‹ Lazare Hoche [microforme] (volume 3)Chapitre 22 sur 49 · UT · texte numérisé non relu

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tandis que les vents déchaînés avec fureur soulèvent le sable en épais tourbillons : les soldats ne distinguent plus ni leur direction ni la voix des chefs, et s'arrêtent dans un désordre affreux. Enfin ils reprennent leur 5 marche et parviennent, après beaucoup d'efforts et sans être aperçus, au pied des remparts, au centre de la position ; là ils s'arrêtent et attendent des nouvelles de l’attaque de gauche. Celle-ci échoua ; Humbert, arrêté par la fureur des éléments, ne put atteindre la forteresse 10 qu'aux premières lueurs du jour, au moment même où la division centrale était découverte par les assiégés. Les canonniers toulonnais firent feu sur elle et donnèrent l'éveil à une chaloupe anglaise qui accabla la division d’'Humbert, sous les boulets et les obus. Il 15 fallut se retirer : et Hoche rallia les républicains et commença la retraite. La journée semblait perdue : l'unique chance de succès dépendait maintenant de l'attaque de droite, commandée par Ménage et entreprise sous la direction du transfuge David. Elle présentait d’im- 20 menses difficultés. La mer en fureur battait le roc bastionné au pied duquel David amena la colonne républicaine, protégée par le bruit des flots furieux et par les ténèbres. ‘Ménage et sa troupe escaladent le roc, s’accrochant aux ronces,-aux arbrisseaux, se faisant 25 des échelons de leurs baïonnettes qu’ils enfoncent dans les crevasses, et s’aidant, se poussant les uns les autres, ils parviennent au sommet. Le parapet restait à gravir et, au cri d’une sentinelle, ils pouvaient tous êcre précipités dans la mer. Mais ils entendent des paroles 30 amies : David avait des complices dans le fort, et ceuxci tendent la main aux républicains qui s’élancent sur la plate-forme. Les royalistes, qui s'étaient crus vainqueurs, sont surpris et massacrés, les canonniers toulonnais pris à revers sont tués sur leurs pièces: tout ce 35 qui résiste est égorgé, et Ménage plante sur la muraille le drapeau tricolore. Hoche l’aperçoit et rebrousse aussitôt chemin ; il entre sans résistance dans la forteresse, embrasse Ménage, le nomme général de brigade

et dispose tout pour compléter sa victoire.” *

* Rouget de l'Isle, Sonvenirs de Quiberon.—De la Tousche,

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Au premier bruit de la prise du fort, Puisaye comprit que tout était perdu. Il ne s'agissait plus de défendre la presqu'île ouverte au flot toujours grossissant des troupes républicaines, mais d’arrêter celles-ci assez longtemps pour permettre aux débris de l’armée royaliste de se 5 rembarquer. Sombreuil et lui priren: à la hâte, dans ce but, au milieu d’une confusion épouvantable, d’urgentes et vaines dispositions. Toute l’artillerie était prise ou détruite; aucun retranchement n'était élevé dans

l’intérieur de la presqu'île, encombrée par la foule des 10

blessés et par une multitude de paysans, vieillards, femmes, enfants, courant tous en désespérés vers le rivage, rompant et entraînant avec eux les valeureux bataillons qui essayaient de se former et qui n'avaient

que leur poitrine à opposer aux feux violents de la 15

mousqueterie et des canons. Sur divers points, ralliés par Sombreuil, ils parvinrent à se former et, se précipitant sur les républicains avec toute la furie du désespoir, ils les firent reculer : vains effsrts ! que pouvait l’héroïque

valeur de trois ou quatre mille hommes contre un ennemi 20

quatre fois plus nombreux et enivré par la victoire! A chaque moment les royalistes perdaient du terrain et se rapprochaient de la mer; mais la marée était basse, la flotte anglaisse était à l'ancre à une lieue du rivage, et la

tourmente soulevait encore les vagues et rendait très 25

difficile l'approche des embarcations. Le ciel était fort sombre, et l'amiral n’aperçut pas le drapeau tricolore flottant sur la forteresse ; il ignorait qu’elle fût prise. Puisaye envoya successivement à bord un pilote intré-

pide et un aide de camp, le marquis de la Jaille : puis 30

voyant tout désespéré, il s’embarqua lui-même, au fort Haliguen, sur un frêle esquif, pour hâter l’arrivée des seccurs et aussi, dit-il, pour mettre en sûreté sa correspondance, qui eût compromis toute la Bretagne.

L’honneur militaire exigeait qu’il restât pour mourir avec 35

ceux qu'il avait entraînés dans le péril, mais sa fuite fut à tort considérée comme une trahison.

Relation du désastre de Quiberon.—Villeneuve la Roche-Barnaud, Mémoire sur l'expédition de Quiberon.

