouvernement britannique à armer une expédition formidable pour tenter un débarquement et pour seconder les
20 efforts des chouans sur les côtes de Bretagne. Plusieurs régiments émigrés de l’armée de Condé, après les défaites consécutives de la coalition sur le continent, étaient déjà passés, depuis la campagne précédente, à la solde de l'Angleterre: le gouvernement anglais en forma
25 cinq corps réguliers et plusieurs cadres d’autres régiments appelés à se compléter en Bretagne à l’aide des chouans. Les cinq corps enrégimentés étaient: 1° le régiment d'Hervilly ou Royal-Louis, qui avait ‘pour colonel le comte d'Hervilly, appelé à un commande-
30 ment supérieur ; 2° la légion de la marine, commandée par le comte d'Hector, ancien chef d’escadre, et presque
* Ordre à l’armée du 1° juin 1795. — Rousselin, Corresp., p. 177.
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toute composée d’offciers émigrés de l'ancienne marine royale ; 3° la légion du Drenay, sous les ordres du marquis de ce nom: 4° le régiment de Loyal-Émigrant ou de la Châtre; s° enfin un régiment d'artillerie commandé par M, de la Rotalie, et formé presque en entier des officiers et sous-officiers de cette arme qui avaient défendu Toulon contre la Convention. Les principaux chefs de cette petite armée, d’environ cinq mille hommes, étaient les comtes de Puisaye, d'Hervilly, de Vauban, Du bois, Berthelot, et le chevalier de Tinténiac } 10 l'évêque de Dol, avec une suite de prêtres missionnaires, ACCOMmpagnait l'expédition, Cette première division d'émigrés portait la cocarde blanche afin de conserver à leur entreprise un Caractère national. Ces régime’ 3 et ces cadres furent seuls embarqués d’abord, avec un 1 matériel assez considérable en armes et en munitions.
Ce premier convoi devait être promptement suivi d’un second, porteur des débris ’e plusieurs autres régiments d'émigrés réunis en Hanovre pour être transportés en Bretagne, Ces Corps, cruellement éprouvés et dérimés, 20 étaient les restes des corps de Béon, de Rohan, de Périgord et de Salm: ils formaient, sous le commandement du jeune comte de Sombreuil, un total de quinze cents hommes : ils descendirent l’Elbe, furent transportés sur une escadre anglaise à Portsmouth, et de là dirigés sur 2 Quiberon. Enfin, lorsque les deux premières expéditions auraient réussi À opérer un débarquement, si la Bretagne se soulevait, comme l'avait annoncé Puisaye, et sil pouvait prendre possession d’un point important sur la côte, une nouvelle xpédition, portant une armée anglaise, 30 un matériel considérable et un prince français, le comte
‘Artois, devait Sur-le-champ mettre à la voile. Ce fut une première faute d’avoir partagé l'entreprise en trois expéditions sans les destiner À agir simultané-
» fut d’avoir divisé le commandement entre le comte de Puisaye dont le gouverne-
ment britannique redoutait l'esprit d'aventure et d’audace. et le comte d'Hervilly, chef du Premier régiment d’émi- 40 k 2
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grés, homme méthodique, strict observateur des règles de
Vart, beaucoup plus propre à commander une armée
régulière en rase campagne qu'un corps de volontaires
dans une guerre d’invasion où le succès dépend de la 5 rapidité des mouvements et de l’audace de l'attaque.
Puisaye exigeait avec raison qu'on débarquât tandis que la côte était encore faiblement gardée, et qu’on s® portât rapidement en avant, appelant à soi toutes les bandes armées des chouans qui parcouraient le pays, et
10 en se hâtant de les enrégimenter : il voulait enfin qu’on s’emparât, sur-le-champ, d’une ville importante du littoral et qu’on y proclamât Louis XVII en annonçant la prochaine arrivée d’un prince français. Ainsi conduite, l'entreprise avait des chances réelles de succès, dans
15 l'état où étaient en France les eprits et au plus fort de la réaction thermidorienne contre les terroristes et la Convention. Mais le prince qui aurait pu rallier toutes les fractions du parti royaliste ne parut pas ; les démêlés entre les chefs, leurs losgues hésitations pour le
20 débarquement firent perdre un temps précieux. Enfin l'avis de Puisaye l’emporta: le commodore Warren décida la descente : elle eut lieu le 27 juin 1795 dans la baie de Quiberon, formée d’un côté par la côte de Bretagne, de l’autre par une presqu'île longue d’environ
25 deux lieues et dont la largeur varie sans dépasser trois kilomètres. C’est la fameuse presqu'ile de Qr'heron, jointe à la côte bretonne par une bande de sable étroite et d’une lieue de longueur, nommée la Falaise. Le fort Penthièvre, occupé par sept cents républicains et con-
30 struit au centre de la presqu’ile, défendait les approches de celle-ci du côté du cuatinent.
L'expédition débarqua au fond de la baie au village de Carnac. Au même moment, des bandes de chouans accoururent, conduits par, leurs principaux chefs,
35 Dubois, d’Allègre, Mercier, George Cadoudal ; ils dispersèrent sur la côte quelques détachements républicains et se rendirent au rivage au nombre de quatre où cinq mille hommes ; les paysans du voisinage se réunirent à eux au cri de: Vive le roi! et Puisaye crut à l’insurrec-
40 tion prochaine de toute ia Bretagne. Mais bientôt de