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Averti du désastre, l'amiral Warren fit faire force voiles vers le rivage et ouvrit un feu terrible sur les républicains : quelques coups mal dirigés portèrent sur la foule des fuyards et sur leurs défenseurs, Le plus atfreux spectacle s’offrait alors aux regards. La mer agitée sous un ciel toujours sombre écartait les embarcations vers lesquelles une multitude de malheureux de tout sexe et de tout âge tendait les mains en poussant des cris. Beaucoup s'avançaient jusque dans la mer pour ne plus 10 reparaître, ou retombaient, roulés et brisés, sur le rivage,

au bruit de la fusillade et des canons de l’escadre, qui vomissaient une pluie de fer autour d’eux et sur eux.* Un petit fort tout démantelé, le tort Neuf, autrement appelé fort Saint-Pierre, était à l'extrémité sud de la 15 presqu'île et à un quart de lieue du fort Haliguen : là fut le dernier refuge; des légions royalistes. Ce fort n'avait aucune défense du côté de la terre ; huit cents émigrés environ s’y trouvaient réunis, tournant le dos à la mer: le rivage, à droite et à gauche, Ctait désert à cause du feu 20 continuel des chaloupes qui rendaient de chaque côté les approches très-dangereuses : mais en face des émigré” les grenadiers républicains, Hoche à leur tête, avançaienc toujours, criant : “Bas les armes, à nous les patriotes ; ” plusieurs voix criaient aussi: “ Rendez-vous, on ne vous 25 fera rien.” À trois cents pas environ ils s’arrêtèrent, et Hoche se porta en avant des siens. Sombreuil sortit du fort à sa rencontre pour capituler : il dit à Hoche qu’il offrait sa vie en sacrifice pour celle de ses mäalheureux compagnons, et demanda que ceux-ci fussent traités en 39 prisonniers de guerre. Mais les lois étaient précises et, dans l’état désespéré où étaient les émigrés, Hoche ne crut pas pouvoir accéder à la demande de Sombreuil.

Il admira son noble dévouement, et répondit que

les vaincus devaient s’en remettre à la clémence de 35 la Convention. Cependant il tira sa montre et

accorda une demi-heure pour le rembarquement.

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* Des reproches injustes ont été adressés, dans cette circonstance,

à :'sscadre anglaise, Il était impossible que, dans cette épouvantable mêlée, un certain nombre de royalistes ne fussent atteints par 49 les boulets destinés à les protéger.

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DE LAZARE HOCIIF, 79

Sornbreuil revint au fort et, selon quelques versions, il

fit espérer à ses compagnons qu'ils seraient traités comme prisonniers de guerre. Mais, selon le récit d’un écrivain royaliste, présent à cette scène, et qui entendit les paroles

de Sombreuil, celui-ci dit aux émigrés : ‘ Une demi- 5 heure vous est accordée pour vous embarquer.” * Et il ordonna de déposer les armes. Un murmure s’éleva : on obéit en frémissant, et chacun coucha son arme devant soi. Deux fois alors le comte de Sombreuil lança son cheval sur la pointe des rocs en se dirigeant vers la ro flotte anglaise, et deux fois il fut rejeté par les vagues furieuses sur la côte ; l'égarement du désespoir était dans ses yeux, dit l’auteur de la relation déjà citée ; il cherchaït la mort, et comme il s’élançait une troisième fois, un officier arrêta son cheval : Sombreuil alors mit pied à 15 terre et parut résigné.

L’escadre anglaise, arrêtée par des signaux répétés, avait cessé son feu ; mais avant qu’elle eût mis ses embarcations à la mer, la demi-heure accordée par Hoche était ecoulée. Hoche se retira; son armée marcha en 20 avant, enveloppa les royalistes et les fit prisonniers : on dit que plusieurs émigrés se percèrent de leurs épées ; d’autres se précipitèrent dans les flots pour échapper au sort fatal qui les attendait.+

Après les combats acharnés vinrent les massacres 25 juridiques. Les huit cents prisonniers faits au fort Neuf, réunis à ceux du fort Penthièvre, formaient environ trois mille hommes qu’on envoya à Auray, sous la condui‘e du général Humbert et du représentant Blad. Tallien se rendit à Paris, où il exalta la récente victoire des 30 armées de la République, en se glorifiant lui-même, et il se montra impitoyable envers les vaincus. Hoche avait intercédé pour eux et pensait avoir ému Tallien en leur faveur :f mais Tallien appela sur leur tête la vengeance

. * De Corbehem, Dix ans de ma vie. Récit de l'affaire de Qui- 35 erone

+ De Corbehem, 744.

f Selon Kouget de l’Isle, Tallien avait promis à Hoche d'intervenir pour les prisonniers.

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nationale ; il fit plus, il les calomnia, et avant d'immoler

ses victimes, il essaya de les flétrir, le: accusant de

porter des armes empoisonnées. Les malheureux prisonniers, conduits à Auray, furent entassés dans les

5 églises et dans les prisons de cette petite ville: avec eux était l’évêque de Dol, et tous les prêtres qui avaient, comme lui, fait partie de l’expédition de Quiberon. Les chouans furent ensuite séparés des émigrés. (Ceux-ci furent livrés à une commission militaire devant laquelle

10 ils invoquèrent une capitulation dont il leur fut cependant impossible de démontrer l'existence, ayant pris pour une convention régulière les paroles de clémence sorties, dans le feu de l’action, des rangs républicains.*

15 Le sentiment public se prononçait avec énergie en faveur de cette, multitude d’infortunés, les uns dans la fleur de l’âge, les autres blanchis dans les combats, criblés de blessures, mornes et fiers, égarés sans doute, mais tous victimes de leur loyauté chevaleresque, de leur

20 dévouement héroïque à leur cause, et dont un grand nombre avaient été, sous le régime précédent, l’honneur de la marine française. Le représentant Blad ne vit pas la tache indélébile que le sang de tant de braves, froidement versé par le gouvernement républicain, allait

25 imprimer sur la République tout entière: les soldats eux-mêmes préposés à leur garde étaient émus et attendris: deux fois la commission parut faiblir et fut renouvelée : Blad fut inexorable, et la Convention nationale, avant de se dissoudre, offrit encore au

30 démon des guerres civiles cet immense holocauste.

Les émigrés appartenant aux divers régiments furent conduits successivement et par corps au lieu du supplice. Ceux du régiment de Béon furent appelés les

* La question de savoir s’il y avait eu ou non une capitulation

35 verbale a donné lieu à d’interminables controverses. L'étude

attentive des faits et le caractère loyal de Hoche, ne permettent pas

d'admettre qu’ une capitulation ait été consentie par lui. Cette

question a été examinée avec impartialité dans la Biographie de

Hoche, par M. Desprez ; j'en ai inséré un court extrait aux pièces 49 justificatives. Voyez Appendix B.

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er premiers : “Je les vis défiler devant moi, allant à la

le mort, dit un émigré échappé au massacre ; un tambour

1X les devançait, battant l'air de route: venait ensu' un

es peloton d'infanterie ; une troupe de paysans, la L. 1e

ec sur l'épaule, fermait cette marche funèbre. Les officiers 5

\!, marchaient deux à deux: le calme et la résignation se

es peignaient dans leurs traits, la fierté dans leur main-

ci tien.”* Ils furent tous conduits dans un champ

le attenant à la ville d'Auray. Là on les fusilla : plus de

= sept cents de leurs compagnons eurent le mème sort, et 10

is les exécutions durèrent plusieurs jours.

ce | Le comte de Sombreuil avait été transféré, quelques

li- jours auparavant, d'Auray à Vannes, avec l'évêque de

Dol, et le lendemain ils furent conduits au supplice.

n ‘# Un général républicain s’approcha de Sombreuil et le 15

la pria de permettre qu'on lui bandât les yeux.—‘ Non,

Is, répondit Sombreuil, je veux voir mon ennemi en face

e, jusqu’au dernier moment.” Invité à se mettre à genoux,

ur il dit: “ J’y consens ; mais je fais observer que je mets

\d un genou en terre pour mon Dieu, et l’autre pour mon 20

ur roi. Il mourut en soldat et en chrétien: l’évêque de

as Dol périt après lui, fusillé avec ses prêtres.

e- Vingt ans plus tard, les restes des braves morts à

it Ë Auray furent précieusement recueillis, et un monument

ts : funèbre leur fut élevé dans le champ même où ils avaient 25

n- péri et qui, aujourd’hui encore, est consacré par le senti-

ut ment populaire sous le nom de camp des martyrs.

)n On frémit au souvenir de tant de cruautés commises

Lu | de sang-froid. Hoche eut lui-même à souffrir de l'horreur générale soulevée par cet épouvantable sacrifice qu’il eut 30

nt le désir, mais non le pouvoir d'empêcher, et dont la

p- responsabilité tout entière appartient à Tallien, à Blad,

es au Comité de salut public et à la Convention.

La cause royale reçut, à Quiberon, un échec irréparable, mais la France y reçut aussi, par l’immolation 35

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de 8 de tant de victimes, une incurable blessure : elle donna as k

e jh: * De Corbehem, Souvenirs de Quiberon.

e “ —. re

es we. + Villeneuve la Roche-Barnaud, Mémoire sur l'expédition de

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